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Semblant de retour à la normale à Gaza : la diplomatie au chevet de l'après

Un homme assis au milieu des ruines de son magasin à Gaza.

Un commerçant palestinien est assis au milieu des ruines de son magasin dans le quartier commercial d'al-Rimal, dans la ville de Gaza, le 22 mai 2021, après un cessez-le-feu entre Israël et les militants palestiniens dans l'enclave sous blocus israélien.

Photo : Getty Images / EMMANUEL DUNAND

Agence France-Presse

Des commerçants qui font l'inventaire des pertes, des funérailles organisées dans les rues, mais aussi des cafés rouverts et des pêcheurs de retour en mer : Gaza tente de renouer avec la normalité samedi, à l'heure où s'organise l'aide d'urgence.

Là, tout est perdu! se désespère Waël Amin Al-Shurafa, propriétaire d'une boutique jonchée d'éclats de verre dans le quartier al-Rimal, à Gaza. J'ai peut-être perdu l'équivalent de 250 000 dollars en marchandise. Qui paiera pour tout ça? Qui? Qui?

Au pied de la Tour al-Shorouk, édifice d'une dizaine d'étages réduit en un tas de débris par des frappes israéliennes, une dizaine de personnes attendent sur des chaises en plastique. Parmi la foule, Aïsha Moussalem, toute de noir vêtue.

Même si personne de ma famille n'a été tué, je suis en deuil, soupire cette femme qui louait des appartements dans la tour. Une même question revient : qui va reconstruire? Et quand?

Trêve fragile au Proche-Orient

Environ 6000 habitants de l'enclave ont perdu leur maison dans les bombardements israéliens sur la bande de Gaza et plus d'un millier d'immeubles ont été endommagés, selon le dernier bilan du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).

Samedi, les autorités locales ont entamé la distribution de tentes, de matelas et d'aide alimentaire aux populations déplacées, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les écoles peuvent être reconstruites et les routes aussi; la priorité, c'est l'aide psychosociale dont vont avoir besoin les habitants de Gaza, estime Sarah Muscroft, la directrice d'OCHA pour les territoires palestiniens occupés.

Les infrastructures déjà précaires ont aussi été endommagées, notamment les lignes électriques, tandis que 800 000 Gazaouis sur les deux millions d'habitants de l'enclave n'avaient pas d'accès pérenne à l'eau potable, toujours selon OCHA.

Alors que les secouristes déblayaient avec prudence les décombres à la recherche de corps, des dizaines de milliers de personnes sont sorties pour assister à des funérailles dans les rues, se prendre en photo devant les édifices pulvérisés, mais aussi se rendre dans les cafés de bord de mer, déjà pris d'assaut vendredi soir par les familles.

Des pêcheurs réparent leurs filets.

Des pêcheurs palestiniens réparent leurs filets avant de prendre la mer à Gaza.

Photo : pecheurs palestiniens gaza / EMMANUEL DUNAND

Des pêcheurs sont retournés en mer, sans toutefois obtenir le feu vert d'Israël, qui impose un blocus terrestre, mais aussi maritime sur Gaza depuis près de 15 ans.

Nous partons en mer, mais pas très loin. Nous, les pêcheurs, nous avons peur que les "navy" israéliens nous tirent dessus [...] Mais bon, il faut bien manger, a confié à l'AFP Rami Abou Amira, en préparant ses filets dans le petit port de Gaza. Si tout va bien, le poisson frais sera de retour au souk demain.

Des dizaines de camions d'aide internationale ont commencé à affluer dès vendredi par les terminaux de Kerem Shalom, à la frontière avec Israël, et ceux de Rafah, à la frontière égyptienne, selon plusieurs agences onusiennes.

Samedi, les autorités locales ont annoncé que les fonctionnaires de Gaza pourraient reprendre leur travail dès dimanche.

Des personnes passent devant un magasin endommagé.

Des personnes passent devant un magasin endommagé dans le quartier commercial d'al-Rimal, à Gaza.

Photo : Getty Images / EMMANUEL DUNAND

En Israël, après deux semaines rythmées par les alertes à la roquette, les rues de Tel-Aviv étaient de nouveau remplies de familles attablées en terrasse et les restrictions de déplacement dans le sud du pays ont été levées.

Les affrontements entre l'armée israélienne et le Hamas, au pouvoir dans l'enclave, ont fait 248 morts palestiniens, dont 66 enfants et des combattants, selon les autorités à Gaza. En Israël, les salves de roquettes tirées de l'enclave ont tué 12 personnes, dont un enfant, une adolescente et un soldat, d'après la police.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu vendredi, les deux camps revendiquent la victoire.

À Gaza, un défilé de combattants du Hamas a rassemblé samedi après-midi des centaines de participants, a constaté un photographe de l'AFP.

Dans les rues de l'enclave, de larges portraits de combattants sur lesquels on peut lire Falestine Tantaser (la Palestine victorieuse) ont fait leur apparition.

Nous avons atteint les objectifs, c'est un succès exceptionnel, a de son côté affirmé le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.

Des policiers palestiniens marchent dans des décombres à Gaza.

Des policiers palestiniens marchent dans les décombres de la Cité Arafat, le quartier général de la police de Gaza.

Photo : Getty Images / EMMANUEL DUNAND

Le cessez-le-feu annoncé jeudi soir, à la faveur d'une médiation de l'Égypte, n'a cependant fixé aucune condition à l'arrêt des combats ni établi de plan pour la reconstruction.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a appelé samedi au respect complet de cette trêve, selon des sources diplomatiques.

Une délégation égyptienne a été reçue à Ramallah par le président de l'Autorité palestinienne en Cisjordanie occupée, Mahmoud Abbas, afin d'en évoquer le suivi. Une autre est attendue en Israël.

L'Égypte se positionne aussi en médiateur privilégié pour organiser la reconstruction. Son chef de la diplomatie a indiqué avoir reçu un appel de son homologue israélien pour discuter des mesures visant à faciliter les opérations.

Multiplication des manifestations propalestiniennes

Des manifestations ont eu lieu samedi en appui aux Palestiniens un peu partout dans le monde, notamment à Berlin, à Londres et dans plusieurs villes de France.

Des rassemblements ont aussi été organisés au Canada, notamment à Montréal et à Toronto.

Des pêcheurs palestiniens sur leurs bateaux à Gaza.

Des pêcheurs palestiniens prennent la mer sur leurs bateaux dans le port principal de la ville de Gaza, après le cessez-le-feu.

Photo : Getty Images / EMMANUEL DUNAND

Le président américain Joe Biden a déclaré son intention de mettre en place une aide financière majeure pour reconstruire Gaza, mais sans donner au Hamas – considéré comme terroriste par les États-Unis – l'opportunité de rebâtir son système d'armement.

M. Biden a aussi réitéré le soutien à la solution à deux États, la création d'une Palestine indépendante aux côtés d'Israël, la qualifiant de seule réponse possible au conflit. Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken est attendu au Moyen-Orient dans les prochains jours.

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