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Des Autochtones sentent qu'on s'est servi d'eux pour cautionner le programme scolaire

Betty Letendre, souriante.

Betty Letendre travaille avec les conseils scolaires d'Edmonton pour intégrer du contenu autochtone à leurs programmes.

Photo : Courtoisie: Betty Letendre

Des aînés et des leaders autochtones ont l'impression que le gouvernement albertain s'est servi d'eux pour cautionner la nouvelle ébauche de son programme scolaire de la maternelle à la sixième année, qu’ils n’approuvent pas. Ils disent avoir à peine eu le temps de consulter le matériel et que leurs recommandations n’ont pas été prises en considération.

Betty Letendre ne mâche pas ses mots. Selon elle, le gouvernement albertain s'est servi de son statut d’aînée autochtone ayant des décennies d’expérience dans le domaine de l’éducation pour donner un vernis d’approbation à son programme scolaire controversé.

C’est une gifle au visage. Nous ne sommes pas des Autochtones de service.

Une citation de :Betty Letendre, aînée autochtone et consultante dans le domaine de l'éducation

Betty Letendre, trois aînés autochtones et une anthropologue ont été engagés par le gouvernement conservateur uni pour lui donner de la rétroaction, après qu’il eut été critiqué, à l’automne, pour avoir uniquement demandé l’avis de consultants masculins, en majorité blancs. L’un d’eux, Chris Champion, a notamment été critiqué pour ses écrits controversés sur les pensionnats autochtones.

L’ébauche du nouveau programme scolaire albertain, dévoilée le mois dernier, est qualifiée par plusieurs d’eurocentriste et de prochristianisme. Francophones, Autochtones et Métis se sentent mal représentés, affirment ne pas avoir été consultés et ont rejeté l’idée de participer au projet pilote en classe l’automne prochain.

Betty Letendre raconte que le gouvernement ne donnait pas assez de temps aux consultants autochtones pour fournir une rétroaction significative sur des centaines de pages de matériel, leur accordant parfois seulement 24 heures pour donner leur opinion.

De plus, n’ayant pas eu le droit de partager les documents avec d'autres, elle s'est sentie isolée et prise au dépourvu.

[Le ministère de l’Éducation] nous mettait une pression incroyable.

Une citation de :Betty Letendre, aînée autochtone et consultante dans le domaine de l'éducation

Les changements à apporter à l’ébauche du programme scolaire étaient énormes, ajoute-t-elle.

Le mois dernier, la ministre de l’Éducation, Adriana LaGrange, a affirmé que les recommandations de Mme Letendre ont été incluses dans l’ébauche du programme scolaire, mais celle-ci le réfute.

Je ne crois pas qu’aucune [de nos] recommandations n'ait été prise en considération, déplore-t-elle.

Le programme scolaire doit être testé lors d’un projet pilote l’automne prochain, avant d’être implanté dans toutes les écoles primaires à la rentrée 2022.

Un chef regrette son appui

Le chef de la Première Nation de Lubicon Lake, Billy Joe Laboucan, regrette d’avoir appuyé le programme scolaire lors de son dévoilement à la conférence de presse de la ministre de l’Éducation, à la fin du mois de mars.

J’ai révisé l’ébauche du programme scolaire de la maternelle à la 6e année et je l’appuie fortement. Je la vois comme un bon point de départ, a-t-il déclaré, à l’époque.

Billy Joe Laboucan soutient maintenant qu'il n'a pu consulter qu’un résumé d’une page et demie du programme scolaire avant la conférence de presse.

Je me sens trahi, affirme celui qui est aussi le spécialiste en éducation de la Confédération du Traité 8.

Billy Joe Laboucan sourit à la caméra.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le chef Billy Joe Laboucan a fait sa carrière dans le domaine de l'éducation en milieu autochtone.

Photo : Courtoisie : Première Nation de Lubicon Lake

Pour défendre le programme scolaire, le gouvernement albertain cite aussi fréquemment l’approbation que lui aurait donnée un commissaire de la Commission de vérité et réconciliation, Wilton Littlechild.

Celui-ci a refusé de nous accorder une entrevue, mais par écrit, il affirme ne pas avoir lu l’ébauche du programme scolaire.

Les aînés Roy et Judy Louis, ainsi que Vincent Yellow Old Woman, ont aussi été embauchés comme consultants autochtones par le gouvernement albertain. Ils n’ont pas répondu à nos appels et à nos courriels.

Un processus de consultation adéquat, selon le gouvernement

L’aînée Betty Letendre faisait partie [du groupe de consultants embauchés par le gouvernement] et ses recommandations ont été incluses dans le brouillon du programme scolaire. Le contenu sur les Premières Nations, les Métis et les Inuit sera enseigné dans toutes les matières et à tous les niveaux scolaires, écrit l’attachée de presse Charlotte Taillon au nom du ministère de l’Éducation.

Cette dernière ajoute que le ministère de l’Éducation récoltera les avis de ses partenaires dans le milieu de l’éducation au cours des prochains mois afin de raffiner le brouillon du programme scolaire albertain, prévoyant notamment des rencontres avec des partenaires. Le Ministère a déjà commencé le processus en rencontrant Wilton Littlechild et l’Institut Rupertsland, la branche éducative de la Nation métisse de l’Alberta.

Deux drapeaux métis avec un symbole de l'infini à l'horizontale, l'un des drapeaux est bleu et l'autre est rouge.

La Nation métisse de l'Alberta critique des erreurs de terminologie et factuelles au sujet des Métis dans le nouveau programme scolaire.

Photo : Radio-Canada

L’Institut Rupertsland n’a pas participé à l'élaboration du programme comme il le souhaitait, rétorque sa directrice de l’éducation, Lisa Cruickshank.

Ce n’est qu’après son dévoilement, lorsqu’il a soulevé les problèmes sur la représentation des Métis, que le ministère de l’Éducation a accepté de la rencontrer, soutient Lisa Cruickshank.

Elle craint maintenant que le gouvernement albertain n'utilise ces rencontres comme gage de consultations, sans tenir compte des recommandations qu'il reçoit.

Qui parle au nom des Autochtones?

Le chef de la Confédération du Traité 6, Vernon Watchmaker, croit que le gouvernement conservateur uni confond l’opinion de consultants individuels avec l’approbation des nations autochtones elles-mêmes.

Ces consultants ont été utilisés simplement pour valider le programme scolaire par le gouvernement, mais ils ne parlent pas au nom des Premières Nations, croit-il.

En Alberta, les Premières Nations ont le pouvoir de décider quel programme scolaire elles enseignent dans leurs écoles. Celles de la Confédération du Traité 8 élaborent déjà le leur dans le domaine des sciences sociales.

Vernon Watchmaker affirme que les Premières Nations du Traité 6 envisagent d'utiliser un autre programme scolaire dans leurs écoles, mais il s’inquiète de l’impact que celui du gouvernement conservateur uni aura dans les écoles non autochtones.

Vernon Watchmaker sourit à la caméra, il porte la coiffe traditionnelle de chef.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le chef Vernon Watchmaker affirme qu'aucune école de la Confédération du Traité 6 ne participera au projet pilote du nouveau programme scolaire.

Photo : Courtoisie : Confédération du Traité 6

Selon lui, la mauvaise représentation des Autochtones dans le programme scolaire continuera de miner les relations avec les non-Autochtones. Pour cette raison, il continuera de faire pression auprès du gouvernement albertain pour le modifier.

L’aînée Betty Letendre croit quant à elle que le programme scolaire est encore récupérable.

Écoutez-nous. Si vous devez suspendre le projet, faites-le. Nous vous respecterons plus si vous avouez que vous avez fait une erreur, lance-t-elle à l'intention du gouvernement.

Nous n’allons jamais avoir un taux de satisfaction de 100 % en Alberta, mais si on peut s’entendre sur 80 % du contenu, je crois que ce serait un énorme pas dans la bonne direction.

Avec les informations de Janet French

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