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Alcool et lieux publics, l’héritage tenace de la prohibition

Malgré une certaine résistance, plusieurs villes canadiennes ont ouvert la porte à la consommation d’alcool dans des lieux publics ces dernières années.

Un canette de bière sur un tronc d'arbre sur une plage.

La consommation d'alcool dans les parcs d'Edmonton sera permise à partir du 28 mai.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Calgary et Edmonton permettront, d’ici quelques jours, la consommation d’alcool dans certains de ses parcs municipaux, mais seulement dans des emplacements désignés. Comme plusieurs villes canadiennes, elles ont adopté une approche prudente comparée à ce qui se fait dans plusieurs pays européens.

Tout comme Edmonton et Québec, Calgary limitera la consommation à un nombre restreint de tables à pique-nique.

J’aurais préféré qu’on aille plus du côté du ''laissez-faire" , déplore le conseiller municipal Gian-Carlo Cara, qui parraine le projet pilote lancé à Calgary. Les gens me disent que c’est ridicule et que ce n’est pas assez.

Il souhaiterait voir sa ville s'inspirer un peu plus du modèle québécois ou européen, mais admet avoir dû faire des compromis pour obtenir l’appui de 12 des 14 membres du conseil municipal. Il espère que le projet pilote montrera que les Calgariens peuvent boire de manière responsable.

Il faut qu’on prouve que ça ne va pas amener l’effondrement de la civilisation.

Une citation de :Gian-Carlo Cara, conseiller municipal à Calgary

L’héritage de la prohibition

Les gens qui viennent de l’Europe sont toujours surpris d’apprendre qu’on ne peut pas boire dans les parcs, raconte le professeur au département des sciences de la santé de l’Université Brock, Dan Malleck.

Il faut dire que Calgary et Edmonton sont loin d’être les seules à être frileuses quand vient le temps d’assouplir les règles sur la consommation d’alcool. Certaines petites municipalités comme Cardston interdisent même entièrement la vente d’alcool sur leur territoire.

La plupart des historiens s’entendent pour dire que la courtepointe de lois et règlements qui encadrent la consommation d’alcool en Amérique du Nord est un héritage de la prohibition.

Au 19e siècle, les États-Unis et le Canada faisaient face à un surplus de grains comme le maïs, qui était en partie utilisé pour fabriquer de l’alcool fort, explique l’historienne Christine Sismondo. Cela a entraîné une augmentation de la consommation abusive.

Groupe de femmes sur un chariot tiré par des chevaux et tenant une grande bannière.

En réponse à la grande disponibilité de l’alcool, différentes mouvances, notamment religieuses, favorables à l’encadrement plus strict de la vente d’alcool, gagnaient en popularité des deux côtés de la frontière.

Il y avait par exemple l’Union chrétienne des femmes pour la tempérance qui était basée sur l’idée de protéger la sécurité des femmes et de la famille, précise Christine Sismondo. Elle ajoute que ce mouvement avait également une composante raciste, anti-catholique et antisémite.

Le gouvernement fédéral américain a officiellement décrété la prohibition le 17 janvier 1920. Celle-ci perdura jusqu’en 1933.

Au Canada, la majorité des provinces ont interdit, à un moment ou un autre, la vente et la consommation d’alcool. Les Québécois s’y opposèrent cependant majoritairement par référendum en 1919 et la plupart des lois provinciales furent abrogées dans les années 1920.

Un système difficile à déconstruire

Si la consommation d’alcool redevient alors légale, elle est cependant loin d’être simple. Un stigmate important demeure attaché à celle-ci.

Elle n’était de plus pas permise dans des espaces publics comme des parcs. Ce n’est pas tant que c’était interdit dans les parcs, c’est plutôt que pour avoir le droit de boire ça prenait un permis et on ne va pas donner de permis pour un parc, explique Dan Malleck.

Des cannettes et des sacs de plastique laissés sur une bordure de béton.

À Tokyo, au Japon, la consommation d'alcool dans des lieux publics est légale.

Photo : Associated Press / Takuto Kaneko

Ces espaces où la consommation était permise se sont graduellement multipliés avec la popularité des terrasses et des festivals où de l’alcool est vendu. La prohibition et les cadres réglementaires qui lui ont succédé continuent cependant d’influencer les mentalités, croit Dan Malleck.

Les lois et les précédents historiques influencent ce qu’on considère comme acceptable ou pas en matière de consommation d’alcool.

Un panneau indiquant en anglais qu'il est permis de boire à certaines tables à pique-nique.

Le gouvernement de l'Alberta permet depuis 2 ans la consommation d'alcool dans certaines aires désignée de ses parcs provinciaux.

Photo : Radio-Canada / Laurent Pirot

Selon lui, les lois sur l’alcool n'ont souvent pas de sens en Amérique du Nord, en particulier aux yeux des personnes qui passent d’un État ou d’une autre province à un autre. En Pennsylvanie, par exemple, vous ne pouvez pas acheter de bière à l’unité. Ça doit absolument être en paquet de six.

Les gens pensent que leurs règles sont bonnes, parce qu’ils ont grandi avec ces règles-là.

Une citation de :Dan Malleck, professeur au département des sciences de la santé à l'Université Brock

Problème de santé publique?

Est-ce pour autant une bonne idée de permettre la consommation d’alcool dans les parcs? Certains Calgariens le font déjà discrètement et responsablement, fait valoir Gian-Carlo Cara, qui ajoute que la consommation excessive dans les espaces publics demeure interdite.

Un groupe de femmes joue au Spikeball, un jeu qui inclut une balle à faire rebondir sur un trampoline. Une caisse de bière Corona est installée en avant-plan.

Malgré l'interdiction, la consommation d'alcool est déjà très répandue dans les parcs d'Edmonton et de Calgary.

Photo : Radio-Canada / Alexis Tremblay

La consommation d’alcool est un facteur de maladie chronique reconnue, rappelle cependant le Dr Réal Morin, spécialiste en santé publique et médecine préventive à l’Institut national de Santé publique du Québec.

Il ne s’inquiète pas de voir des gens consommer modérément autour d’un repas dans les parcs. Toutefois, la consommation festive et abusive pourrait cependant représenter un risque d’intoxication aiguë.

Christine Sismondo croit, de son côté, que plusieurs des effets négatifs comme le bruit et l’augmentation de la quantité de déchets laissés dans les parcs peuvent être limités si les infrastructures et les règles municipales sont adéquates.

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