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La recherche et les ambulances victimes de la pénurie de semi-conducteurs

Le professeur en génie électrique de l'École de technologie supérieure Frédéric Nabki tient entre les doigts un semi-conducteur « de recherche ». e

Le professeur en génie électrique de l'École de technologie supérieure Frédéric Nabki tient entre les doigts un semi-conducteur « de recherche ». En moyenne, les puces sont beaucoup plus petites.

Photo : Radio-Canada / Alfonse Mondello

La pénurie de semi-conducteurs dans le monde nous rappelle combien les appareils que nous utilisons tous les jours en dépendent. De nombreux fabricants d'appareils électroniques et constructeurs d'automobiles ont dû réduire leur production en raison de cette pénurie. Les effets se font sentir jusqu'au Québec.

Dans le local du professeur de génie électrique de l'École de technologie supérieure Frédéric Nabki, les semi-conducteurs n'ont plus de secret. Un semi-conducteur, explique-t-il, c'est la technologie en arrière de toutes les puces qu'on retrouve dans nos bidules électroniques.

Ils sont tellement partout que la pénurie mondiale cause de sérieux maux de tête aux fabricants d'appareils électroniques et même aux constructeurs de voitures – qui en comptent des dizaines pour permettre aux conducteurs de contrôler leur véhicule du bout des doigts.

Dans les derniers mois, de nombreux constructeurs automobiles, dont Ford, General Motors et Volkswagen, ont dû considérablement réduire leur production et fermer temporairement des usines, en Ontario notamment.

M. Nabki souligne que les universités aussi sont prises au dépourvu. J’ai eu des messages de nos partenaires qui font la fabrication de puces pour nos étudiants et qui nous ont malheureusement annoncé que la production est retardée, dit-il. L’étudiant devra attendre pour pouvoir graduer et finir sa maîtrise ou son doctorat. Il y a des impacts très humains.

Demers Ambulance manque de véhicules pour produire

Au bout de la chaîne d'approvisionnement, le président et directeur général du constructeur d'ambulances Demers, Alain Brunelle, n'arrive plus à maintenir la cadence. Faute de châssis, une usine a été fermée temporairement aux États-Unis, et la production de celle de Beloeil passera de cinq à quatre jours par semaine.

Si ça dure encore six mois et que les manufacturiers ne livrent pas de véhicules, déplore-t-il, ça va être catastrophique pour nos employés et nos clients, qui ont besoin des ambulances pour sauver des vies.

Vue aérienne de véhicules stationnés près d'une usine de General Motors aux États-Unis.

Le cabinet AlixPartners prévoit que la pénurie de semi-conducteurs réduira la production de près de 4 millions de véhicules en 2021.

Photo : Associated Press / Jeff Roberson

Parmi les causes principales de cette pénurie : les retards en raison de la pandémie et, travail à distance oblige, la hausse de la demande d’appareils de télécommunication dans la dernière année.

Les quelques fabricants ne fournissent plus. Ils sont surtout concentrés en Asie, entre autres à Taïwan, où se trouve le géant TSMC, qui produit des semi-conducteurs avancés pour Apple.

Le Canada compte très peu de fabricants de semi-conducteurs. L’usine de Teledyne DALSA à Bromont se spécialise dans les capteurs d'images, de pression et de mouvements.

C'est plus difficile de s'approvisionner en matières premières, surtout le silicium, souligne le vice-président et directeur général Claude Jean. L’augmentation moyenne des coûts de 4 à 5 % vient assombrir la croissance de la production de 15 % depuis le début de l’année.

Si on arrivait à répondre à toutes les demandes de nos clients, la croissance serait supérieure à 20 %, précise-t-il.

La société ontarienne compte parmi ses clients la NASA, et certains de ses capteurs se sont retrouvés sur la planète Mars.

Des investissements en milliards de dollars

Au Québec, l'industrie électronique regroupe 730 entreprises générant des revenus de plus 10 milliards de dollars.

Marie-Josée Turgeon, directrice générale du Centre de collaboration MiQro Innovation, constate en effet que l’augmentation des coûts a une incidence sur les entreprises d’ici, car nombre d’entre elles utilisent des semi-conducteurs pour faire de l’assemblage.

C’est un élément de plus qui risque de nourrir la hausse de l’inflation dans les prochains mois.

Récemment, IBM a dévoilé qu’elle s’attendait à ce que la pénurie dure pendant au moins deux ans. Les nouvelles usines sont si sophistiquées que leur construction nécessite des années et des milliards d’investissements.

Pour des raisons de sécurité nationale, les États-Unis entendent d'ailleurs injecter plus de 50 milliards de dollars pour restaurer leur capacité de production intérieure et briser leur dépendance à l'égard des fabricants asiatiques.

Si rien de tel n'est prévu au Canada, Frédéric Nabki de l'École de technologie supérieure espère un revirement de situation. J’ai le sentiment, soutient-il, que le Canada va vouloir remédier à ça, car c’est un domaine en croissance.

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