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La Vallée-de-la-Gatineau veut récupérer son pouvoir décisionnel en santé

La façade de l'Hôpital de Maniwaki en été.

Des intervenants du milieu de la santé déplorent notamment que l'Hôpital de Maniwaki soit « dirigé à distance ».

Photo : Radio-Canada / Jérôme Bergeron

Des membres de la communauté et du domaine médical dénoncent l’absence de gouvernance en santé dans la Vallée-de-la-Gatineau. Ils demandent un projet pilote pour ramener des cadres à temps plein, avant qu’il soit trop tard.

Depuis la centralisation des pouvoirs et la création du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais en avril 2015, ces intervenants disent avoir pratiquement tout perdu.

Ils souhaitent le retour de décideurs sur place dans la Vallée-de-la-Gatineau afin de pouvoir recruter davantage de personnel et de convaincre ceux en poste de rester.

La Dre Audrey Bertrand est médecin de famille à Maniwaki. Elle s’inquiète des départs massifs de collègues au fil des ans et des conséquences pour les services aux patients.

La Dre Audrey Bertrand en entrevue.

La Dre Audrey Bertrand craint pour l'avenir de l'Hôpital de Maniwaki.

Photo : Radio-Canada

L’absence de décideurs à temps plein dans le territoire crée un sentiment de découragement et de désintéressement, qui pousse selon elle certains professionnels de la santé à partir vers d’autres régions ou d’autres domaines.

C’est là qu’on a décidé d’un peu sonner l’alarme, parce que l’Hôpital de Maniwaki en ce moment se vide, indique la Dre Bertrand.

« Quand je me couche le soir, je me demande si ce qu’on veut c’est fermer l’Hôpital de Maniwaki. Ils ne peuvent pas comprendre notre réalité et ils ne peuvent pas adapter les solutions. »

— Une citation de  La Dre Audrey Bertrand, médecin de famille à Maniwaki

La Dre Parand Razaeifar, médecin omnipraticienne et chef de service de médecine générale à l’Hôpital de Maniwaki, abonde dans le même sens.

Puisque des cadres ne sont pas présents à l’hôpital, le personnel ne sait pas vers qui se tourner pour poser des questions, selon elle. Chaque personne se demande “qui est mon chef” et “à qui je dois parler pour faire comprendre mon problème et trouver une solution”, ajoute la Dre Razaeifar.

La Dre Parand Razaeifar en entrevue.

Parand Razaeifar, médecin omnipraticienne et chef de service de médecine générale à l’Hôpital de Maniwaki

Photo : Radio-Canada

Les démissions et les départs sont d’autant plus problématiques dans un milieu rural où les équipes sont réduites, estime la Dre Razaeifar.

Dans un centre hospitalier comme celui de Maniwaki, qui fonctionne avec deux infirmières aux soins intensifs, l’absence ou le départ d’un membre de l’équipe représente 50 % des effectifs, explique-t-elle.

« Cet hôpital, c’est un bateau qui est dirigé à distance, donc c’est extrêmement difficile. »

— Une citation de  La Dre Parand Razaeifar, chef de service de médecine générale à l’Hôpital de Maniwaki

« De la poudre aux yeux »

En 2018-2019, la communauté de la Vallée-de-la-Gatineau s’est mobilisée pour maintenir son bloc opératoire en vie, alors qu’un manque criant d’anesthésiologistes menaçait la survie de ce service. Cette mobilisation dénonçait également de graves lacunes de communication entre la haute direction et les secteurs ruraux. Ce dossier a même mené au congédiement du PDG du CISSS de l’Outaouais, Jean Hébert.

Jean Hébert répond aux questions des journalistes.

L'ancien président-directeur général du CISSS de l'Outaouais, Jean Hébert

Photo : Radio-Canada

Dans la foulée, un mandataire spécial, Sylvain Gagnon, a été désigné afin de brosser un portrait des problématiques dans ce secteur rural de l’Outaouais et de soumettre des recommandations aux autorités de santé régionales.

Dans un rapport, le mandataire a notamment proposé de mieux coordonner les actions sur le territoire par la présence de cadres en autorité, responsables de l'organisation des services et des activités qui se réalisent à l'intérieur des installations de l'établissement et auprès des partenaires du milieu.

Selon la Dre Bertrand, c’était de la poudre aux yeux. On a créé des nouveaux postes, oui, mais est-ce que vous savez que ces gens-là viennent une demi-journée par mois? Est-ce que vous savez que ces gens-là n’ont aucun pouvoir décisionnel et que, sur place, ça ne change pas grand-chose? s’insurge Audrey Bertrand.

Un projet pilote réclamé

Devant ce constat, la préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau affirme n’avoir d’autre choix que de ramener ce dossier sur la place publique. Il n’y a rien qui a été fait et il faut absolument qu’on ait un pouvoir de gouvernance chez nous, indique Chantal Lamarche.

Chantal Lamarche en entrevue.

La préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, Chantal Lamarche

Photo : Radio-Canada

Une rencontre de réflexion a eu lieu le 15 avril dernier avec une soixantaine de membres de la communauté et du milieu médical, en présence de représentants du CISSS de l’Outaouais.

Il a été convenu qu’une demande serait envoyée prochainement au ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, afin de mettre en place un projet pilote pour ramener un cadre à temps plein dans la Vallée-de-la-Gatineau.

« Il faut [qu’ils] arrêtent de travailler en silo, dans les quatre murs de Gatineau. »

— Une citation de  Chantal Lamarche, préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau

Devant la crainte de perdre davantage de services hospitaliers et de main-d'œuvre dans le domaine de la santé, la Chambre de commerce se rallie à la cause. L’Hôpital de Maniwaki est l’un des plus grands employeurs du secteur.

On ne voudrait surtout pas perdre de service, que ce soit au niveau médical, infirmier, des préposés aux bénéficiaires, peu importe. Cela a un impact direct [sur notre vitalité économique], affirme la présidente de la Chambre de commerce de Maniwaki et de la Vallée-de-la-Gatineau, Agathe St-Amour.

Agathe St-Amour en entrevue.

Agathe St-Amour, présidente de la Chambre de commerce de Maniwaki et de la Vallée-de-la-Gatineau

Photo : Radio-Canada

Si les autorités de santé régionales disent vouloir améliorer la situation, elles ferment la porte à un changement de structure. Nous ne sommes pas dans des éléments pour brasser la gouverne à nouveau, nous n'avons pas cet objectif-là, affirme en entrevue la présidente-directrice générale adjointe du CISSS de l'Outaouais, France Dumont.

Ce qu'on souhaite faire avec les gens, c'est beaucoup plus travailler à améliorer les arrimages avec nos services de proximité et les services plus centraux pour qu'on puisse en tirer un réel avantage et des bénéfices, ajoute-t-elle.

Contrairement à ce qu'affirment les intervenants de la Vallée-de-la-Gatineau, le CISSS insiste pour dire que 23 cadres à temps plein travaillent actuellement sur le territoire. Ce ne sont pas des cadres supérieurs mais ils ont toutefois un pouvoir décisionnel. Leurs rôles est de soutenir et d'assurer une gestion des équipes terrains, a fait savoir la porte-parole Patricia Rhéaume dans un courriel vendredi après-midi.

La préfète Chantal Lamarche conteste vivement cette affirmation et n'entend pas en rester là.

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