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Confinement et dépendance, un cocktail dangereux

Le confinement a exacerbé les problèmes de dépendance.

Un homme assis dans l'ombre, la tête penchée et visiblement en détresse

Nouvelle plateforme pour aider les gens à combattre la dépendance au crystal meth

Photo : Radio-Canada

L’isolement social a été particulièrement cruel envers ceux qui sont aux prises avec des problèmes de dépendance. Le déconfinement prochain pourrait dévoiler l'étendue des troubles de consommation dans la population.

Gregory est sorti de l’hôpital il y a deux jours. Il a été hospitalisé pendant trois semaines pour guérir son corps, ravagé par l’alcool. Quelques heures après avoir reçu son congé, il est entré à la Villa Ignatia pour entamer une thérapie de 28 jours.

J'ai fait une chute profonde dans l'alcoolisme à la suite de mon confinement en mars 2020. J'étais déjà sur une pente glissante, et puis avec le confinement... J'étais à la maison avec une bouteille de vodka. Youpi!, dit-il, une pointe d’ironie dans la voix.

Gregory en entrevue avec la journaliste Camille Carpentier.

Gregory a décidé de suivre une thérapie pour s'affranchir de sa dépendance à l'alcool.

Photo : Radio-Canada

Lorsque la pandémie a frappé, il a respecté un confinement strict pour protéger sa conjointe, âgée de plus de 70 ans. Les occasions de boire n’ont pas manqué.

Tu as ta paie, tu ne travailles pas, tu consommes.

Une citation de :Gregory

Lors de notre passage, une vingtaine de personnes suivaient une thérapie à la Villa Ignatia, située sur les berges du lac Saint-Charles, à Québec. Pour plusieurs, l’isolement social et le stress engendrés par la pandémie ont été des facteurs qui ont contribué à l’augmentation de leur consommation et à une perte de contrôle.

Même si, en novembre 2020, Éduc’Alcool rapportait que la consommation des Québécois était demeurée relativement stable après huit mois de pandémie, l’INSPQ estime qu'entre 34 et 38 % des 18 à 44 ans ont augmenté leur consommation d’alcool au cours du printemps 2020.

L’isolement s’est surtout fait sentir chez les personnes déjà aux prises avec des dépendances, constate Karine Bertrand, directrice scientifique à l’Institut universitaire sur les dépendances, qui étudie le phénomène depuis plus d’un an. Les surdoses et les rechutes ont été nombreuses.

Les groupes qui étaient en plus grande situation de précarité, en détresse psychologique, les plus jeunes, les groupes marginalisés et stigmatisés ont été encore davantage affectés, note Mme Bertrand.

On a des personnes en rétablissement qui ont abandonné les services, qui ont rechuté, qui ont aggravé leur consommation, ajoute Karine Bertrand.

Une deuxième thérapie

Marc en est à sa deuxième thérapie. Il était déjà sur une pente glissante, lui aussi. Le stress et l’anxiété provoqués par l’omniprésence des mesures sanitaires ont contribué à sa rechute.

Le réflexe était de consommer. C'était le mauvais choix, dit-il.

Pour Isaac, la consommation de drogues est passée d’occasionnelle à quotidienne en seulement un an. Comme d’autres, il a vite perdu le contrôle.

Ça te tente de décompresser, mais tu ne peux pas voir personne. C'est le chemin facile. C'est le chemin pour déconnecter, être bien avec toi-même sans avoir besoin d'être en interaction avec les autres, explique le jeune homme, qui affiche tout de même un grand sourire.

Un jeune homme assis face à un homme plus âgé

Isaac se sent déjà beaucoup mieux après deux semaines de thérapie.

Photo : Radio-Canada

Isabelle est une travailleuse du secteur privé de la santé. Elle avait déjà une relation difficile avec l’alcool avant la pandémie. Avec l’omniprésence des mesures sanitaires, elle a trop souvent succombé à l’envie de boire un coup pour faire tomber la pression.

Tu arrives à la maison, tu n'as pas d'activité, tu ne socialises plus. C'était facile d'ouvrir une bouteille.

Une citation de :Isabelle

Alcooliques anonymes en ligne

L’interdiction des rassemblements intérieurs a forcé les Alcooliques anonymes (AA) à changer leurs habitudes. Depuis plus d’un an, une grande partie des rencontres s’effectuent en ligne, sauf dans les régions moins touchées par le virus.

Ç'a créé beaucoup d'isolement pour certaines personnes, surtout les gens plus âgés, qui sont moins habiles avec la technologie, admet Diane, vice-présidente des AA pour la région 89, qui englobe le nord-est de la province.

Pour joindre les plus isolés, des membres ont créé des chaînes téléphoniques. Les rencontres en ligne ont aussi eu du bon. L’anonymat que permettent les visioconférences a séduit ceux qui étaient réticents à se présenter à une assemblée en personne.

On s'est rendu compte que ça répondait à un besoin pour les gens à mobilité réduite, pour les gens isolés pour toutes sortes de raisons, ajoute Diane. Des gens malades à l'hôpital ou encore une maman qui ne trouve pas de gardienne.

Selon elle, les rencontres en ligne des AA vont demeurer, même après la pandémie.

Effet à retardement?

À la Villa Ignatia, le téléphone sonne moins depuis un certain temps. Dans le centre habituellement plein, quelques chambres sont libres. La directrice générale Jacinthe Berthelot pense que certaines personnes souffrent probablement en silence.

Je vois l'impact du télétravail. Les gens ne vont plus au bureau, ne sont plus en relation avec personne. L'isolement s'est créé. Demander de l'aide, c'est plus difficile.

Une citation de :Jacinthe Berthelot, directrice générale, Villa Ignatia

Elle s’attend à ce que le déconfinement et le retour des interactions sociales provoquent des prises de conscience chez ceux qui ont perdu le contrôle de leur consommation.

Le centre Villa Ignatia vu de l'extérieur.

Le centre de thérapie Villa Ignatia de Québec accueille des personnes aux prises avec des problèmes de dépendance.

Photo : Radio-Canada

À quelques kilomètres de là, au centre de thérapie la Maison de Job, les intervenants ont remarqué une explosion des troubles de l’anxiété parmi les personnes vulnérables qui fréquentent l’établissement. La directrice générale rappelle que le meilleur moyen de diminuer la consommation d’alcool et de drogue est de faciliter l’accès à des ressources en santé mentale.

C'est déjà ardu en période normale pour notre clientèle d'avoir un rendez-vous avec un psychiatre. En temps de pandémie, on n'en parle même pas, dit Hélène Coulombe.

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