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Des musées tournés vers le développement durable

Façade du Musée de Vancouver avec un bassin d'eau et une bannière indiquant MOV Museum of Vancouver.

Le Musée de Vancouver déploie des efforts pour réduire son empreinte écologique.

Photo : Véronica Le-Huu

L'enjeu du développement durable préoccupe de plus en plus le milieu culturel, notamment les institutions muséales qui tentent de mettre de l'avant des pratiques écoresponsables afin de diminuer leur empreinte écologique.

Des études américaines ont démontré que les musées ont une empreinte carbone plus grande que celle des hôpitaux!, soulève d'emblée Viviane Gosselin, directrice des collections et expositions au Musée de Vancouver (MOV) et membre du conseil consultatif de la Coalition des musées pour la justice climatique.

Viviane Gosselin, directrice des collections et expositions au Musée de Vancouver (MOV) à l'extérieur.

Viviane Gosselin, directrice des collections et expositions au Musée de Vancouver (MOV).

Photo : Radio-Canada / Gregory Bernard

Au cours des dernières années, les musées ont pris davantage conscience de la pollution qui peut être engendrée par leurs activités et face à cette réalité, plusieurs s'emploient à renverser la vapeur.

Ça bourgeonne présentement dans notre domaine, confie Anthony Kiendl, président-directeur général du Musée des beaux-arts de Vancouver (VAG). On accuse un certain recul par rapport à l'Europe, mais il y a de plus en plus de ressources mises à notre disposition pour nous aider à emprunter la voie du développement durable.

Sources de pollution

Les défis sont multiples pour y parvenir. Aux sources de cette pollution, énergie, transport et matériaux : trois mots qui pèsent lourd dans la balance d'équilibre carbone des musées.

Pour préserver les œuvres et objets dans leurs salles d'exposition et leurs réserves, par exemple, les musées sont munis de systèmes de contrôle de la température et du taux d'humidité fort sophistiqués et surtout énergivores.

C'est là que le bât blesse. Ce sont des coûts énergétiques énormes qui causent une empreinte carbone énorme.

Une citation de :Viviane Gosselin, directrice des collections et expositions au MOV

Les matériaux utilisés pour construire les murs d'exposition ou encore accrocher les œuvres contribuent aussi à cette pollution. Souvent achetés neufs, le bois et le contreplaqué, notamment, sont relégués à la poubelle une fois l'exposition terminée, faute d'espace pour les entreposer.

Photographie de l'oeuvre L'homme qui marche de Giacometti  devant le coffre dans lequel elle a été transportée.

Les oeuvres comme celle de l'exposition Giacometti, présentée au Musée des beaux-arts de Vancouver en 2019, sont souvent transportées par avion et doivent être conservées dans des environnements contrôlés. (archives)

Photo : Radio-Canada / Claudia Genel

Le transport des œuvres qui se fait principalement par avion est également une importante source de pollution.

Et le poids carbone des visiteurs devrait aussi être pris en compte, ajoute pour sa part Bénédicte Ramade, historienne de l’art et chargée de cours en histoire de l’art à l’UQAM et l'Université de Montréal qui s'intéresse aux questions environnementales dans son domaine.

Quand les musées font de grandes expositions alléchantes, ils veulent attirer des visiteurs internationaux. Ça a un poids carbone qui, souvent, n'est pas comptabilisé dans l'empreinte écologique d'un musée.

Des initiatives circulaires

Considéré comme un chef de file dans le domaine muséal canadien en ce qui concerne le développement durable, le Musée de Vancouver a ainsi décidé de déployer de grands efforts pour réduire son empreinte écologique.

Le Musée a notamment changé l'éclairage pour des luminaires moins énergivores et qui durent plus longtemps. De plus, l’institution est en train de revoir son mode de fonctionnement.

On est en train de revoir la réutilisation de tous nos matériaux pour les expositions.

Une citation de :Viviane Gosselin, directrice des collections et expositions au MOV
Un escabeau est placé sur une structure en bois et contreplaqué.

Bois et contreplaqué provenant d'un tournage de cinéma et utilisés pour l'exposition « Wild Things » au Musée de Vancouver.

Photo : Viviane Gosselin

Viviane Gosselin a notamment tissé des liens avec des compagnies impliquées dans la démolition résidentielle et commerciale à Vancouver.

On s'est inséré dans ce réseau-là pour récupérer le bois. On est aussi en contact avec le milieu du cinéma pour récupérer leur contreplaqué après leurs tournages. On essaie de penser de manière circulaire plutôt que linéaire.

Pour un musée, repenser son mode opérationnel n'est pas une mince affaire. Derrière les coulisses, ce changement requiert un tout autre arsenal. Les professionnels qui travaillent avec le MOV, comme les designers industriels, doivent avoir une pensée verte, explique Mme Gosselin.

Dès le début, il faut penser aux pièces comme étant des pièces qu'on va reconfigurer. Sinon, c'est difficile de recycler. Déjà, je sais que je vais réutiliser des structures d'une exposition actuelle pour une autre prévue en 2023.

Un homme marche dans une cour extérieure d'un musée moderne, fait de bois.

Le tout nouveau musée des beaux-arts de Vancouver offrira un accès à la nature ainsi que de nombreuses terrasses extérieures.

Photo : Vancouver Art Gallery

PassivHaus ou l'habitat passif

De son côté, le Musée des beaux-arts de Vancouver, qui quittera son emplacement actuel au centre-ville, compte entamer la construction de son nouveau bâtiment quelques rues plus loin au printemps 2022 avec en tête une approche écoresponsable.

Il est rare qu'un musée ait la chance de bâtir un nouvel espace, confie Anthony Kiendl. Il était important pour nous de démontrer un certain leadership dans notre domaine.

Pour ce faire, le musée entend se plier aux normes du concept allemand Passivhaus ou habitat passif, réduisant ainsi considérablement sa consommation énergétique.

Nous allons utiliser seulement 20 % de l'énergie utilisée en ce moment, mais pour un espace deux fois plus grand.

Une citation de :Anthony Kiendl, président-directeur général du VAG

Des murs plus étanches et l'utilisation de l'électricité vont permettre de créer un bâtiment avec peu ou pas d'émissions carbone, explique M. Kiendl.

Un homme, Anthony Kiendl, debout devant une bannière

Le président-directeur général du Musée des beaux-arts de Vancouver, Anthony Kiendl

Photo : Radio-Canada

De plus, le Musée va profiter de ces quelques années de construction pour revoir l’ensemble de son mode de fonctionnement, du transport des œuvres au papier utilisé dans les bureaux.

Le Musée des beaux-arts de Vancouver pourrait ainsi devenir non seulement le premier musée en Amérique du Nord à appliquer le concept PassiveHaus, mais aussi le musée le plus écologiquement viable au Canada.

C'est certain que ça demande plus de temps et plus d'argent pour, souvent, un effet invisible, constate Bénédicte Ramade. Les transitions ne se feront pas aisément, mais il y a quand même des réflexions qui se posent.

Les musées ont un rôle d'influenceur et doivent pouvoir montrer une autre façon de concevoir le monde, soutient quant à elle Viviane Gosselin.

La directrice des collections et expositions au MOV dit avoir bon espoir que d'ici quelques années, le développement durable sera intégré dans les pratiques de son institution.

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