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Analyse

Gaza-Israël : face à l’engrenage de la violence, une diplomatie paralysée

Déclassé depuis des années, le conflit israélo-palestinien remonte à la surface.

Un homme debout face à un nuage de fumée noire

Un homme dans le nord de la bande de Gaza regarde une usine détruite par des tirs d'artillerie israéliens.

Photo : Reuters / STRINGER

Alors que parlent les armes entre Gaza et Israël, les tentatives de la diplomatie internationale n’arrivent pas à stopper l’engrenage de la violence au Moyen-Orient.

On a vu le 16 mai les images d’une rencontre virtuelle des membres du Conseil de sécurité des Nations unies, avec les représentants palestinien et israélien en invités spéciaux. Diatribes et monologues se sont succédé, le Palestinien dénonçant les crimes de guerre d’Israël; l’Israélien dénonçant le terrorisme palestinien et plaidant la légitime défense.

Les États-Unis se sont opposés à l’adoption d’une déclaration commune, même minimale, comme la simple exigence d’un cessez-le-feu.

Pendant ce temps, des diplomates américains, égyptiens et jordaniens essaient en coulisses de rapprocher les parties, tandis qu’un certain embarras est visible dans des pays comme Bahreïn, les Émirats arabes unis ou encore le Maroc. Des pays où l’on s’abstient de toute dénonciation d’Israël, et où la couverture de ces événements est minimale.

L’appui sans faille des États-Unis

Pourquoi la diplomatie apparaît-elle aujourd’hui impuissante à infléchir le cours des événements?

D’abord, parce l’un des deux protagonistes, Israël, fait le dos rond et dispose toujours – comme lors des crises précédentes – d’une protection sans faille de la part du gouvernement américain.

Les États-Unis – avec les démocrates comme avec les républicains au pouvoir, mais avec des nuances et des différences de style – se considèrent comme les alliés indéfectibles de l’État d’Israël et de ce qu’ils appellent, selon la formule consacrée, son droit à se défendre.

En outre, les États arabes n’arrivent plus à se mettre d’accord entre eux, même pour énoncer quelques principes de base ou émettre une simple déclaration. Éloquent est le silence officiel dans certaines capitales arabes devant les événements actuels.

Les amis arabes d’Israël

Ces pays – les Émirats arabes unis et Bahreïn dans le golfe Persique, plus le Soudan et le Maroc – ont signé, à la fin du mandat de Donald Trump, des accords de normalisation et d’établissement de relations diplomatiques avec Israël.

Ils ne veulent pas voir ces événements gâcher un tel rapprochement, qu’ils espèrent payant sur le plan économique et commercial.

Cependant, on a vu des manifestations propalestiniennes dans certains de ces pays, qui mettent leurs dirigeants en porte-à-faux par rapport aux opinions publiques.

C’est vrai également dans des pays comme la Jordanie et l’Égypte, qui avaient, eux, normalisé leurs relations avec Israël il y a beaucoup plus longtemps.

Les autorités de ces pays font aujourd’hui le grand écart entre cette normalisation à laquelle ils tiennent – pour des raisons économiques, ou encore par hostilité à l’Iran dans le cas des pays du Golfe – et l’appui d’une majorité de leur population à la cause palestinienne.

Une cause dont on découvre aujourd’hui qu’elle est peut-être moins oubliée qu’on le pensait, moins marginalisée, en tout cas, en tant que préoccupation parmi les masses populaires.

Un groupe de manifestants se tiennent devant la mosquée. Au-dessus de leurs têtes éclatent des grenades.

La police a tiré des grenades assourdissantes au-dessus de la masse de manifestants, devant la mosquée Al-Aqsa.

Photo : afp via getty images / AHMAD GHARABLI

Des images comme celles du 10 mai – les grenades israéliennes à l’intérieur de la mosquée Al-Aqsa, au cœur de Jérusalem – ont semé l’indignation et réveillé un vieux militantisme arabe.

Oubliés par la communauté internationale

Pour autant, la question israélo-palestinienne a effectivement été déclassée, ces dernières années, comme préoccupation centrale de la communauté internationale.

Il y a 25 ans, elle était au cœur des préoccupations mondiales. Tout au long des années 70, 80 et 90, elle a figuré invariablement parmi les trois ou quatre grands sujets géopolitiques incontournables avec comme point culminant le grand espoir des accords d’Oslo, en 1993, qui s’est brisé sur la réalité.

Aujourd’hui, dans une liste des grands sujets de géopolitique, la question palestinienne n’arriverait même pas au 15e ou au 20e rang. Et on ne parle pas uniquement ici de la pandémie et du changement climatique : il y a aussi la montée de la Chine, le printemps arabe, le Brexit, l’unité impossible de l’Europe, la menace islamiste, la présence russe au Moyen-Orient, la Syrie, la Libye, les migrants... la liste est longue.

Alors, la lassitude, l’effet de répétition, l’échec du processus d’Oslo, l’absence d’une solution crédible, et peut-être aussi l’impression que les Israéliens ont gagné ou qu’ils sont trop forts, tous ces facteurs ont entraîné la marginalisation de la question israélo-palestinienne, ou dit autrement, de la cause palestinienne.

Chez plusieurs dirigeants arabes opportunistes, il y a eu aussi l’émergence et la consolidation de l’idée selon laquelle il y a des avantages à normaliser les rapports avec Israël. Et ce, même si la question préalable qui jusque-là s’imposait de façon sine qua non avant toute réconciliation – le partage de Jérusalem, la justice pour les Palestiniens avant tout – n’était finalement pas réglée.

Tout cela est vécu aujourd’hui comme une trahison, un abandon par les Palestiniens.

Des soldats portant des sacs devant un immeuble endommagé.

Des soldats israéliens aident des résidents dont l'immeuble a été endommagé par des tirs de roquettes palestiniens à Ashdod.

Photo : Reuters / RONEN ZVULUN

Europe absente, États-Unis changeants

L’Union européenne n’est pas vraiment là, comme dans beaucoup d’autres crises diplomatiques où elle manque de moyens et n’arrive jamais à parler d’une seule voix.

Le président français Emmanuel Macron prie aujourd’hui les États-Unis de s’impliquer davantage, ce qui est un vieux réflexe pour traiter cette question. Il faut remonter à De Gaulle pour trouver une diplomatie française vraiment différente et indépendante face à Israël et aux Palestiniens. Le même Macron pousse également l’Égypte à intervenir auprès du Hamas. En somme, on demande aux autres de faire le travail.

Quant aux États-Unis, il y a peut-être du changement et c’est intéressant. L’appui mécanique à Israël y est toujours très présent. Joe Biden est un vieil ami fidèle. Des gens comme le secrétaire d’État Antony Blinken incarnent cette vieille ligne de fidélité des élites traditionnelles, surtout lorsque des conflits éclatent. Tous avec Israël!

Mais ce qu’il y a de nouveau, c’est que des voix s’élèvent, à l’intérieur du Parti démocrate pour dire aujourd’hui : Et les Palestiniens, eux? Ils n’ont pas aussi le droit à la sécurité? Cette gauche démocrate relève le caractère totalement inégal des forces en présence, et aussi l’illégalité de certaines actions israéliennes, qu’elle dénonce au diapason de nombreuses autres voix dans le monde.

S’il ne s’agissait que de deux ou trois représentants de la tendance woke chez les démocrates, on pourrait minimiser le phénomène. Mais l’opinion publique aux États-Unis ne fait plus automatiquement bloc derrière Israël. Des sondages montrent désormais qu’un tiers, voire une moitié des Américains sont sensibles au point de vue palestinien. Parmi les juifs américains, on entend des critiques très dures des actions du premier ministre Nétanyahou.

Tout ça pour dire que la cause palestinienne, aujourd’hui, essaie de se rappeler au bon souvenir (ou au mauvais souvenir) des acteurs internationaux qui, dans bien des cas, préféreraient regarder ailleurs.

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