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Les cours en ligne, un défi pour l’immersion en français

Une élève devant son ordinateur suit un cours en ligne.

Les cours en ligne offrent la possibilité aux étudiants des programmes d'immersion en français de contourner l'exigence du bilinguisme, selon des enseignants.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Radio-Canada

S’il était déjà difficile de convaincre les étudiants des programmes d’immersion de parler en français à l’école avant la pandémie, la mise en place des cours en ligne leur a offert de nouvelles occasions de contourner l’exigence du bilinguisme, selon plusieurs enseignants de la région d’Ottawa.

Kim Doucet enseigne le français dans un programme d’immersion depuis pratiquement 25 ans. Avant la pandémie, ses élèves de deuxième année devaient parler le français pendant 60 % de leur temps en classe. En apprentissage virtuel, cette proportion a été revue à 50 % au sein du Conseil scolaire du district d'Ottawa-Carleton (OCDSB).

Précision

Une version précédente de ce texte laissait entendre que l'enseignante Kim Doucet constatait, avec les cours virtuels, une baisse de 10 % du temps consacré à parler français en classe par ses élèves. Or, les nombres qu'elle avance sont plutôt des cibles fixées au sein du conseil scolaire.

Je n’entends pas les enfants parler toujours en français dans les salles de discussions virtuelles, dit-elle. Mme Doucet souligne que la majorité des élèves des programmes d’immersion ne viennent pas d’une famille ou d’un milieu francophone.

L’enseignante révèle que c’est souvent sur les enseignants que repose la responsabilité de faire respecter les règles linguistiques prévues dans le programme.

Mais avec la prolifération de l’outil de traduction de Google, les rencontres virtuelles et les petits groupes, Mme Doucet et plusieurs de ses collègues ont remarqué que certains étudiants trouvent plus facilement une façon d’éviter d’utiliser le français.

Le manque d’interactions spontanées, comme cela se déroule normalement en classe, contribue également à créer des retards d’apprentissage chez certains enfants.

L’écart [entre certains élèves] a été particulièrement flagrant en septembre… On ne parvient pas à combler cette disparité, mais on continue à faire du mieux qu’on peut, indique Mme Doucet, qui enseigne présentement en virtuel dans une école de l'OCDSB.

L’importance de la surveillance

Ce problème a été récemment soulevé dans un questionnaire de CBC envoyé à quelque 20 000 intervenants en éducation dans la province. Plus de 800 enseignants, directeurs et membres du personnel de soutien de la région d’Ottawa y ont répondu et plus de 80 % des répondants ont indiqué qu’ils se sentaient un peu ou très en retard sur les programmes d’enseignement.

Ces résultats ne surprennent pas Danielle Takoff, pas plus que le fait que cela touche aussi les programmes d’immersion en français.

Cette enseignante de longue date à l’école intermédiaire Fisher Park explique que l’apprentissage virtuel constitue une difficulté supplémentaire pour les enseignants, qui doivent faire appliquer les règles d’usage linguistique en classe.

Si on ne les surveille pas, ils ne vont pas nécessairement parler français, dit-elle. Et cela conduit, en grande partie, à un ralentissement du développement des élèves, d'autant plus pour ceux qui ne sont déjà pas les plus motivés.

Parfois, dit-elle, il est difficile de distinguer la part de travail qui est réellement faite par l’étudiant de celle qui est accomplie avec l’aide de l’outil de traduction de Google.

Google Traduction est un fléau pour nous, professeurs d’immersion française.

Une citation de :Danielle Takoff, enseignante en immersion

Un autre défi rencontré fréquemment est le format de la vidéoconférence. Les élèves n’ont pas l’obligation d’allumer leur caméra pendant la classe, et quand les professeurs passent en petits groupes, plusieurs d’entre eux se sont rendu compte que les élèves parlaient en anglais entre eux.

Bien que Mme Takoff n’ait donné ses cours qu’en mode virtuel au cours des cinq derniers mois, elle explique avoir remarqué que même dans les classes en personne, le port du masque obligatoire a rendu la communication plus difficile.

On se fie à tellement plus de petits indices, qu’avec le masque, on ajoute un obstacle à la communication, relate-t-elle.

Deux élèves en classe portent des masques.

Le port du masque est aussi un obstacle à la communication en classe d'immersion, selon une enseignante (archives)

Photo : Twenty20 / @anastassiya0610

Développer des ressources pédagogiques à partir de rien

Un autre obstacle est la difficulté à maintenir l’attention des élèves dans un environnement virtuel. Bien que Mme Doucet ait réussi à surmonter ces défis techniques, le fait de tout faire en ligne a nécessité des journées de travail de 11 heures.

Je fais mes groupes de lecture guidée. Je fais ma lecture partagée, mes lectures à haute voix, toutes les choses qui sont vraiment essentielles pour apprendre une langue en classe. J'ai tout transposé au format numérique, ce qui a représenté beaucoup de travail pour moi en tant qu'enseignante, raconte-t-elle.

Même si elle travaille avec des élèves plus vieux, qui maîtrisent mieux la langue, Mme Takoff explique qu’il a été difficile de trouver les ressources pédagogiques adéquates, que ce soit de bons manuels ou du matériel accessible au bon format.

Je dois compter sur des enfants de 12 ans… juste pour passer des vidéos. De nos jours, on doit leur demander qui connaît IMovie? Est-ce que nous allons vraiment envoyer à un enfant de 12 ans nos vidéos et devoir nous fier à eux? On dirait qu’on n’a pas vraiment le choix, dit-elle en souriant.

Préparer la prochaine année scolaire

Alors que le gouvernement a été critiqué pour ne pas avoir suffisamment aidé les enseignants à faire cette transition vers les cours en ligne, Mme Doucet souligne que les conseils scolaires aussi ont échoué dans ce dossier.

C’était vraiment un temps difficile, parce qu’on n’avait aucune direction claire du ministère de l’Éducation ou même de nos conseils scolaires, dit-elle.

Le ministre de l'Éducation Stephen Lecce en conférence de presse.

Le ministre de l'Éducation Stephen Lecce (archives)

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Avec encore un mois d’ici la fin de l’année scolaire, tout n’a toutefois pas été si mal. Mme Takoff a découvert qu’après avoir bâti la confiance et une bonne relation avec ses élèves, ils se sont montrés plus attentifs et ont davantage participé.

Si tu parviens à avoir une bonne ambiance avec la classe, tu obtiens alors des élèves mieux disposés, on les entend mieux et on peut se concentrer sur le un à un, dit-elle.

Même si Mme Doucet ne nie pas les défis que constitue l’apprentissage en ligne, elle a remarqué la période difficile que les enfants ont traversée et dit qu’ils sont sur la bonne voie pour l’avenir.

Ils ont fait d’énormes progrès en lecture et en communication orale, je suis vraiment contente de ce qu’ils ont accompli, bien qu’on était en ligne, dit-elle.

D’après les informations d'Ahmar Khan

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