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Un déconfinement graduel, pour ne pas retourner en arrière

Des gens rassemblés dans un parc près d'un cours d'eau.

Des Montréalais profitent du beau temps dans un parc qui longe le canal Lachine.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Plusieurs experts en santé publique estiment que le plan de déconfinement du Québec annoncé aujourd'hui est prudent, mais que les nombreuses dates et étapes risquent de causer un peu de confusion.

La Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier de l'Université de Montréal, croit qu’il est sage de commencer le déconfinement avec des activités extérieures, puisque le risque de transmission est moins élevé qu’à l’intérieur.

Ce sont des mesures raisonnables et il faut y aller progressivement pendant que l’on continue de vacciner. Les activités extérieures permettent cette liberté dont les gens ont soif, a-t-elle dit en entrevue à RDI, tout en ajoutant qu’il faudra maintenir les précautions à l’intérieur au cours des prochains mois.

D'ailleurs, le premier ministre Legault a indiqué que le port du masque se maintiendra au moins jusqu'en août, et pourra être révisé seulement lorsque la majorité de la population aura reçu deux doses du vaccin.

La Dre Tremblay pense que les données encourageantes des dernières semaines rendent le déconfinement possible en ce moment.

Quelle est la situation actuelle?

  • Le rythme de transmission (Rt) est sous la barre de 1 depuis le 7 avril dernier, ce qui indique que l’épidémie est maîtrisée.
  • Le taux de positivité des tests n’a pas dépassé 3 % depuis plus de 20 jours. Un taux au-dessus de 5 % montre qu’il y a une augmentation de la transmission.
  • En date du 17 mai, environ 4,21 millions de Québécois ont reçu une première dose (un peu plus de 45 %) et 0,26 million, deux doses (moins de 5 %).
  • Depuis la mi-avril, le nombre de nouveaux cas au Québec a continué de baisser et ce nombre est sous la barre des 1000 nouvelles infections quotidiennes depuis maintenant plus de deux semaines.
  • La province compte désormais moins de 10 nouveaux cas quotidiens par 100 000 habitants.

Toutefois, elle estime que le gouvernement doit assouplir graduellement pour ne pas se retrouver avec trop de nouvelles éclosions. Si on y va progressivement, on peut voir l’impact [des assouplissements]. On verra si ça recrée des vagues.

La pédiatre, microbiologiste et infectiologue au CHU Sainte-Justine, la Dre Caroline Quach, abonde dans le même sens en entrevue à l'émission En direct avec Patrice Roy. Elle précise qu'il ne faut pas croire que la bataille est gagnée parce que de nombreux Québécois ont reçu une première dose du vaccin.

Il ne faut pas aller trop vite parce que ça serait regrettable d’être obligés de reculer. Si on y va de façon graduelle, on n’aura pas besoin de retourner en arrière.

Une citation de :Dre Caroline Quach, CHU Sainte-Justine

D'ailleurs, selon l’Agence de la santé publique du Canada, si 75 % des adultes ont reçu une première dose et que 20 % ont reçu deux doses, les restrictions peuvent être levées de façon graduelle sans courir le risque de provoquer une nouvelle vague à l’automne.

Quand les gens auront reçu leurs deux doses, là on peut vraiment envisager la possibilité d’avoir des réunions de familles et d’amis à l’intérieur, ajoute la Dre Tremblay.

Le plan de déconfinement du Québec

Plus de clarté pour réduire la confusion

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l'École de santé publique de l'Université de Montréal, estime qu’il y a peut-être un peu trop d’étapes, de dates et de variations dans ce plan, ce qui pourrait amener une certaine confusion au sein de la population. Ce plan de déconfinement se déploie en 2 dimensions, par couleur, par région. Ça me paraît un peu difficile à intégrer pour la population, dit-elle.

Par exemple, l'allègement proposé concernant le port du masque et la distanciation entre personnes complètement vaccinées dès le 25 juin risque de causer beaucoup de confusion. Comment va-t-on vérifier deux doses et comment pourra-t-on savoir si quelqu'un peut se permettre de ne pas porter le masque?, demande Mme Borgès Da Silva.

Cette mesure cause d’ailleurs déjà la controverse aux États-Unis.

C’est complètement fou cette gestion de qui peut enlever le masque ou pas. Le gouvernement ne peut pas demander aux épiceries de vérifier pour une preuve vaccinale.

Une citation de :Roxane Borgès Da Silva, École de santé publique de l'Université de Montréal

Par ailleurs, elle estime que cet assouplissement est une forme d'iniquité intergénérationnelle. Les jeunes ont tellement souffert de la pandémie. Et plusieurs n'auront pas accès à deux doses d'ici le 25 juin.

Ce n’est pas la fin du monde de porter un masque pendant 30 minutes à l’épicerie, dit-elle en ajoutant qu’il sera ensuite difficile de convaincre la population de porter de nouveau le masque cet automne en cas d'une nouvelle vague.

Roxane Borgès Da Silva croit par ailleurs que le gouvernement aurait dû lier les différentes étapes du plan à des indicateurs épidémiologiques précis (nombre maximum de cas quotidiens, capacité hospitalière, taux de vaccination, etc.).

J’aimerais voir des cibles de vaccination et des indicateurs associés à chaque étape de confinement. Il faut surveiller les indicateurs épidémiologiques, parce qu’on l’a vu : il suffit d’une seule personne infectée dans un gym pour avoir 500 cas.

Le gouvernement a indiqué que la majorité des régions passeront bientôt en zone jaune ou verte, mais n'a pas précisé quels seront les facteurs épidémiologiques qui permettront à une région de basculer d'un palier à l'autre.

Le plan semble plutôt chronologique plutôt qu’en fonction des cibles épidémiologiques, déplore Kim Lavoie, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en médecine comportementale et professeure au Département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal, en entrevue à l’émission 24-60.

Avec des indicateurs clairs, il serait plus facile d'expliquer à la population si le gouvernement doit réviser la date d'un assouplissement, croit le Dr Samuel Vessière, professeur adjoint au Département de psychiatrie de l’Université McGill.

J'espère qu’on va pouvoir dépolariser et dépolitiser le déconfinement, et se baser sur des données probantes. Le fait que les mesures de déconfinement sont vagues, ça va induire de l'anxiété, créer de la polarisation. J'espère qu’on va avoir les bonnes campagnes [de communication] pour éviter ça.

Il ajoute que, si une minorité de personnes n’adhèrent plus aux mesures sanitaires, il y a aussi plusieurs personnes pour qui le déconfinement crée de l'anxiété. Offrir des données probantes pour expliquer chaque assouplissement aiderait la population à se sentir en sécurité.

Pourquoi pas des tests rapides?

Enfin Roxane Borgès Da Silva s'explique mal pourquoi le gouvernement n'a pas annoncé qu'il utiliserait davantage les tests rapides dans le cadre du plan de déconfinement. Elle est l'une des signataires d'une lettre ouverte demandant à Québec d'utiliser les quelque 4,5 millions de tests antigéniques rapides qui dorment dans des entrepôts.

Elle rappelle que les tests rapides ne sont pas faits pour obtenir un diagnostic, mais sont très utiles pour détecter les super-propagateurs du virus. On oublie ce filet de sécurité très important. Il faut passer d’un paradigme de maladie de diagnostic à un paradigme de santé publique et de responsabilisation du public, dit-elle.

Par exemple, au Royaume-Uni, dès le début du déconfinement en mars, on a offert aux Britanniques deux tests rapides par semaine qu'ils peuvent utiliser à la maison. Pourquoi ne pas faire de même au Québec? se demande-t-elle. Ça fait partie des clés du succès, dit Mme Borgès Da Silva.

L'évolution de la COVID-19 d'heure en heure.

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