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Une infirmière dénonce les conditions de traitement aux urgences de l’Hôpital Grace

Des ambulanciers conduisent une civière vers l'entrée d'un hôpital.

Une infirmière des urgences de l'Hôpital Grace tire la sonnette d'alarme après avoir vu des patients souffrir de la pénurie de personnel, dit-elle.

Photo : CBC / Jaison Empson

Radio-Canada

Une infirmière du service des urgences de l’Hôpital Grace affirme que des patients subissent des préjudices ou voient même leur état s’aggraver en raison de la pénurie d’infirmières. Les demandes d'augmentation des effectifs ont été ignorées, dit-elle.

Ils n’obtiennent pas leurs médicaments à temps, ils ne sont pas nourris assez fréquemment, ils ne sont pas amenés à la salle de bain ou changés, affirme l’infirmière, qui a accepté de parler à CBC à la condition que son identité ne soit pas dévoilée, parce qu’elle craint de perdre son emploi.

Elle affirme que certains patients soignés dans le couloir ont tellement manqué d’eau qu’ils ont été déshydratés et que leur pression artérielle a baissé. D’autres n’ont pas obtenu les doses de médicaments qui devaient leur être administrées, ce qui a amené leur fréquence cardiaque à s’emballer.

Nous voyons des chutes tout le temps, des chutes terribles, poursuit l'infirmière. Or, un patient qui tombe doit rester plus longtemps, car il requiert des radiographies et, s’il y a une fracture, il doit voir un orthopédiste.

L’infirmière indique qu’il y a des pénuries de personnel depuis la restructuration des salles d’urgence de Winnipeg, en 2019, mais que la pandémie a transformé la situation en véritable crise.

Il se pourrait qu’il ne soit même pas sécuritaire [pour un patient] de venir à l’hôpital, déclare-t-elle.

Une salle d'attente dans un service d'urgence.

Actuellement, le service des urgences de l'Hôpital Grace, surchargé par la troisième vague de la pandémie, ne ressemble en rien à ce qu'on voit sur cette photo, prise lors de l'ouverture en 2018. (archives)

Photo : Radio-Canada

Cette infirmière n’est pas la seule à dénoncer les débordements des urgences de l’Hôpital Grace. Dans une lettre rendue publique par le Nouveau Parti démocratique il y a quelques semaines, une femme dont la mère de 93 ans y avait séjourné pendant cinq jours parlait d’un couloir oppressant, trop éclairé, bondé de personnes souffrantes, où les infirmières étaient en nombre insuffisant, épuisées, débordées.

La femme affirmait que des erreurs avaient été commises dans les soins apportés à sa mère.

L’infirmière indique que ses collègues et elle ont averti les gestionnaires des effets de la pénurie d’infirmières à l’occasion de multiples réunions du personnel. On leur aurait répondu qu’il n’y avait pas d’argent pour se pencher sur leurs préoccupations.

L’Office régional de la santé de Winnipeg (ORSW) affirme que des soins adéquats sont prodigués aux urgences de l’Hôpital Grace.

Il n’y a aucune preuve qui appuie l’affirmation selon laquelle les patients qui se présentent aux urgences de l’Hôpital Grace ne reçoivent pas les soins dont ils ont besoin en raison de pénuries de personnel ou de mesures de sécurité liées à la COVID-19, écrit un porte-parole de l’ORSW dans une déclaration envoyée par courriel.

Selon la loi manitobaine, tous les événements qui, dans un hôpital, mènent à une blessure, à la mort ou à l’invalidité doivent être déclarés comme des incidents critiques. Toutefois, la province ne signale pas les incidents avant, au moins, un an après les faits.

Une situation catastrophique

Selon le Syndicat des infirmières du Manitoba (MNU), la pénurie de personnel ne touche pas que l’Hôpital Grace, mais s’étend aussi au Centre des sciences de la santé de Winnipeg et à l’Hôpital Saint-Boniface.

C’est une situation catastrophique. Nous avons une grave pénurie d’infirmières, nous sommes dans une pandémie et nous sommes débordées, indique la présidente du syndicat, Darlene Jackson.

Elle ajoute qu’elle n’a jamais vu une aussi grande pénurie de personnel en 40 ans de carrière.

Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de postes vacants dans la province. Nous savons que nous frôlons les 20 % de taux de vacance dans presque toutes les installations de Winnipeg, déclare-t-elle.

Elle note que des infirmières doivent faire des heures supplémentaires, effectuant parfois 24 heures d'affilée ou trois quarts de travail de 12 heures, avec seulement une pause de 15 minutes.

L’ORSW reconnaît qu’il y a actuellement un certain nombre de postes vacants au service des urgences de l’Hôpital Grace, mais dit que le recrutement en cours a permis au taux de vacance de commencer à descendre ces dernières semaines.

L’ORSW ajoute qu’il pourvoit le service en personnel grâce à des effectifs d’autres unités, à des agences, à des heures supplémentaires et, en dernier recours, à des heures supplémentaires obligatoires.

Avec les informations d'Ian Froese et de Joanne Levasseur

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