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Présumé casino dans un manoir : la police abandonne les poursuites

La façade d'une grande maison blanche.

Les policiers ont effectué plusieurs perquisitions dans cette maison cossue de Markham. (Archives)

Photo : offerte par la police de la région de York

Radio-Canada

Les policiers de la région de York ont abandonné les poursuites contre le principal accusé en lien avec un présumé casino illégal dans un manoir. De plus, l’homme qui était visé par les accusations initiales porte aujourd’hui plainte contre la police et accuse les agents d’avoir volé des objets de luxe chez lui.

En septembre 2020, la police régionale annonçait un gros coup de filet : elle avait démantelé ce qu’elle considérait être un casino illégal dans une luxueuse demeure à Markham. Le propriétaire de la maison faisait face à plusieurs accusations criminelles.

Or, lundi, les policiers ont annoncé que les accusations avaient été abandonnées.

De plus, l'avocate de l’homme qui a été accusé, Wei Wei, 52 ans, a porté plainte contre la police de la région de York. Selon cette avocate, Danielle Robitaille, les agents qui ont fait la perquisition en ont profité pour voler des montres valant des centaines de milliers de dollars dans sa chambre à coucher.

L’avocate accuse également la police d’avoir falsifié des preuves.

Me Robitaille a déposé une plainte auprès du Bureau du directeur indépendant de l'examen de la police (BDIEP), lui demandant d'enquêter sur le projet Endgame de la Police régionale de York.

Selon la police, la Couronne a retiré toutes les accusations contre M. Wei au début du mois. Celui-ci aurait accepté les conditions d’un ordre de ne pas troubler l'ordre public et d'avoir une bonne conduite pour une période de deux ans.

Enquête interne en cours

Une enquête interne de la Police régionale de York est en cours, selon Me Robitaille. Celle-ci a d’ailleurs souligné, dans sa plainte auprès du BDIEP, que les forces policières qui sont accusées d'avoir agi de manière inappropriée ne peuvent pas enquêter sur leurs propres agissements de manière objective.

Nous n'avons plus aucune confiance dans l'objectivité de l'enquête interne de la Police régionale de York sur cette affaire, écrit Me Robitaille dans sa plainte. Une copie de celle-ci a été obtenue par le Toronto Star.

C'est sur cette base que nous soumettons une plainte officielle à votre bureau pour enquêter sur cette grave inconduite et cet abus de pouvoir de la part de la Police régionale de York.

Projet Endgame

La police de York a dévoilé aux médias les détails de son enquête, en septembre dernier, devant la propriété cossue de Markham visée par les perquisitions.

La police a déclaré à l'époque qu'il s'agissait du site d'une vaste opération de jeu clandestine, avec des machines à sous, des tables de mah-jong, un bar payant rempli de milliers de bouteilles d'alcool de luxe et une banque.

Des machines jaunes dans un sous-solAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les policiers affirmaient alors avoir découvert un casino illégal dans la maison. (Archives)

Photo : offerte par la police de la région de York

À l'étage se trouvait une série de chambres qui semblaient être louées aux visiteurs, avaient alors déclaré les policiers. Les enquêteurs avaient également affirmé avoir trouvé un fusil AR-15 entièrement chargé avec un chargeur de 30 cartouches ainsi qu'une arme de poing de 9 mm.

Lundi, la défense affirme avoir découvert des preuves de vol et de falsification des preuves en examinant les photos et les vidéos de la perquisition de la police.

Des montres de luxe

Selon la plainte, le 23 juillet, des agents de la Police régionale de York ont fouillé une chambre du manoir. Les agents ont pris de nombreuses photos et vidéos dans la chambre, et sur celles-ci, deux montres sont visibles : une Patek Phillippe achetée à Paris, qui vaudrait environ 300 000 $, et une Jaeger-LeCoultre, qui, selon la lettre, a été achetée à Hong Kong et vaut environ 150 000 $.

La police a ensuite pris des vidéos et des photos après avoir terminé la fouille de la chambre le 24 juillet. Or, les montres en question n'apparaissent sur aucune d'entre elles, selon les dires de l’avocate dans la plainte.

Les agents ont saisi plusieurs objets, tels que le téléphone portable et le passeport de M. Wei, et les ont soigneusement étiquetés, numérotés et photographiés, toujours selon la lettre. Les montres, selon Me Robitalle, n'y sont pas.

Aujourd'hui, [la police de la région de York] est incapable de les retrouver, peut-on lire dans la lettre.

Après avoir découvert que les montres n’étaient pas dans les documents de divulgation [de la preuve] et dans les registres des pièces à conviction, nous avons demandé que les montres de M. Wei lui soient rendues. La [police] a fait savoir qu'elle avait effectué une fouille approfondie de son armoire à pièces à conviction et qu'elle n'avait pas les montres, et qu'elle ne pouvait pas expliquer leur disparition pendant la fouille.

La lettre indique également que la police a prétendu avoir trouvé un étui à pistolet dans la chambre de Wei lors d'une fouille secondaire le 24 juillet. Me Robitaille soutient que cet étui a été placé là par les policiers pour tenter de relier M. Wei à d'autres armes à feu trouvées ailleurs dans le manoir.

Elle soutient que l'étui est apparu soudainement dans la chambre pour la première fois près de 17 heures après le début de la perquisition.

La lettre indique également que la police a violé le secret professionnel de M. Wei en prenant des photos de son contrat d'honoraires avec son avocat.

La plainte transmise au même service de police

Ces préoccupations ont été portées à l'attention du bureau du procureur de la Couronne de Newmarket, qui a transmis l'affaire au chef de la Police régionale de York, Jim MacSween, dit Me Robitaille dans la lettre.

Le chef MacSween aurait pu renvoyer l'enquête à un autre service de police afin d'assurer l'objectivité. Il ne l'a pas fait, écrit-elle.

Nous comprenons que les questions décrites ci-dessus font l'objet d'une enquête par le Bureau des normes professionnelles de la Police régionale de York. Nous craignons que ce Bureau ne puisse pas être objectif dans son évaluation de sa propre conduite dans cette affaire.

Dans une réponse par courriel envoyée lundi, la porte-parole Laura Nicolle a déclaré que la police de York mène une enquête approfondie sur la plainte.

Mme Nicolle affirme que le Bureau des normes professionnelles de la force enquête toujours et accuse M. Wei et Me Robitaille d’entraver l’enquête.

Selon elle, l'enquête est quelque peu retardée par le refus de coopérer avec les enquêteurs de M. Wei et de Me Robitaille.

Mme Nicolle note également qu'en vertu des conditions de l'engagement de ne pas troubler l'ordre public, M. Wei doit avoir une bonne conduite, ne pas se rendre dans une maison de jeu commune et ne pas se rendre dans un établissement en Ontario où se trouve de l'équipement de jeu.

Une enseigne avec le mot « baccarat ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les policiers affirmaient avoir découvert des tables de baccarat dans la maison. (Archives)

Photo : offerte par la police de la région de York

Elle ajoute que M. Wei a accepté de renoncer à son intérêt dans le manoir du 5 Decourcy Court, à Markham (qui est actuellement en vente) ainsi qu'à 960 000 $ en espèces et en matériel de jeu saisis.

Dans l'ensemble, nous sommes satisfaits de ce résultat, a-t-elle déclaré, en précisant que les accusations portées contre l'un des coaccusés de M. Wei restent en suspens.

Le Bureau du directeur indépendant de l'examen de la police a refusé de commenter l'affaire lorsque contacté par CBC News.

Le directeur estime que commenter les allégations d'inconduite de la police dans les médias compromettrait sa capacité à enquêter sur ces allégations de manière équitable, peut-on lire dans la réponse.

C'est la deuxième fois cette année qu'une affaire très médiatisée de la police de York tombe à l'eau et qu'elle est entachée d'allégations d'inconduite.

Plus tôt cette année, l'une des plus grandes enquêtes policières sur le crime organisé de l'histoire de l'Ontario s'est effondrée. La police avait prétendument intercepté illégalement des appels téléphoniques au cours d'une enquête sur des activités présumées de la mafia dans la région du Grand Toronto.

Avec les informations de CBC News

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