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Le Chili vote pour une réécriture en profondeur de la Constitution héritée de Pinochet

Deux femmes dans un bureau de vote

Les partis indépendants arrivent en tête pour désigner les rédacteurs de la nouvelle loi fondamentale.

Photo : Reuters / PABLO SANHUEZA

Agence France-Presse

Les partis de gauche désireux de réécrire en profondeur la Constitution chilienne héritée de la dictature militaire d'Augusto Pinochet devançaient dimanche soir ceux de la droite conservatrice, mais les partis indépendants arrivent en tête du scrutin pour désigner les rédacteurs de la nouvelle loi fondamentale.

Les deux listes qui rassemblent des candidats allant du centre gauche au Parti communiste, qui entendent proposer un nouveau modèle pour le pays avec différents droits sociaux garantis, comme l'éducation, la santé ou le logement, recueillent 33 % des suffrages, après le dépouillement de 64 % des bulletins de vote.

La droite au pouvoir défend le système actuel, qui aurait favorisé la croissance économique du pays. Avec 21 % des voix, elle ne dispose pas du contrôle des décisions de l'Assemblée constituante qui sera composée de 155 membres élus sur une base paritaire, dont 17 sièges sont réservés aux 10 peuples autochtones.

Les citoyens ont envoyé un message clair et fort au gouvernement et aussi à toutes les forces politiques traditionnelles : nous ne sommes pas suffisamment en phase avec les demandes et les désirs des citoyens et nous sommes mis au défi par de nouvelles expressions et un nouveau leadership, a déclaré le président conservateur Sebastian Piñera.

Les candidats indépendants, – acteurs, écrivains, professeurs, travailleurs sociaux, avocats – dont beaucoup avaient participé au plus grand soulèvement social des dernières décennies, amorcé en octobre 2019 pour réclamer une société plus égalitaire, supplantent les partis traditionnels et raflent le reste des votes.

Malgré l'absence de sondages et des prévisions électorales difficiles, aucun analyste n'avait anticipé une telle razzia des candidats indépendants ou le piètre résultat de la droite au pouvoir, unie avec l'extrême droite sur une seule liste, alors que se profile en novembre l'élection présidentielle.

Daniel Jadue, candidat du Parti communiste à la présidentielle, s'est réjoui que les secteurs qui cherchent à transformer le pays ont triomphé.

Faible taux de participation

Autre enseignement majeur de ce scrutin étalé sur deux journées en raison de l'épidémie de coronavirus : la désaffection des électeurs qui n'ont été que 37 % à se déplacer. Le taux de participation était de 20,44 % des 14,9 millions d'inscrits, à l'issue de la journée de samedi, selon les données du service électoral.

Javier Macaya, président de l'Union démocratique indépendante (UDI), le plus grand parti de droite du Chili, a déclaré que le pays a donné un signal que nous devons être capables d'écouter. Les blocs politiques traditionnels ont été délaissés par les électeurs.

Heraldo Muñoz, candidat du Parti progressiste pour la démocratie (PPD), a estimé que la force des indépendants émerge de manière impromptue et donne une leçon à la classe politique.

Réécrire la Constitution était une des revendications issues du violent soulèvement social d'octobre 2019. Elle remplacera celle rédigée en 1980 sous le régime militaire d'Augusto Pinochet.

Vers une réforme sociale?

Le changement de la loi fondamentale actuelle, qui limite fortement l'action de l'État et promeut l'activité privée dans tous les secteurs, notamment l'éducation, la santé et les retraites, est vu comme la levée d'un obstacle essentiel à de profondes réformes sociales dans un pays parmi les plus inégalitaires d'Amérique latine.

Selon les sondages, plus de 60 % des Chiliens estiment que cette Constitution a créé un système qui profite à un petit nombre de privilégiés.

Ce processus électoral est également le premier du monde à élire une Assemblée constituante sur une base paritaire, avec un nombre égal d'hommes et de femmes.

La nouvelle Constitution doit être rédigée dans un délai de neuf mois, qui peut être prolongé une seule fois de trois mois supplémentaires. Elle doit être approuvée ou rejetée en 2022 par un référendum à vote obligatoire.

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