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Au Mali, les militaires arrêtent le président et le premier ministre de transition

Deux hommes portant un masque se touchant le coude.

(Archives) Le président français Emmanuel Macron et le président de transition malien Bah N'Daw. La France, comme d'autres pays, a affirmés son soutien aux autorités de transition au Mali.

Photo : Reuters / GONZALO FUENTES

Agence France-Presse

Les militaires maliens mécontents du nouveau gouvernement annoncé par les autorités de transition ont arrêté le président et le premier ministre lundi, dans un coup de force secouant le pays plongé depuis des années dans une crise profonde.

Une grande partie de la communauté internationale a condamné fermement la tentative de coup de force et, dans un communiqué, exigé la libération immédiate et inconditionnelle du président Bah Ndaw et du premier ministre Moctar Ouane, conduits avec certains collaborateurs sous la contrainte par des soldats au camp militaire de Kati, à quelques kilomètres de Bamako, haut lieu de l'appareil militaire malien.

C'est là que le président élu Ibrahim Boubacar Keïta avait été conduit de force le 18 août 2020 par des colonels putschistes pour annoncer sa démission. Ce sont, semble-t-il, les mêmes colonels qui sont à la manœuvre neuf mois plus tard. Leurs intentions ne sont pas connues.

Le premier ministre avait indiqué plus tôt avoir été emmené par les militaires. Je confirme : des hommes de Goïta sont venus me chercher pour me conduire chez le président qui habite non loin de ma résidence, a dit Moctar Ouane dans un bref échange téléphonique avec l'AFP, en faisant référence à l'homme fort malien, le colonel Assimi Goïta, actuel vice-président de la transition.

La conversation s'est ensuite interrompue.

Les deux chefs de l'exécutif de transition ont été escortés à Kati, où un haut responsable militaire a corroboré leur présence.

Soutien aux autorités de transition

Bamako bruissait de rumeurs difficiles à confirmer d'un coup d'État et des missions internationales ont diffusé des messages de prudence. La capitale, qui avec le Mali a connu en août 2020 son quatrième coup d'État depuis l'indépendance, présentait cependant un air de relative normalité lundi soir.

La mission des Nations unies au Mali, la Communauté des États ouest-africains (Cédéao), l'Union africaine, la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Union européenne ont affirmé dans un communiqué commun leur ferme soutien aux autorités de la transition. Ils ont rejeté par avance tout fait accompli, y compris une éventuelle démission forcée des dirigeants arrêtés.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé dans un tweet au calme au Mali et à la libération inconditionnelle de ses dirigeants civils.

Selon des diplomates, le Conseil de sécurité de l'ONU pourrait tenir une réunion d'urgence dans les prochains jours sur la situation au Mali.

Le médiateur de la Cédéao, Goodluck Jonathan, est annoncé dès mardi à Bamako, a-t-on appris de sources diplomatiques.

Ces événements sont survenus quelques heures seulement après l'annonce d'un nouveau gouvernement, que dominent toujours les militaires, mais dont ont été écartés des officiers proches de la junte qui avait pris le pouvoir après le coup d'État d'août 2020, et dont Assimi Goïta était le chef.

Les colonels avaient installé au bout de quelques semaines des autorités de transition, dont un président, Bah Ndaw – militaire retraité – et un gouvernement dirigé par Moctar Ouane, un civil. Ils s'étaient engagés, de mauvais gré et sous la pression de la communauté internationale, à rendre le pouvoir à des civils élus au bout de 18 mois, et non pas trois ans comme ils l'estimaient nécessaire.

Confronté à une contestation politique et sociale grandissante, le premier ministre a présenté il y a 10 jours la démission de son gouvernement et a été reconduit immédiatement dans ses fonctions par le président de transition Ndaw, avec la mission de former une équipe d'ouverture.

Insatisfaction des militaires

La grande inconnue était la place qui serait faite aux militaires, en particulier aux proches de l'ancienne junte, et l'inquiétude est allée grandissant ces derniers jours que les colonels ne se satisfassent pas des choix de Moctar Ouane.

Dans le gouvernement annoncé par la présidence de transition, des militaires détiennent toujours les ministères de la Défense, de la Sécurité, de l'Administration territoriale et de la Réconciliation nationale.

Parmi les changements annoncés dans un communiqué lu à la radiotélévision publique, deux membres de l'ancienne junte, les colonels Sadio Camara et Modibo Kone, quittent leurs portefeuilles respectifs de la Défense et de la Sécurité.

Ils ont été remplacés respectivement par les généraux Souleymane Doucoure et Mamadou Lamine Ballo.

Le nouveau gouvernement accueille également, à l'Éducation et aux Affaires foncières, deux ministres membres de l'Union pour la République et la Démocratie (URD), principale force politique du Mouvement du 5-Juin (M5), le collectif qui avait animé la contestation ayant débouché sur le renversement du président Keïta.

Par ce remaniement, le président de transition et son premier ministre ont voulu lancer un message ferme : le respect du délai de la transition reste la priorité, avait expliqué à l'AFP une source proche de la présidence ayant requis l'anonymat.

Selon cette source, un réajustement était nécessaire aux postes de la Défense et de la Sécurité, dont les nouveaux titulaires ne sont pas des figures emblématiques de la junte.

Signes de grogne sociale

Mi-avril, les autorités de transition ont annoncé l'organisation le 31 octobre d'un référendum sur une révision constitutionnelle promise de longue date et ont fixé à février-mars 2022 les élections présidentielle et législatives à l'issue desquelles elles rendraient le pouvoir à des dirigeants civils.

Le doute persiste toutefois quant à leur capacité à tenir leur programme, a fortiori dans un contexte où les violences djihadistes et autres continuent sans relâche, où la contestation politique se fait à nouveau jour et où s'accumulent les signes de grogne sociale.

Le Mali, pays de 19 millions d'habitants, et ses voisins nigériens et burkinabés sont pris dans un tourbillon de violences djihadistes, intercommunautaires ou autres qui ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

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