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Grève générale illimitée chez Olymel : « les producteurs vont écoper »

L'enseigne d'Olymel sur l'usine de Vallée-Jonction.

L'usine Olymel de Vallée-Jonction est en arrêt depuis le 28 avril.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Après pratiquement trois semaines de grève générale illimitée, les syndiqués de l’usine Olymel de Vallée-Jonction ne se sont toujours pas entendus avec leur employeur. Bien qu'une rencontre de conciliation soit prévue mardi, le conflit de travail est loin d’être réglé et ce seront les producteurs de porcs qui en payeront les frais, analyse un expert.

Les 1100 travailleurs ne regagneront pas l’usine tant qu’une nouvelle convention collective n’est pas approuvée par les syndiqués. Pendant ce temps, l’un des plus importants abattoirs de porcs au Québec est en arrêt.

Ça rend le système beaucoup plus serré. On a vu au début de la pandémie comment ç’a été difficile. Lorsqu'il y a des abattoirs ou des salles de découpe qui ont dû fermer, ça a retardé la sortie de porc chez les producteurs, affirme Maurice Doyon, professeur au Département d’économie agroalimentaire à l’Université Laval.

Chaque semaine, ce sont donc 38 000 bêtes qui doivent être redirigées dans d’autres usines au pays. Une tâche de plus en plus difficile avec les éclosions de COVID-19, comme celle qui a forcé la fermeture de Viandes du Breton à Rivière-du-Loup.

Plus longtemps ça s'étire et si un autre abattoir à un enjeu à cause de la COVID-19, ce sont les producteurs qui vont écoper.

Une citation de :Maurice Doyon, professeur au Département d’économie agroalimentaire à l’Université Laval
Des travailleurs manifestent devant l'usine Olymel à Vallée-Jonction.

Les travailleurs de l'usine Olymel de Vallée-Jonction sont sans convention collective depuis le 1er avril (archives).

Photo : Radio-Canada / Pascal Poinlane

Pression en faveur des travailleurs

Olymel affirme présentement être en mesure de rediriger les porcs prêts à l’abattage vers d’autres usines aux pays, ou même aux États-Unis. Pourtant, la grève crée bel et bien un refoulement dans les porcheries du Québec.

En janvier, des éclosions de COVID-19 dans les usines d’Olymel avaient eu comme conséquence que plus de 145 000 porcs étaient en attente d'une place dans un abattoir du Québec.

Ce nombre a chuté à 17 000 en avril. Depuis le début de la grève, il a grimpé à 73 680, selon les plus récentes données des Éleveurs de porcs du Québec.

Les impacts financiers d’avoir des porcs prêts à l’abattage dans les porcheries sont importants pour les producteurs de porcs.

Plus longtemps les animaux restent chez le producteur, plus ils prennent du poids. La gestion de l'espace et les rotations des troupeaux deviennent alors plus complexes.

Une ligne de production chez Olymel.

Les chaînes de productions ne sont pas conçues pour des porcs de plus gros gabarit.

Photo : Radio-Canada

Des bêtes de plus gros gabarits ralentissent aussi les activités dans les usines de coupe. Olymel ne pourra rester longtemps sur ses positions et devra réfléchir à des compromis si la situation s’envenime dans la filière porcine.

Les travailleurs ont quand même une position intéressante. On a toute une filière qui peut être affectée si jamais ça perdure et qu'il y a un autre incident qui se produit dans un autre abattoir. On n’aura aucune marge de manœuvre, analyse Maurice Doyon.

Un conflit loin d’être réglé

Olymel doit déposer une partie de sa proposition de renouvellement de convention collective devant le conciliateur mardi.

Ce document ne comprend toutefois aucune proposition salariale, alors que c’est sur ce point que les négociations achoppent.

Les syndiqués exigent une augmentation allant de 35 % à 50 % sur la durée du prochain contrat de travail. De son côté, Olymel affirme que ces demandes sont exagérées et la sortiraient du marché.

Quand on regarde les positions de part et d’autre, on a l'impression que ça risque de durer un petit bout de temps, s’inquiète Maurice Doyon.

La prochaine rencontre entre les travailleurs, le conciliateur et Olymel n’est prévue que le 26 mai. À ce rythme et avec des positions aussi fermes et éloignées, on peut s’attendre à ce que la grève perdure encore plusieurs semaines, voire des mois.

Un homme dans la soixantaine parlant via l'application de vidéoconférence Skype.

Le porte-parole d'Olymel, Richard Vigneault.

Photo : Radio-Canada

Le porte-parole d’Olymel, Richard Vigneault, n’a pas voulu se prononcer sur la durée potentielle des négociations ni sur le moment où l'employeur déposera sa contre-proposition sur les conditions salariales.

M. Vigneault avance que les travailleurs d'Olymel à Vallée-Jonction sont déjà payés 21 % plus cher que les usines comparables au pays.

On ne peut pas continuer de creuser cet écart-là, conclut-il.

L'entreprise n'a pas voulu fournir à Radio-Canada les données qui confirment leurs dires.

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