•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

COVID-19 : les enseignants de musique inquiets pour l’avenir, selon une étude

Mai est le mois de la musique dans les écoles du Manitoba.

Jordan Laidlaw est assis à un piano et sourit à la caméra.

Jordan Laidlaw mène une recherche sur les effets de la pandémie auprès des enseignants de musique des écoles publiques du Manitoba.

Photo : Gracieuseté Jordan Laidlaw

Radio-Canada

Fatigués et frustrés après une année difficile, les enseignants de musique s’inquiètent surtout de l’effet des restrictions sur les inscriptions en musique au cours des prochaines années.

Le mois de mai est le mois de la musique dans les écoles du Manitoba, une période habituellement fertile pour les enseignants qui dirigent des chorales, des ensembles de jazz ou qui enseignent simplement aux élèves à manier un instrument de musique.

Mais cette année, ce sont plutôt le stress et la fatigue qui sont au rendez-vous, alors que se profile la fin d’une année scolaire marquée par des changements constants de directives provinciales.

Pandémie oblige, plus de la moitié des enseignants de musique ne sont pas dans leur salle de classe, indique le professeur de musique et étudiant au doctorat, Jordan Laidlaw.

Certains ont dû innover, ajoute-t-il, par exemple en plaçant divers instruments dans des chariots qu’ils promenaient avec eux de classe en classe, désinfectant les instruments entre les cours, essayant d’être à l'heure et d’offrir aux élèves des expériences riches en apprentissages.

En collaboration avec Shellagh Chadwick, une professeure associée en éducation musicale de l’Université de Brandon, Jordan Laidlaw mène une étude sur le bien-être des enseignants de musique cette année.

Les deux professeurs collectent de l’information au sujet de l’enseignement de la musique pendant la pandémie, et s’intéressent aussi au bien-être des enseignants et à leurs préoccupations envers l’avenir de leur profession. Pour réaliser leur étude, ils ont envoyé un sondage en ligne aux enseignants de musique de la province.

Un constat : les enseignants sont fatigués

Selon leurs résultats, les changements et les perturbations entraînés par la pandémie ont eu un effet réel sur le moral des enseignants. 84 % des répondants ont dit se sentir fatigués au travail et presque la moitié envisageaient de prendre leur retraite ou voulaient un changement de carrière à cause de la pandémie.

Gros plan sur des partitions de musique classique qui ont été déposées sur un clavier de piano.

Presque la moitié envisageaient de prendre leur retraite ou voulaient un changement de carrière à cause de la pandémie.

Photo : Pixabay / Steve Buissinne

Un peu plus de la moitié disent avoir été obligés d'enseigner de nouvelles matières, et de nombreux autres disent ne pas avoir bénéficié d’occasions de développement professionnel pour les appuyer dans ce nouveau champ d’enseignement.

Tout cela crée du stress, et ils doivent constamment s’ajuster. Le tiers des répondants disent recourir à l'automédication et leur consommation de cannabis et d’alcool a augmenté, mentionne Jordan Laidlaw. Leur confiance en tant qu’enseignant a aussi diminué.

Le sondage s’est déroulé de la mi-février au 5 avril. 218 enseignants de musique de partout dans la province y ont participé. Il y aurait environ 500 enseignants spécialisés en musique en tout dans les écoles du Manitoba.

Gérer la constance des changements

La directrice générale de la Manitoba Band Association, Chelsey Hiebert, n’est pas surprise par ces résultats.

C’est triste, dit-elle, en mentionnant qu’on semble revenir à la case départ.

Une flûte à bec déposée sur des feuilles de musique.

Les enseignants se sentent tous comme s'ils en étaient à leur première année d'enseignement parce qu'ils doivent s'adapter constamment à des restrictions changeantes.

Photo : getty images/istockphoto

Peu importe si les enseignants ont une année ou 30 ans d’expérience en classe, ils se sentent tous comme des enseignants qui en sont à leur première année parce qu’avec les changements constants, ils doivent imaginer comment faire les choses différemment. Ça devient écrasant, dit-elle.

Les enseignants de musique ont fait face à des restrictions changeantes au cours de la dernière année, concernant les ensembles de musique et les chorales, l'enseignement en intérieur ou en extérieur, l’enseignement en personne et en ligne. Tout cela en tentant de maintenir l’engagement des élèves et de garder le contact avec eux pendant la pandémie.

Le bon côté de la chose, dit Chelsey Hiebert, c'est que les enseignants ont développé de nouvelles habiletés, ce que confirme le sondage. Les chercheurs compilent encore les données qui permettront d’en apprendre davantage sur les compétences acquises par les enseignants.

Pour Chelsey Hiebert, l’ampleur des changements et de l'innovation est déjà incroyable. C’est comme de se tourner sur un 10 sous et apprendre la technologie en même temps.

Les enseignants et les artistes sont tous en train d’apprendre à être ingénieurs de son en ce moment – ils apprennent comment mixer les pistes et les vidéos et comment produire des projets incroyables. Ce qui normalement prendrait une équipe, des enseignants le font seuls.

Autre fait encourageant, la majorité des répondants au sondage croient que les élèves sont toujours intéressés par la musique.

Mais les enseignants s’inquiètent devant des baisses d'inscription.

Des baisses d’inscriptions qui inquiètent

C’est parce que les élèves s’inscrivent à des cours de chant ou à des ensembles, et ensuite on leur dit qu’ils ne pourront pas chanter ou se joindre à des chorales à cause des restrictions, explique Jordan Laidlaw. Alors ils disent : oubliez ça, j’abandonne.

Ça a un impact direct sur les programmes de musique et sur le nombre d’élèves, ajoute-t-il. Les enseignants s’inquiètent de l’avenir, de l’après-pandémie.

Des instruments de musique.

On ne verra pas cette année le phénomène de mentorat naturel qui s’installe dans un ensemble parce que les ensembles ne jouent pas, dit Chelsey Hiebert.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Lévesque-Boucher

Chelsey Hiebert estime que les inscriptions sont l’enjeu principal pour l’avenir. Une diminution du nombre d’élèves cette année se transforme en une diminution des inscriptions l’an prochain, explique-t-elle.

On ne verra pas cette année le phénomène de mentorat naturel qui s’installe dans un ensemble parce que les ensembles ne jouent pas, dit-elle. Il faut comprendre que les ensembles de musique sont plus qu’une matière pour les jeunes, c’est aussi un noyau social. La perte de ce noyau cette année aura des répercussions pour les prochaines années.

La recherche de Jordan Laidlaw comprend des éléments qui devront donner une meilleure idée de cet impact. Les chercheurs espèrent aussi pouvoir organiser des groupes témoins d’ici la fin du mois pour examiner comment les enseignants de musique ont dû composer avec la COVID-19 et s’ils se sont sentis en sécurité à l’école.

Jordan Laidlaw estime que toute cette information ne devrait pas être prise à la légère et qu’elle pourrait être utile dans le processus de décision du gouvernement et des administrations.

L'éducation musicale est importante pour tellement d'enfants partout dans la province, rappelle Jordan Laidlaw. Ça peut être un excellent exutoire, surtout pour les enfants désavantagés. Ça peut être une forme de thérapie.

Avec des informations de Marianne Klowak

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !