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Des citoyens d'Halifax souhaitent des changements dans le nom de certaines rues

Intersection des rues Stairs et Isleville à Halifax.

William Stairs était un explorateur né à Halifax qui a joué un rôle déterminant dans certaines des expéditions les plus violentes en l'Afrique.

Photo : The Canadian Press / Andrew Vaughan

La Presse canadienne

Quand des promoteurs ont crée le pittoresque quartier Hydrostone à Halifax, il y a plus d'un siècle, ils avaient choisi d'honorer la mémoire d'explorateurs célèbres. Ils ont notamment donné les noms de William Grant Stairs, de Christophe Columbus, de Jean Cabot et de Henry Morton Stanley à certaines voies publiques.

Aujourd'hui, certains résidents s'interrogent sur l'héritage de certains de ses hommes.

Nous vivons aujourd'hui dans une société qui n'honore plus les explorateurs et ce qu'ils ont fait, relate Frances Early, une professeure d'histoire à la retraite à l'Université Mount Saint Vincent.

Nous vivons dans une société qui comprend que nous vivons sur un territoire non cédé du peuple mi’kmaw. Si nous voulons commémorer le passé, nous devons le faire de manière appropriée.

Une citation de :Frances Early, professeure d'histoire à la retraite à l'Université Mount Saint Vincent

Mme Early vit dans à la place Stairs, du nom d'un explorateur né à Halifax qui a joué un rôle déterminant dans certaines des expéditions les plus violentes en l'Afrique. À quelques pâtés de maisons de là, des places rendent hommage à Christophe Colomb et à Jean Cabot.

La résidente rappelle que ces noms de rue n'ont pas été choisis par la municipalité ou ses citoyens. C'est le promoteur qui a construit ce secteur rasé par l'explosion de 1917. À l'époque, la ville militaire d'Halifax s'extasiait de tout ce qui était britannique et impérial.

De nombreuses rues honorent les explorateurs blancs, et cela n'avait provoqué absolument aucune discussion, déplore-t-elle.

Stairs « l'Africain »

Jonathan Roberts, un professeur d'histoire à l'Université Mount Saint Vincent, raconte que William Stairs était une figure de proue de plusieurs expéditions visant à pacifier certaines parties de l'Afrique. Dans son journal, il décrit sa stratégie consistant à tendre des embuscades dans des villages et à exécuter sommairement ceux qui commettaient des vols dans son campement.

Tout comme Mme Early, le professeur Roberts souhaite que la ville considère la possibilité de modifier le nom de la rue et de la place Stairs. En avril, il s'est rendu dans le quartier pour tourner une vidéo racontant la vie et l'héritage du colonialiste. Il y lit des passages du journal de Stairs publié après sa mort en 1892.

C'est très intéressant de se coucher dans la brousse et de regarder tranquillement les indigènes pendant leur journée de travail jusqu'à ce qu'on commence à ouvrir le feu. Alors naissent le tumulte et les cris habituels des femmes, peut-on lire.

M. Roberts dit vouloir informer les résidents des actions passées de Stairs. Il a aussi créé une pétition demandant que la rue ait un nouveau nom.

Il y a de grands gestes de décolonisation et il y a de petits actes de décolonisation progressifs. Je veux apporter ma petite contribution.

Anxiété morale

Les efforts de Jonathan Roberts et de Frances Early reflètent les débats croissants entourant la toponymie et la place qu'elle occupe dans la société, souligne Lauren Beck, une professeure d'études hispaniques à l'Université Mount Allison au Nouveau-Brunswick. Elle a dit que l'anxiété morale autour de certains noms a changé au fil du temps au gré des valeurs de la société.

Lauren Beck aborde ce problème dans son prochain livre intitulé Les noms de lieux au Canada et comment les changer, qu'elle espère publier en 2022. Le livre examine les noms à travers le pays à travers des lentilles racialisées et sexospécifiques.

Selon elle, le christianisme a grandement influencé la toponymie à l'arrivée des premiers explorateurs et colons européens. On a souvent donné aux lieux le nom de saints.

Le paysage des Amériques est non seulement christianisé à bien des égards, mais il est aussi assez masculin, d'une manière européenne, dit la professeure Beck.

Dans son livre, l'autrice veut aborder la façon dont les noms sont donnés à un lieu, le pouvoir de légitimation de la toponymie et les stratégies pour changer les noms d'une manière qui n'aliène pas trop de gens.

Beaucoup de noms sur nos cartes célèbrent des gens plus riches, ou des politiciens qui ont un rôle très spécifique dans notre société, mentionne la professeure Beck. Comment appellerions-nous nos lieux si nous avions la possibilité de les rendre accueillants et inclusifs, reflétant ainsi l'ensemble de la population, plutôt qu'un seul groupe démographique?

L'année dernière, à Halifax, un groupe de travail a recommandé le retrait permanent d'une statue dédiée au fondateur de la ville, Edward Cornwallis, et le changement de nom d'une rue et d'un parc en son honneur. Selon ce groupe de travail, la commémoration publique de Cornwallis, aujourd'hui accusé de génocide contre la population autochtone locale, est incompatible avec les valeurs actuelles.

Le conseil de la municipalité régionale d'Halifax doit déterminer son sort.

La statue d'Edward Cornwallis a été retirée de son socle le 31 janvier 2018.

Photo : Radio-Canada / CBC/Craig Paisley

Le conseiller municipal Lindell Smith, dont le district comprend le quartier Hydrostone, dit appuyer un changement de nom, mais qu'il souhaite obtenir plus de commentaires de la part des résidents.

Nous sommes passés par des processus où nous avons examiné le contexte historique des noms de rue. On sait donc comment faire. C'est peut-être le bon moment d'avoir ces discussions si la volonté de la population se manifeste.

Mme Early dit que le nom des rues dans Hydrophone ne représente plus les valeurs de la population de Halifax.

Pourquoi nommons-nous les rues et des bâtiments d'après des gens?, demande-t-elle. Nous le faisons parce qu'à un moment donné, nous reconnaissons des personnes ou des événements que nous respectons et dont nous voulons que notre société se souvienne.

Rien ne reste pareil, ajoute-t-elle. La société évolue.

Cette dépêche a été produite avec l'aide financière des Bourses de Facebook et de La Presse Canadienne pour les Nouvelles.

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