•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Archives

CKSB, le porte-voix des francophones de l’Ouest canadien

Courrier reçu par un animateur de la station de radio CKSB

Courrier reçu par un animateur de la station de radio CKSB

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Il y a 75 ans entrait en ondes un premier poste de radio français à l’ouest de l’Ontario : CKSB, la radio de Saint-Boniface. Nos archives nous rappellent l’avènement de cette radio communautaire privée devenue une antenne du réseau français de Radio-Canada.

Le 27 mai 1946 est une date marquante dans l’histoire des francophones du Manitoba et de l’Ouest canadien.

Après une dizaine d’années de collecte de fonds et de pourparlers avec différents ordres de gouvernement, les Franco-Manitobains obtiennent le droit et la capacité d’entendre la radio dans leur langue maternelle.

Situé à Saint-Boniface, le poste CKSB diffuse des émissions radio en français à partir d’une station qui appartient à sa communauté.

Son objectif? Lutter contre l’américanisation de la radio, faire rayonner la culture canadienne-française et surtout, assurer sa survie dans l’Ouest canadien.

Figure emblématique de la radio français au Manitoba, l'animateur Henri Bergeron.

Extrait audio de l'ouverture de CKSB, le 27 mai 1946

Photo : Société historique de Saint-Boniface

Cet extrait radio témoigne des premières minutes d’inauguration de la station CKSB.

Sur le coup de 6 heures, parfaitement entendues dans un rayon de 120 km autour de Saint-Boniface, un chœur accompagné de la fanfare La Vérendrye entonne l’hymne Ô Canada, qui va désormais ouvrir et clôturer chaque journée de diffusion.

Puis, la toute première voix française entendue à la radio de Saint-Boniface est celle d‘Henri Bergeron, qui lance avec une émotion compréhensible : lci CKSB Saint-Boniface, votre premier poste français dans l’Ouest canadien.

Henri Bergeron lit un conte dans un studio radio avec un visage particulièrement expressif.

L'aventure (radio), 10 septembre 1992

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

Pionnier de la radio française dans l'Ouest canadien avec ses collègues Léo Rémillard et Émile Savoie, Henri Bergeron a aussi contribué à forger une identité à la télévision canadienne.

L’annonceur en devient la voix et le visage le 6 septembre 1952, lors de l'entrée en ondes de la toute première chaîne de télévision au Canada, CBFT Montréal.

Dans notre extrait du documentaire radio L'aventure, diffusé le 10 septembre 1992, l'animateur bien connu du public de Radio-Canada revient sur sa carrière entamée à la radio CKSB.

« J'ai mieux compris le sens de la communication et, surtout, le sens de cette radio communautaire qui est absolument merveilleuse comme moyen de formation pour les jeunes en communication. »

— Une citation de  Henri Bergeron

Au départ, la programmation de CKSB est principalement composée de causeries et d’émissions musicales en direct.

Radio-Canada alimente également la station de radio communautaire avec quelques émissions sur disque, comme le radioroman Un homme et son péché et l’émission agricole Le réveil rural.

Henri Bergeron se voit pour sa part confier une émission pour enfants dans laquelle il raconte des histoires aux jeunes auditeurs et répond à leurs questions transmises par courrier.

Vous savez, si vous êtes capables de parler aux enfants, vous serez capable de parler aux adultes en toute facilité, affirme celui qui est devenu une véritable référence en communication pour la qualité de sa langue et de son élocution.

Je crois avoir développé en moi un sens de la communication personnelle et interpersonnelle, ajoute-t-il au sujet de son travail à Radio Saint-Boniface.

40e anniversaire de CKSB, 28 mai 1986

En mai 1986, Henri Bergeron est de retour à Saint-Boniface pour le 40e anniversaire de CKSB. Avec les autres fondateurs de la station de radio, il revient sur le chemin parcouru.

On s'est fait rabrouer royalement, refuser, c'est comme si on n'existait pas, rappelle Mgr Maurice Baudoux au sujet de ses premières démarches pour obtenir un poste de radio français pour la population manitobaine.

La communauté religieuse est grandement tributaire de l’avènement de CKSB.

En mai 1944, le Bureau des gouverneurs de Radio-Canada — qui régit alors la radiodiffusion au pays — accepte d'octroyer un premier permis pour Saint-Boniface. Aucun soutien financier n’est cependant accordé au groupe réuni sous le nom de Radio ouest-française.

Avec l’aide du Comité permanent de la survivance française en Amérique du Nord, l’abbé Maurice Baudoux met donc sur pied une campagne de souscription à travers les paroisses du pays pour financer le projet de radio française.

En 1943, cette organisation avait aidé les Acadiens à fonder leur quotidien, L’Évangéline.

Ce sont ainsi tous les foyers francophones manitobains qui contribuent à ce qu’une radio française se concrétise dans l’Ouest canadien. Une somme de 150 000 $ est recueillie, une fortune à l’époque. Au nom de la solidarité, 200 000 $ sont aussi amassés au Québec par le Comité permanent de la survivance française.

Grâce à ce financement, Radio Saint-Boniface (CKSB) entre en ondes le 27 mai 1946 afin de porter la voix de sa communauté et de lui offrir une force collective.

Une étape importante pour les jeunes francophones de l’époque, souligne la journaliste Louise Beaudoin dans ce reportage du 28 mai 1986.

 Nous nous étions donné notre poste , se remémore Henri Bergeron. Si nous parvenions à réussir ce premier poste, d'autres postes étaient possibles dans l'Ouest canadien.

La fructueuse campagne de souscription publique permettra effectivement à Radio ouest-française de lancer par la suite CHFA Edmonton (en novembre 1949), CFRG Gravelbourg (en juin 1952) et CFNS Saskatoon (en novembre 1952).

Ce soir, 4 juin 1996

« Je vous demanderais d'être fiers de votre poste qui appartient à chacun de vous tous. »

— Une citation de  L’annonceur Émile Savoie, en clôture de l’émission inaugurale de CKSB

Radio Saint-Boniface parvient rapidement à rejoindre dans sa langue une population de quelque 53 000 âmes. Un auditoire considérable qui permet à ses administrateurs d’aller chercher du financement chez des commanditaires jusqu’à Toronto.

Léo Rémillard rappelle dans ce reportage le rôle important de la publicité dans la viabilité de la station de radio.

Pour ce reportage-anniversaire du 6 juin 1996, la journaliste Louise Moquin s’entretient avec ce pionnier de la station manitobaine devenu plus tard chef des services de langue française de Radio-Canada pour la région des Prairies.

La participation bénévole d’artistes et de comédiens dans les émissions de CKSB permet également à la radio communautaire de survivre.

Dès 1952, le poste de radio devient affilié au réseau français de Radio-Canada, qui lui loue du temps d’antenne. C'est une première étape vers son acquisition complète par la société d’État afin de lui donner davantage de moyens.

La transformation de la station communautaire privée en chaînon de Radio-Canada s'accompagne de la crainte que CKSB ne perde une partie de son identité et de sa proximité avec le public manitobain.

Officialisée le 1er avril 1973, son entrée dans le réseau de Radio-Canada lui garantit d’un autre côté une continuité et une sécurité dans le temps.

Ancien directeur de CKSB, Maxime Désaulniers soutient qu’il fallait alors s’assurer que la station demeure utile à la communauté franco-manitobaine. Une affirmation qui s’applique jusqu’à aujourd’hui.

Les gens ont accepté que CKSB reflétait ce qui existait dans cette province à tout le pays, d’un océan à l’autre, conclut pour sa part Léo Rémillard dans ce reportage.

Encore plus de nos archives

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.