•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Accusé de détournement d'avion, le Bélarus de plus en plus isolé

Manifestation de soutien à l'opposant bélarusse Roman Protassevitch.

Des Bélarusses vivant en Pologne et des Polonais brandissent des avions en papier lors d'une manifestation devant les bureaux de la Commission européenne à Varsovie, le 24 mai 2021, pour réclamer la libération de l'opposant bélarusse Roman Protassevitch.

Photo : Getty Images / WOJTEK RADWANSKI

Agence France-Presse

L'isolement international du Bélarus a grandi mardi avec l'entrée en vigueur de restrictions contre son espace aérien, en représailles contre le régime d'Alexandre Loukachenko, accusé d'avoir détourné un avion de ligne européen pour arrêter un opposant à bord.

Nombre de compagnies aériennes ont suivi la recommandation de l'Union européenne de contourner le Bélarus et ont suspendu leurs vols, l'espace aérien européen ayant en outre été fermé aux appareils bélarusses.

Selon plusieurs sources diplomatiques, le Conseil de sécurité de l'ONU doit tenir mercredi une réunion informelle à huis clos sur le sujet, tandis que des dirigeants européens ont continué mardi d'exprimer leur colère et leur exaspération.

Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, a assuré qu'Alexandre Loukachenko devait payer le prix fort pour son acte infâme, le président français Emmanuel Macron estimant lui que la politique des sanctions était arrivée à ses limites.

En cause, la décision bélarusse dimanche d'envoyer un chasseur dans le ciel et de recommander à un vol Athènes-Vilnius de la compagnie Ryanair d'atterrir à Minsk, prétextant une alerte à la bombe attribuée au Hamas.

Mais à l'arrivée, deux passagers – Roman Protassevitch, un journaliste d'opposition de 26 ans, et sa compagne russe, Sofia Sapega – ont été arrêtés.

Roman Protassevitch est assis sur un banc de bois entouré de gens.

Roman Protassevitch a déjà été accusé d'avoir participé à une manifestation non autorisée. On le voit ici au palais de justice de Minsk le 10 avril 2017.

Photo : Reuters

Minsk juge avoir agi dans la légalité, qu'il ne s'agissait pas d'un coup monté et que la présence de l'opposant, recherché pour terrorisme, était un hasard.

Mardi, le ministère des Transports a en outre invité à une date non précisée les représentants des organisations internationales de l'aviation (IATA et OACI), des autorités américaines et de l'Union européenne.

Le ministère a publié un échange entre le pilote du vol et un contrôleur aérien, dans lequel ce dernier annonce au commandant de bord qu'il a une bombe à bord et lui recommande d'atterrir à Minsk. La veille, l'armée de l'air avait pourtant assuré que le choix de l'aéroport était celui du pilote.

Silencieux sur l'événement depuis dimanche, Alexandre Loukachenko s'exprimera mercredi devant le Parlement.

L'opposition en appelle aux États-Unis

 Une femme s'adresse aux médias.

Svetlana Tikhanovskaya, leader de l'opposition biélorusse, s'adresse aux journalistes à Vilnius, en Lituanie, le 24 mai 2021.

Photo : Getty Images / PETRAS MALUKAS

De son côté, l'opposition bélarusse, dont la plupart des représentants sont exilés ou emprisonnés, a réclamé de nouvelles représailles. Exilée en Lituanie, l'ex-candidate à la présidentielle Svetlana Tikhanovskaïa a appelé les États-Unis à isoler le régime et à faire pression avec des sanctions.

Elle a aussi réclamé la participation des forces démocratiques bélarusses au G7 du 11 au 13 juin au Royaume-Uni, Emmanuel Macron s'y disant favorable.

L'opposant arrêté est l'ancien rédacteur en chef du média Nexta, acteur important de la mobilisation des Bélarusses lors du vaste mouvement de contestation postélectoral en 2020.

La télévision bélarusse a diffusé lundi soir une vidéo du jeune homme, détenu à Minsk, dans laquelle il avoue avoir organisé des troubles dans le pays.

Les autorités ont toutefois l'habitude de diffuser des confessions de détracteurs filmées sous la contrainte. Le premier ministre britannique Boris Johnson a jugé ces images pénibles à regarder, et a réclamé comme l'ONU une libération immédiate.

Selon Svetlana Tikhanovskaïa, Roman Protassevitch est victime de tortures tandis que son père, joint par l'AFP, est persuadé que son fils a été battu. On peut voir des traces de coups sur le visage, a estimé Dmitri Protassevitch.

La compagne du militant a elle été placée en détention pour deux mois, a annoncé à l'AFP son avocat. Elle est accusée de crimes commis en août et septembre 2020, période la plus intense de la contestation.

Moscou, allié stratégique de M. Loukachenko, jugeait lundi raisonnable l'approche de Minsk depuis le début de la crise et a regretté mardi la mise sur liste noire de l'espace aérien bélarusse par l'UE, estimant que les passagers en paieraient le prix.

Minsk ferme son ambassade au Canada

L’interception en plein vol d’un avion civil par Minsk pour y arrêter un opposant a été dénoncée mardi par le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, qui a dénoncé le comportement scandaleux, illégal et totalement inacceptable du gouvernement bélarusse.

Nous le condamnons et demandons sa libération immédiate [de l'opposant Roman Protassevitch]. Nous condamnons également ce type d'ingérence dangereuse dans l'aviation civile, a déploré Justin Trudeau. Le premier ministre a ajouté que le Canada a mis en place des sanctions contre le Bélarus et qu'il examinera d'autres options.

Peu de temps après, le gouvernement de la République du Bélarus a publié un communiqué annonçant la fermeture de son ambassade au Canada à compter du 1er septembre prochain. L'acceptation et le traitement des documents et des demandes seront quant à eux suspendus à compter du 10 juillet.

Les fonctions consulaires de l'ambassade de la République du Bélarus au Canada seront désormais exercées par le consulat général de la République du Bélarus à New York, aux États-Unis, a fait savoir Minsk.

Des transporteurs aériens évitent le ciel bélarusse

D'importantes compagnies aériennes comme Air France, Singapore Airlines ou Lufthansa ont annoncé éviter le ciel bélarusse. Près de 2000 appareils effectuant des vols commerciaux empruntent chaque semaine cet espace aérien, a précisé l'organisation Eurocontrol.

Chez des partisans de l'opposition interrogés à Minsk par l'AFP, l'isolement du pays est un mal nécessaire. Je ne pourrai pas partir voir mes proches ni aller quelque part cet été, mais c'est un prix à payer, juge sous couvert d'anonymat Kristina, une traductrice.

Alexandre Loukachenko.

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko (archives).

Photo : Reuters / SPUTNIK

D'autres craignent que cela place définitivement le Bélarus dans l'emprise de Moscou. Au final, le Bélarus pourrait disparaître, estime Natalia, une architecte.

Le régime d'Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, est déjà ciblé par de multiples sanctions occidentales pour avoir durement réprimé la contestation historique ayant mobilisé des centaines de milliers de Bélarusses après la présidentielle d'août 2020, jugée truquée par les Européens.

Le régime n'a cependant fait qu'accroître la répression, emprisonnant ou forçant à l'exil ses détracteurs. Mardi encore, sept opposants ont été condamnés à des peines de quatre à sept ans de prison pour leur rôle dans des troubles massifs lors de la vague de manifestations.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !