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L'anthropologue José Mailhot est décédée

Une femme explique des nuances de la langue innue devant des livres anciens en langue innue.

Diplômée en anthropologie de l'Université de Montréal, José Mailhot a commencé son travail de chercheuse au début des années 1970 (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

Félix Lebel

L’anthropologue et linguiste José Mailhot est décédée à l’âge de 78 ans à son domicile de Montréal.

Sa contribution majeure à la transmission de la langue et de l'histoire innues est saluée parmi tous ceux qui l’ont côtoyée au fil de décennies de travail de recherche.

Au-delà de son travail d'anthropologue, José Mailhot est notamment connue pour avoir traduit en français plusieurs ouvrages écrits en innu-aimun.

Je suis une maudite sauvagesse et Qu’as-tu fait de mon pays font partie des œuvres innues marquantes que Mme Mailhot a rendues accessibles aux francophones.

Son amie poétesse Joséphine Bacon souligne l’importance de José Mailhot dans le paysage littéraire innu.

Tous les innus, autant les aînés que les jeunes qui l’ont côtoyée, ont été surpris par la connaissance qu’elle avait de notre langue. Elle nous laisse cet héritage de ce dictionnaire et de l’amour de notre langue.

C'était vraiment un humain formidable

Une citation de :La poétesse Joséphine Bacon au sujet de José Mailhot
La poète innue Joséphine Bacon et l'anthropologue et traductrice José Mailhot ont eu la chance de consulter des exemplaires de livres anciens rédigés en langues autochtones ou contenant des lexiques de différentes langues parlées par les premiers peuples d'Amérique du Nord. Ceux-ci appartiennent à Bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ), qui les ont numérisés pour offrir leur contenu aux internautes. Certains de ces précieux ouvrages datent du XVIIIe siècle.

La poétesse Joséphine Bacon était une grande amie et collaboratrice de José Mailhot (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Uniformiser l'écriture de la langue

En 1997, Mme Mailhot a signé un guide de standardisation de l’orthographe innue, un enjeu qu’elle a défendu toute sa carrière.

La langue innue n’était auparavant pas écrite de la même manière d’une communauté à l’autre. Le fait d’uniformiser l’orthographe aurait eu un impact majeur sur la transmission de cette langue.

Ce dossier-là, Mme Mailhot l’a porté jusqu’à la fin. Ça permet un meilleur partage des connaissances. Un livre peut maintenant être lu par l’ensemble des Innus, même s’il y a une différence entre les dialectes des communautés, explique le linguiste affilié à l’Institut Tshakapesh de Sept-Îles, Jérémie Ambroise.

Un joueur de Teuikan innu.

L'institut Tshakapesh travaille au rayonnement et à la transmission de la culture innue (archives).

Photo : Radio-Canada / Archives, Institut Tshakapesh, droits réservés

Ce dernier, qui a lui-même travaillé avec José Mailhot, se souvient d’elle comme étant une personne dévouée à son travail.

Quand quelque chose lui tenait à cœur, elle se battait jusqu’au bout pour faire valoir son point.

Une citation de :Jérémie Ambroise, linguiste affilié à l’Institut Tshakapesh de Sept-Îles

Son travail de linguiste a aussi mené à la publication de plusieurs lexiques et d’un dictionnaire innu-français en 2012.

Comprendre l’histoire

José Mailhot a aussi contribué à la compréhension du peuple innu par un profond travail de terrain comme chercheuse indépendante.

À partir du début des années 1970, elle a notamment travaillé sur les habitudes de déplacements territoriaux, sur l’histoire et sur la façon de concevoir la parentalité chez les Innus.

Une femme innue porte un enfant sur son dos, lors d'un portage.

José Mailhot a passé beaucoup de temps à analyser les structures sociales des communautés innues de la Côte-Nord (archives).

Photo : Radio-Canada / Fonds Paul Provencher, Institut Tshakapesh

Tout au long de sa vie, elle réussissait toujours à faire sa place dans les débats scientifiques. Elle faisait des interventions qui étaient écoutées et citées par la suite. Elle a vraiment laissé sa marque au niveau de l'anthropologie et pas juste de la linguistique, décrit l’étudiant au doctorat en anthropologie à l’Université de Montréal Émile Duchesne.

La chercheuse s’est aussi fait connaître par ses interventions dans les films de Pierre Perrault, Le Pays de la Terre sans arbre ou le Mouchouânipi, ainsi que Le goût de la farine.

Ces deux apparitions visaient notamment à défaire les stéréotypes associés aux Premières Nations.

Avant de mourir, Mme Mailhot a pu produire un ultime récit sur ses expériences sur la Côte-Nord, Shushei au pays des Innus, dont la publication est prévue en juin 2021.

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