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Sudbury, « phénix » du reverdissement, risque-t-elle de perdre son expertise?

Adam Kirkwood au bord d'un lac.

Les efforts de reverdissement de la ville natale d'Adam Kirkwood l'ont poussé à s'inscrire à l'École de l'environnement, qui n'existe maintenant plus.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Des chercheurs s'inquiètent de la fermeture de programmes d'environnement, d'écologie et de géographie à l'Université Laurentienne. Ils craignent que des professeurs et des étudiants prometteurs ne quittent le Grand Sudbury, en Ontario, qui est reconnue mondialement pour son expertise en réhabilitation de sites miniers.

Ça a été un choc. On a tellement un héritage environnemental fort. S'il y a quelque chose pour laquelle Sudbury est connu, c'est pour être un phénix qui renaît de ses cendres. Et les programmes d'environnement était au centre de cette expertise, s'exclame le Dr Charles Ramcharan.

Nous vivons dans une terre qui a été ravagée et nous avons réussi à la réparer.

Une citation de :Dr Charles Ramcharan, professeur retraité spécialiste en écologie aquatique

Le chercheur, qui est spécialisé dans l'écologie aquatique, enseignait jusqu'à tout récemment l'environnement à l'Université Laurentienne. Conscient des défis financiers de l’établissement, il a accepté de prendre sa retraite hâtivement au mois d'avril.

Le portrait d'un homme sur la rive d'un lac

Le Dr Charles Ramcharan enseignait l'environnement à l'Université Laurentienne jusqu'à tout récemment.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Moins de deux semaines plus tard, l’Université Laurentienne a annoncé qu’elle sabrait près de 70 de ses programmes et mettait à pied une centaine de professeurs.

Les programmes de premier cycle d'environnement, d’écologie et de géographie, dont plusieurs faisaient la fierté de l'établissement, ont été abolis.

L'Université Laurentienne, au bord de la faillite, soutient avoir trié ses programmes en fonction du nombre d'inscriptions, arguant que plusieurs étaient redondants ou peu fréquentés.

L'expertise sudburoise au service du reverdissement

À la fin des années 1970, la région du Grand Sudbury était connue pour ses paysages lunaires.

À l’époque, la végétation et les sols étaient ravagés par les pluies acides. La municipalité, surnommée la capitale du nickel, faisait les frais de ses exploitations minières d’envergure.

Depuis, plus de 10 millions d’arbres ont été plantés grâce aux efforts concertés de la Ville, de nombreux scientifiques et des compagnies minières, faisant de Sudbury un leader mondial du reverdissement.

freezeframe

Le paysage de Sudbury a bien changé entre 1979, à gauche, et 2013, à droite.

Photo : Montage, Ville du Grand Sudbury et Radio-Canada

Mais le programme de reverdissement de la Ville du Grand Sudbury est loin d’être terminé. L’un de ses pionniers, le Dr Peter Beckett, estime être encore à mi-parcours.

Le chercheur craint que la fermeture de l’École de l'environnement aura un impact sur le projet.

Il y a toujours de nouvelles idées, mais aussi de nouveaux problèmes et défis, afin d’améliorer le programme de reverdissement de Sudbury. Et c’est exactement le genre de recherche qui va être perdue si nous n’avons pas les chercheurs de l’Université Laurentienne.

Une citation de :Le Dr Peter Beckett, ancien professeur de biologie à l'Université Laurentienne et pionnier du projet de reverdissement de Sudbury
Portrait de Peter Beckett.

Le Dr Peter Beckett est venu du pays de Galles, au Royaume-Uni, spécifiquement pour travailler au reverdissement de Sudbury.

Photo : CBC/Markus Schwabe

Comme le Dr Ramcharan, le Dr Beckett a pris sa retraite hâtivement afin de préserver les postes de ses collègues.

Malgré tout, il souligne que plusieurs jeunes professeurs menant des recherches novatrices en réhabilitation des sites miniers ont été licenciés.

Ceux-ci pourraient continuer leurs recherches, mais sans pouvoir compter sur leur salaire de professeur. Le Dr Charles Ramcharan craint que cela ne les force à quitter Sudbury.

Quand on n'a pas d'École d'environnement et pas de salaire, c'est difficile d'avancer dans nos recherches.

Une citation de :Le Dr Charles Ramcharan, ancien professeur spécialiste en écologie aquatique

Malgré les embûches, le chercheur ne compte pas jeter l'éponge. Il travaille actuellement sur un projet visant à exporter l’expertise de reverdissement du Grand Sudbury au Pérou.

La super cheminée de Sudbury.

Vale, qui possède la supercheminée de Sudbury, fait partie des compagnies minières ayant investi dans le programme de reverdissement de la région.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Une passerelle de moins vers la recherche

Le département de biologie, où enseignait le Dr Beckett, a été épargné par les coupes à l’Université Laurentienne.

Malgré tout, le professeur retraité s'inquiète : sans les programmes de premier cycle de l'École de l'environnement, plusieurs jeunes Sudburois risquent de devoir débuter leurs études ailleurs. Ils craint un exode de talent de Sudbury.

Ça va être assez ironique si les étudiants de Sudbury doivent aller ailleurs pour apprendre à propos des problèmes environnementaux de leur région, et y revenir lors d’expéditions terrain. Ça va être étrange, c’est certain, dit le Dr Beckett, sourire en coin.

Natif de Sudbury, Adam Kirkwood a été inspiré par les paysages reverdis de la région. C'est au fil de son baccalauréat en science de l’environnement et en géographie, deux programmes maintenant abolis, qu'il a découvert son intérêt pour la recherche.

Portrait d'Adam Kirkwood.

Adam Kirkwood dit qu'il n'aurait pas eu la même passion pour l'environnement sans ses études de premier cycle à l'Université Laurentienne.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Maintenant candidat au doctorat, il se rend chaque été près de la baie d’Hudson afin d’étudier le pergélisol et l’activité microbienne.

Ça me rend vraiment triste. J’ai pu rester dans ma région natale pour étudier ce que j’aime. [...] Maintenant, les jeunes qui sont intéressés par l'environnement n'auront plus la chance de rester ici, regrette-t-il.

Je pense que plusieurs personnes vont quitter la ville plutôt que demeurer ici, et on va perdre beaucoup de talent comme ça.

Une citation de :Adam Kirkwood, candidat au doctorat en écologie boréale à l'Université Laurentienne
Le terrain de recherche d'Adam Kirkwood, dans le Nord de l'Ontario.

Le pergélisol, qui devrait demeurer gelé en permanence, dégèle périodiquement en raison des changements climatiques depuis des années.

Photo : Soumise par Adam Kirkwood

Accompagner la relève

La plupart des professeurs ayant perdu leur emploi ou ayant accepté de prendre leur retraite hâtivement supervisaient également des étudiants à la maîtrise et au doctorat.

C’est le cas du Dr David Lesbarrères, seul professeur de biologie de son département à avoir été licencié. Aujourd’hui sans salaire, le spécialiste des amphibiens accompagne encore une poignée d’étudiants dans leurs recherches, qui balancent entre biologie et environnement.

David Lesbarrères près d'un étang.

Le Dr David Lesbarrères occupait depuis plusieurs années un poste administratif.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

L’intérêt des amphibiens pour moi, c’est que ce sont des espèces à la fois dans l’eau et sur terre. Ils sont à la fois soumis aux pressions de pollution du milieu aquatique, qu’à la déforestation ou à la perte de végétation, explique-t-il.

Cela en fait donc une espèce particulièrement intéressante à étudier dans un milieu qui a été ravagé par l’industrie minière par le passé, selon le Dr Lesbarrères.

Ce sont de bons marqueurs de notre environnement : est-ce que Sudbury redevient un milieu propice à la biodiversité? Les amphibiens se sont-ils adaptés aux conditions et aux transformations de Sudbury au cours du temps?

Une citation de :Le Dr David Lesbarrères, ancien professeur de biologie à l'Université Laurentienne
David Lesbarrères à l'extérieur.

Le Dr Lesbarrères estime que les amphibiens sont des témoins privilégiés de la qualité de l'environnement.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Le Dr Lesbarrères était le seul professeur de l’Université Laurentienne à s'intéresser aux amphibiens. S’il entend continuer d’accompagner ses étudiants aussi longtemps qu’il le faudra, le chercheur ne peut pas garantir qu’il demeurera dans la capitale du nickel.

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