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Analyse

Le troisième lien Québec-Lévis : le hasard et le gâteau

De gauche à droite François Legault, Gilles Lehouillier, Geneviève Guilbault, François Bonnardel et Regis Labeaume lors de l'annonce sur le REC.

Avec le troisième lien, le premier ministre François Legault risque de se retrouver du mauvais côté de l’opinion publique.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Le hasard, qui fait bien les choses et qu’on ne saurait taxer de mauvaise foi, a voulu qu’en quelques jours le gouvernement Legault annonce en grande pompe son plan pour le tunnel du troisième lien à Québec et la fermeture du pont de l’Île-aux-Tourtes à Montréal.

La différence entre les deux ouvrages ne saurait être plus grande, surtout si on la compare avec leurs utilités respectives et les budgets requis. Quand on y ajoute le contexte politique, ça devient carrément mirobolant.

Le pont de l’Île-aux-Tourtes dans l’Ouest de l’Île de Montréal doit être refait. Il a succombé aux mêmes problèmes qui ont affecté le pont Champlain. Actuellement on essaie de prolonger sa vie, mais une erreur humaine a fait en sorte de le fragiliser davantage et de forcer sa fermeture.

Ce pont de 2 kilomètres est une infrastructure névralgique où circulent 87 000 véhicules chaque jour. Il sert deux axes autoroutiers cruciaux pour Montréal, soit la route de Toronto et celle vers Ottawa.

Vue aérienne du pont de l'Île-aux-Tourtes

Le pont de l'Île-aux-Tourtes est fermé depuis jeudi après-midi.

Photo : Radio-Canada

Le ministère des Transports, sachant que le pont est condamné, a demandé à une firme indépendante d’étudier trois options : un tunnel, un pont avec une section à haubans comme le nouveau pont Samuel-de-Champlain, ou un pont conventionnel, pas très haut au-dessus du niveau du lac des Deux Montagnes, comme le pont actuel.

Nos collègues de Québecor ont révélé ces derniers jours que cette solution, étant considérablement moins chère, c'est celle que le ministère a choisie.

Comparons

Comparons maintenant avec le troisième lien. Les études définitives ne sont pas encore terminées, mais le ministère des Transports estime actuellement que 50 000 véhicules par jour circuleront dans ce tunnel de 8,3  kilomètres. Plusieurs estiment d’ailleurs que ce chiffre est exagéré.

La largeur du fleuve à l’endroit choisi est d’un peu plus d’un kilomètre. Mais on a choisi de faire un tunnel de l’ExpoCité du côté de Québec (près du très achalandé Centre Vidéotron) et jusqu’à l’autoroute 20 du côté de Lévis, donc assez loin du centre-ville, d’où les 8,3 kilomètres.

Résultat : le projet coûterait entre 7 et 10 milliards de dollars, ce qui, dans l’hypothèse la plus élevée, serait la moitié du coût du tunnel sous la Manche, qui fait pourtant 50 kilomètres. Même en admettant qu’un dollar ne vaut pas la même chose qu’il y a trente ans, c’est un coût faramineux.

Et il faut se méfier de l’actuelle estimation des coûts. La construction du tunnel exigerait de construire le plus gros tunnelier jamais envisagé, une machine pouvant creuser un tube de circulation à deux étages de près de 20 mètres. Dans les circonstances, les dépassements de coûts ne sont pas juste possibles, ils seront carrément incontournables.

Passons maintenant à l’aspect politique. Ce qui se dit beaucoup à Québec ces jours-ci, c’est que ce projet de 10 milliards de dollars vise essentiellement à garantir une dizaine de sièges à la CAQ dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches.

Sa part du gâteau

La ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault, s’est sans doute échappée quand elle a déclaré, lors de la conférence de presse, que ce lien entre Québec et la Rive-Sud serait réalisé pour éviter que la région de Chaudière-Appalaches n’ait pas droit à sa part du gâteau.

Genevière Guilbault derrière le podium en conférence de presse.

La ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault, lors de l'annonce sur le tunnel Québec-Lévis.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy-Roussel

La beauté avec le gouvernement de la CAQ, c’est qu’il y aura toujours quelques ministres un peu moins expérimentés qui viendront dire la vérité. On ne sait où se trouve ce proverbial gâteau, mais ce qui importe, c’est de pouvoir dire qu’on a eu sa part. C’est, au fond, la seule justification du troisième lien.

Évidemment, le malheureux pont de l’Île-aux-Tourtes est situé dans le West Island de Montréal, là où la CAQ n’a aucune chance de gagner des sièges. On peut bien y être économe avec les deniers publics. La région de Québec, elle, est la base politique de la CAQ, rien ne serait trop beau pour la conserver.

Pourtant, sur tant d’autres choses, le gouvernement est capable de se montrer radin. Il négocie encore à la baisse avec certains de ses employés qui étaient pourtant en première ligne lors du début de la pandémie la plus meurtrière qu’ait connue le Québec moderne. Il chipote encore sur le statut d’immigration de ceux qui ont été nos anges gardiens pendant cette pandémie. Il y a encore quelques semaines, il remettait en question le projet de tramway à Québec, un projet autrement plus structurant pour l’avenir que le troisième lien.

C’est sans compter les aspects environnementaux du troisième lien qui, quoi qu’en dise le gouvernement, ne devrait pas réduire la congestion automobile, mais devrait certainement contribuer à l’étalement urbain.

Ce qui devrait faire en sorte que, pour la première fois, le premier ministre Legault risque de se retrouver du mauvais côté de l’opinion publique.

L’environnement est plus que jamais l’angle mort de ce gouvernement. Et un troisième lien de 10 milliards de dollars qui ne sera populaire que sur la Rive-Sud de Québec et dans les puissantes radios privées de la Capitale. Ce qui pourrait bien, à terme, lui coûter encore plus cher électoralement.

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