•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le risque de mourir après une chirurgie serait supérieur de 30 % chez les Autochtones

Vue générale d'une salle d'opération avec quatre membres d'une équipe médicale à l'oeuvre.

Les données sont présentées dans le Journal de l'Association médicale canadienne.

Photo : iStock

Radio-Canada

Le risque de mourir après une opération chirurgicale est plus élevé de 30% chez les Autochtones, qui sont aussi plus sujets à souffrir de complications post-chirurgicales, notamment d’infections, que les non-Autochtones au Canada, révèle une étude publiée dans le Journal de l'Association médicale canadienne.

Même si le résultat est sans surprises pour les chercheurs, il s'agit d'une étape importante dans la collecte de preuves pour étayer ce qui était jusqu'alors basé sur des données empiriques.

Cela nous permet d’avoir une base de données pour valider certaines choses que soupçonnions déjà, dit la chercheuse et chirurgienne Nadine Caron, de l’Université du Nord de la Colombie-Britannique.

Une infirmière offre des soins à un patient.

Les Autochtones sont souvent méfiants envers le système de santé au Canada, où ils subissent de la discrimination et du racisme.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Les Autochtones subissent moins d’interventions chirurgicales

L'étude démontre également que les Autochtones sont moins susceptibles d'obtenir une opération chirurgicale vitale, comme une opération cardiaque ou une césarienne, et qu'ils doivent attendre plus longtemps que les autres Canadiens pour obtenir une greffe de rein.

Comprendre ces données est une étape cruciale dans la lutte contre le colonialisme et le racisme structurel dans les soins de santé, croit la Dre Caron.

Nous pouvons définir les lacunes et déterminer ce qui doit être amélioré.

Pour faire leur méta-analyse, les chercheurs ont déterminé 28 études comparant le taux d’interventions chirurgicales et les résultats chirurgicaux chez les Autochtones et les non-Autochtones au Canada.

En tout, ces études portent sur plus de 1,9 million de participants, dont 10,2 % sont Autochtones. Aucune étude ne concernait spécifiquement les populations inuit ou métisses.

Du racisme dans le milieu de la santé

Cette nouvelle étude paraît au moment où le pays traverse une période de prise de conscience du racisme envers les Autochtones dans le système de santé depuis la mort de Joyce Echaquan, une Atikamekw de 37 ans, en septembre dernier à Joliette, au Québec.

Un homme et une femme, tristes et songeurs.

Des membres de la famille de Joyce Echaquan lors d'audiences sur sa mort dans un hôpital de Joliette.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La vidéo diffusée par la patiente, peu de temps avant son décès, permet d'entendre des membres du personnel proférer des insultes racistes à son endroit. L'affaire a poussé le gouvernement fédéral à tenir un sommet virtuel de deux jours sur le racisme systémique envers les Autochtones dans le système de santé.

Un exemple parmi d'autres au pays

Souffrant de douleurs thoraciques et d'essoufflement, April Green, membre de la nation Gitxsan, en Colombie-Britannique, s’est rendue plusieurs fois aux urgences. Ils m'ont renvoyé chez moi cinq fois. La cinquième fois, j'ai craché du sang et ils m'ont finalement hospitalisée.

April Green a dû être hospitalisée pour une pneumonie. Cela a été une expérience très effrayante. J'ai failli mourir. Je sens vraiment qu'il y a du racisme qui se produit dans les salles d'urgence et les hôpitaux.

En Colombie-Britannique, quatre des plus importants ordres professionnels de la santé ont récemment présenté leurs excuses aux peuples autochtones après la publication d'un rapport du gouvernement provincial faisant état du racisme systémique dont ils sont victimes.

Savoir pour mieux combattre

Selon le chercheur principal de l'étude publiée dans le Journal de l'Association médicale canadienne, Jason McVicar, les conclusions mettent en lumière la nécessité de mener une révision en profondeur des soins de santé offerts aux communautés des Premières Nations, des Inuit et des Métis.

La situation serait d'autant plus pressante que la pandémie de COVID-19 fait craindre que les patients autochtones ne se retrouvent en bas de listes d'attente rallongées par le délestage en chirurgie, précise-t-il.

Cette étude vient dire deux choses aux Canadiens : que nous avons besoin de meilleures données et que les données dont nous disposons nous disent qu'il faut faire mieux, affirme le Dr McVicar, un anesthésiologiste métis qui pratique à l'Hôpital d'Ottawa.

Il réclame une stratégie nationale pour mesurer et combattre les disparités qui touchent les Autochtones en convalescence après une intervention chirurgicale. Toutefois, pour y arriver, le Dr McVicar réclame que le processus soit mené par des travailleurs de la santé et des chercheurs autochtones.

Si l'on est sérieux au sujet de l'implantation de changements fondamentaux en matière d'amélioration des effets sur les Premières Nations, les Inuit et les Métis, il faut s'attaquer à tous les niveaux du système, conclut-il.

Avec les informations de Tom Popyk et de La Presse canadienne

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !