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L'Europe pourrait sanctionner le Bélarus après l'interception d'un avion de ligne

L'avion de Ryanair roule sur le tarmac.

L'appareil de la compagnie Ryanair s'est finalement posé à l'aéroport de Vilnius, en Lituanie.

Photo : Reuters / ANDRIUS SYTAS

Agence France-Presse

Un chasseur bélarusse a intercepté dimanche un avion de ligne de la compagnie Ryanair à bord duquel se trouvait un militant de l'opposition qui a été arrêté à son arrivée à Minsk, suscitant la colère des Européens et une demande de l'OTAN pour ouvrir « une enquête internationale ».

Le média d'opposition Nexta a affirmé que son ancien rédacteur en chef Roman Protassevitch avait été interpellé après l'atterrissage d'urgence, à l'aéroport de la capitale du Bélarus, de ce Boeing 737-800 effectuant la liaison Athènes-Vilnius, une information plus tard confirmée par la télévision d'État bélarusse.

En début de soirée, l'appareil a finalement pu reprendre son vol à destination de la Lituanie, un pays balte membre de l'Union européenne, où il s'est un peu plus tard posé – sans M. Protassevitch.

Il s'est juste tourné vers les gens et a dit qu'il risquait la peine de mort, a déclaré une passagère lituanienne, Monika Simkiene, 40 ans.

Il ne criait pas, mais c'était visible qu'il avait très peur. On aurait dit que, si le hublot avait été ouvert, il aurait sauté, a renchéri Edvinas Dimsa, 37 ans, qui était dans le même avion.

Un Boeing 737-800 de Ryanair sur le tarmac de l'aéroport international de Minsk.

Le média Nexta a déclaré dimanche que son ancien rédacteur en chef et militant de l'opposition en exil, Roman Protassevitch, avait été arrêté à l'aéroport de Minsk après l'atterrissage d'urgence de son vol à destination de la Lituanie.

Photo : Getty Images

Les dirigeants de l'Union européenne (UE) avaient appelé de concert les autorités bélarusses à laisser l'avion repartir et à permettre à tous ses passagers de poursuivre leur voyage.

Ils avaient auparavant fustigé une action complètement inacceptable de Minsk, à l'instar de l'Allemagne, la France ou la Pologne, tandis que le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Jens Stoltenberg, avait réclamé des investigations sur cet incident sérieux et dangereux.

J'appelle les autorités du Bélarus à relâcher immédiatement le passager détenu et à garantir l'entièreté de ses droits, avait indiqué le président du Conseil européen, Charles Michel, en référence à Roman Protassevitch.

Charles Michel debout derrière un lutrin.

Le président du Conseil européen, Charles Michel

Photo : Reuters

Le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, dénonçant un acte de terrorisme d'État, a quant à lui demandé au président du Conseil que l'Union européenne discute dès lundi de sanctions immédiates contre le Bélarus.

Pour sa part, le président de la Lituanie, Gitanas Nauséda, a déclaré sur Twitter que les leaders européens discuteront d'un acte de terrorisme étatique.

Il suggère par ailleurs que l'espace aérien du Bélarus soit déclaré dangereux, que les avions bélarusses ne soient pas acceptés dans les aéroports européens et qu'une enquête soit immédiatement lancée, en plus de réclamer des sanctions importantes contre le régime de Minsk.

Les chefs d'État et de gouvernement des Vingt-Sept, réunis en sommet lundi et mardi à Bruxelles, discuteront de possibles sanctions de l'UE contre le Bélarus, a annoncé un porte-parole du Conseil européen. L'UE se préparait d'ores et déjà à renforcer ses sanctions préexistantes contre le régime bélarusse.

Les Vingt-Sept avaient décidé fin février de prolonger jusqu'en février 2022 les sanctions imposées au président Alexandre Loukachenko ainsi qu'à des responsables du régime, après l'élection présidentielle d'août 2020, jugée truquée, et la violente répression de la contestation qui avait suivi.

Ottawa réclame la libération de M. Protassevitch

Dans une réaction transmise par Twitter, le ministre canadien des Affaires étrangères, Marc Garneau, juge que le détournement par le Bélarus et l’atterrissage forcé d’un avion de Ryanair à Minsk, et l’arrestation du journaliste [...] sont une ingérence sérieuse dans l’aviation civile et une attaque contre la liberté de la presse.

Incidemment, le gouvernement fédéral exhorte le Bélarus à libérer le journaliste.

Les États-Unis condamnent fermement le détournement forcé d'un vol entre deux États membres de l'UE, et l'exfiltration puis l'arrestation qui ont suivi du journaliste Roman Protassevitch à Minsk. Nous exigeons sa libération immédiate, a déclaré le secrétaire d'État américain Antony Blinken dans un communiqué.

Cet acte choquant perpétré par le régime Loukachenko a mis en danger la vie de plus de 120 passagers, y compris des citoyens américains, a-t-il dit.

Il a ajouté que Washington appuie le peuple bélarusse dans ses aspirations à un avenir libre, démocratique et prospère et soutient son souhait que le régime respecte les droits humains et les libertés fondamentales.

Alexandre Loukachenko, au lutrin, parle dans un micro.

Le président bélarusse, Alexandre Loukachenko

Photo : Reuters / PAVEL ORLOVSKY/BELTA

Les autorités bélarusses ont dit que le Boeing avait dévié de sa trajectoire à cause d'une alerte à la bombe. Nexta a pour sa part assuré que l'atterrissage d'urgence avait été suscité par une bagarre qu'avaient déclenchée des agents des services de sécurité bélarusses présents à son bord et selon lesquels un engin explosif avait été placé dans l'appareil.

L'aéroport de Minsk, cité par l'agence de presse officielle Belta, a déclaré que l'alerte à la bombe s'était révélée erronée après une fouille de l'avion.

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko a de son côté personnellement donné l'ordre à un MiG-29 de l'intercepter après cette alerte, a dit son service de presse.

Mouvement de contestation

À l'été et à l'automne derniers, M. Loukachenko a dû faire face à un mouvement de contestation historique ayant rassemblé pendant plusieurs semaines des dizaines de milliers de personnes à Minsk et dans d'autres villes, une mobilisation énorme pour un pays d'à peine 9,5 millions d'habitants.

La protestation s'est progressivement essoufflée en raison d'arrestations massives, de violences policières ayant fait au moins quatre morts, de harcèlement judiciaire permanent et de lourdes peines de prison infligées à des militants et à des journalistes.

En novembre, les services de sécurité bélarusses (KGB), hérités de la période soviétique, avaient placé M. Protassevitch, âgé de 26 ans, et le fondateur de Nexta, Stepan Poutilo, sur la liste des individus impliqués dans des activités terroristes.

Le Bélarus fait se poser un avion pour arrêter un opposant à bord

Le rédacteur en chef actuel de Nexta, Tadeusz Giczan, a raconté que, quand l'avion est entré dans l'espace aérien bélarusse, des agents du KGB, soutenant qu'une bombe était à son bord, ont déclenché une bagarre avec le personnel de Ryanair.

Contactée par l'AFP, une porte-parole des aéroports lituaniens a dit avoir reçu comme première explication de la part de l'aéroport de Minsk un conflit entre des passagers et l'équipage.

D'après les images du site Internet spécialisé flightradar24, le Boeing a été intercepté au-dessus du territoire bélarusse, juste avant la frontière avec la Lituanie.

Un média clé

Roman Protassevitch est l'ancien rédacteur en chef de Nexta, un média ayant joué un rôle clé dans la récente vague de contestation de la réélection en 2020 du président Loukachenko, qui occupe ces fonctions depuis 1994.

Fondé en 2015, Nexta (qui signifie quelqu'un en bélarusse) avait notamment coordonné les rassemblements dans l'ensemble du Bélarus, diffusant des mots d'ordre et permettant de partager les photos et les vidéos des rassemblements et des violences.

Une femme assise derrière un bureau tient une photo montrant des manifestants ensanglantés.

La cheffe de l’opposition au Bélarus, Svetlana Tikhanovskaïa, brandit une photo lors de la commission des affaires étrangères du Parlement européen à Bruxelles, le 21 septembre 2020.

Photo : Associated Press / Francisco Seco

L'arrestation du militant a été immédiatement condamnée par la figure de l'opposition bélarusse en exil en Lituanie, Svetlana Tikhanovskaïa. Sur Twitter, elle a souligné que Roman Protassevitch encourait la peine de mort.

L'ancienne république soviétique du Bélarus est le dernier pays d'Europe à appliquer la peine capitale.

Avertissement

Le secrétaire général de l'OTAN a dénoncé le geste posé par Minsk. C'est un incident sérieux et dangereux, qui nécessite une enquête internationale. Le Bélarus doit garantir le retour en sécurité de l'équipage et de tous les passagers à Vilnius, destination initiale du vol, a indiqué Jens Stoltenberg sur Twitter.

C'est totalement inadmissible. Nous tenons le gouvernement du Bélarus pour responsable de la sécurité de tous les passagers et de l'appareil, avait réagi le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell.

Dominic Raab devant une clôture.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab.

Photo : Reuters / HANNAH MCKAY

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, a averti le président bélarusse Alexandre Loukachenko qu'il s'exposait à de graves conséquences après que le Bélarus a intercepté un avion de ligne dimanche.

Le Royaume-Uni est alarmé par les informations faisant état de l'arrestation du journaliste Roman Protassevitch et des circonstances qui ont conduit son avion à atterrir à Minsk. Nous nous coordonnons avec nos alliés. Cette action extravagante de Loukachenko aura de graves conséquences, a ajouté M. Raab.

L'atterrissage forcé d'un avion de ligne au Bélarus aujourd'hui pour arrêter un journaliste est absolument inacceptable, a tweeté le premier ministre irlandais, Micheal Martin.

L'ambassadeur du Bélarus à Paris, Igor Fissenko, a été convoqué dimanche au ministère français des Affaires étrangères à la demande du ministre Jean-Yves Le Drian. Des ressortissants français se trouvaient à bord de l'avion qui a été contraint à un atterrissage d'urgence à Minsk.

La répression en cours au Bélarus a valu à ce pays une batterie de sanctions occidentales qui ont conduit Alexandre Loukachenko à se rapprocher davantage de son homologue russe Vladimir Poutine.

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