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Le surf rock japonais de TEKE::TEKE a le vent dans les voiles

Cinq musiciens et deux musiciennes posent pour une photo de groupe.

TEKE::TEKE est composé de sept artistes de Montréal originaires des quatre coins du globe, du Japon au Canada en passant par l'Ukraine.

Photo : Page Facebook de TEKE::TEKE / Louis Fernandez

Charles Rioux

Fort de son arrivée sur l’étiquette Kill Rock Stars, le septuor nippo-canadien TEKE::TEKE s’impose sur la scène rock montréalaise avec son premier opus, Shirushi. Un album qui mélange surf rock, ballades japonaises, musique psychédélique et musique de film. Entrevue avec le guitariste rythmique de la formation, Hidetaka Yoneyama.

Découvrir TEKE::TEKE, c’est aussi s’offrir un voyage à travers le globe, de l’Angleterre au Japon en passant par l’Ukraine et le Canada. C’est un bel exemple de ce que la diversité a de mieux à offrir, avec ses sept musiciens et musiciennes aux origines et aux talents très variés.

Le groupe est composé des guitaristes Hidetaka Yoneyama et Serge Nakauchi Pelletier, du bassiste Mishka Stein, de la flûtiste Yuki Isami, du batteur Ian Lettre, du tromboniste Étienne Lebel et de la chanteuse Maya Kuroki.

Le groupe a initialement été formé en 2017 pour un concert en hommage au guitariste japonais Takeshi Terauchi, pour le Distorsion Psych Fest. Lors de leur prestation, les membres de la formation ont remarqué dans la foule une mélomane passionnée qui se déhanchait à s’en disloquer les genoux. Il s’agissait de Maya Kuroki, celle qui allait devenir leur chanteuse.

Le déclic s’est tout de suite opéré et Maya a intégré le groupe, qui a délaissé les reprises instrumentales pour composer sa propre musique. Après un microalbum lancé en 2018, les membres de TEKE::TEKE ont travaillé à la création de leur premier album officiel, Shirushi, lancé le 7 mai dernier.

Qu’est-ce que ça veut dire, TEKE::TEKE?

Quand on cherche teke teke dans un moteur de recherche, on tombe d’abord sur la légende japonaise d’une petite fille qui s’est fait trancher en deux par un train, mais le groupe assure que ça n’a rien à voir avec son nom. L’idée est plutôt partie d’une simple onomatopée.

TEKE::TEKE, c’est le son des années 1960-1970, quand la musique surf est arrivée au Japon. Les gens entendaient "teke-teke-teke" quand on leur jouait des riffs de guitare, raconte Hidetaka Yoneyama.

C’était aussi une façon d’insulter des jeunes qui s’habillaient en surfeurs, mais qui ne savaient pas faire [de surf]. Comme on est un groupe qui ne fait pas de surf – le sport, pas la musique –, on s’est dit que ce serait drôle de l’utiliser.

Shirushi, un album au croisement de la musique et du cinéma

Musicalement, TEKE::TEKE ratisse large. Le groupe voulait d’abord remettre au goût du jour le mouvement eleki, qui réfère à la fascination qui s’est développée au Japon dans les années 1970 pour le surf rock. Les chansons sont aussi truffées de références au garage rock, au shoegaze, au noise et au rock psychédélique.

Elles intègrent également des instruments rarement utilisés dans le rock, comme la flûte traversière, le shino-bue (petite flûte traversière japonaise), le taishōgoto (ou harpe de Nagoya), tous joués par la multi-instrumentiste Yuki Isami, diplômée du Tôhô Gakuen University of Music à Tokyo, ainsi que du Conservatoire de musique de Montréal.

Shirushi a été pensé comme la trame sonore d’une épopée cinématographique épique. À la première écoute, on imagine bien la musique dans un vieux western, dans un road-trip movie comme Easy Rider ou dans un film de Quentin Tarantino comme les deux Kill Bill. Des influences qui viennent en partie du parcours de Maya Kuroki, qui écrit toutes les paroles (en japonais) et qui signe la direction artistique du groupe (pochettes, vidéos, etc.)

Maya a étudié le théâtre; elle était actrice au Japon. Elle est très expressive et elle joue beaucoup sur scène lorsqu’elle chante. C’est comme si chaque chanson avait un rôle pour elle, elle change de personnage chaque [fois], explique Hidetaka.

Il y a aussi beaucoup d’influences [qui viennent] d’Ennio Morricone, mais il n’y a pas que ça. Il y a des films japonais des années 1960-1970 un peu psychédéliques, des ambiances de cette époque-là. On est aussi allés puiser dans les films noirs français, comme Ascenseur pour l’échafaud (1958), de Louis Malle.

Le succès sans la pression

Malgré son arrivée sur l’étiquette trentenaire Kill Rock Stars et l’engouement grandissant autour du groupe, les membres de TEKE::TEKE ne semblent pas trop s'en faire avec la pression du succès. Selon Hidetaka, c’est en grande partie grâce à la maturité de ses membres, qui n’ont plus la vingtaine.

La maturité a beaucoup à jouer là-dedans. [...] On n'avait pas [de pression] au début. Là, bien sûr, on voit que ça commence à fonctionner, mais je pense que le fait de ne pas avoir la pression de vouloir absolument percer, ça nous a donné le temps de faire ce qu’on voulait, explique-t-il.

Le fait que les membres de TEKE::TEKE aient des occupations autres que le groupe joue également dans la balance.

Hidetaka Yoneyama est professeur de japonais à l’Université de Montréal, Serge Nakauchi Pelletier compose de la musique de film, Mishka Stein, Étienne Lebel et Ian Lettre jouent pour plusieurs autres groupes, Yuki Isami enseigne la musique alors que Maya Kuroki est une artiste multidisciplinaire qui fait aussi du bruitage dans des films et des séries télé.

À quand un concert au Japon?

Avec l’aide de Kill Rock Stars, TEKE::TEKE visera le marché américain lorsque les frontières seront ouvertes de nouveau. Il est clair que le groupe aimerait un jour jouer au Japon, mais selon Hidetaka, les promoteurs là-bas sont plutôt frileux.

Au Japon, je pense qu’ils attendent de voir si on va avoir du succès ailleurs, parce que souvent ils vont éviter de prendre trop de risques. On a pu voir ça avec [le groupe de métal québécois] Voivod, qui a fait des concerts au Japon il y a quelque temps. Comme [le groupe] n’avait pas assez de likes sur Facebook, ils avaient peur de perdre de l’argent, alors qu'en bout de ligne, les concerts qu'a donnés le groupe affichaient tous complets.

Depuis sa création, la formation n’a pas joué en public autant qu’elle l’aurait souhaité, particulièrement dans la dernière année. Mais avec le déconfinement, l’avenir s’annonce plus lumineux. Le groupe fait partie de la programmation du Festif de Baie-Saint-Paul (du 21 au 25 juillet) et de celle du Festival du bout du monde de Gaspé (5 au 8 août).

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