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Garihanna Jean-Louis : être une femme noire en humour

L'humoriste, comédienne et conférencière Garihanna Jean-Louis

L'humoriste, comédienne et conférencière Garihanna Jean-Louis

Photo : OHTRYM AGENCY

Radio-Canada

Garihanna Jean-Louis est la première et la seule femme noire à être diplômée de l’École nationale de l’humour (ENH). En entrevue à Culture club, celle qui se décrit comme une humoriste au parfum de mangue-érable – fraîche et exotique comme la mangue, rassembleuse et festive comme une partie de sucre – raconte son parcours unique.

L’humoriste, qui a passé sa vie entre Montréal et Haïti, a reçu son diplôme de l’ENH en 2017. C’était la première fois en 33 ans d’existence que l’école accueillait dans ses rangs une femme noire, et la chose ne s’est pas reproduite depuis.

Je suis étonnée et à la fois attristée. Je sais que ce n’est pas un parcours qui est facile. Je sais qu’il n’y a pas nécessairement beaucoup de femmes noires qui sont intéressées, mais oui, je suis étonnée et ça m’attriste, explique-t-elle à Stéphane Leclair.

Un coup du destin

Bachelière en sciences économiques et titulaire d’une spécialisation en criminologie, la jeune femme n'avait jamais pensé se retrouver un jour en humour, bien que la scène et les arts aient toujours fait partie de son ADN. Son entrée à l’École nationale de l’humour a été un véritable coup du destin.

De retour en Haïti en 2013 après le décès de son père, Garihanna a appris que l’ENH était de passage au pays pour donner des formations.

J’étais en pleine crise existentielle. La seule mission que j’avais en tête, c’était de donner des cours de théâtre. Quelques jours avant la fin de la formation, Louise [Richer, directrice générale et fondatrice de l’école] a décidé de recruter des aspirants humoristes haïtiens pour représenter leur pays au gala Ha Ha Haïti dans le cadre du Festival Juste pour rire, se rappelle-t-elle.

Ça a adonné que j’ai fait un numéro qui parlait de mon côté bipatride et apatride, où je suis trop québécoise pour les Haïtiens et trop haïtienne pour les Québécois. J’ai parlé de ça, on en a ri et j’ai été retenue parmi les trois candidats.

De retour à Montréal pour la millième fois, Garihanna Jean-Louis devait n’y rester que quelques jours, mais juste après son numéro au gala Ha Ha Haïti, Louise Richer l’a jointe en coulisses pour lui faire une proposition qui allait changer sa vie : l’École nationale de l'humour lui offrait une bourse complète afin de suivre le programme de deux ans pour devenir humoriste. Garihanna a accepté sur-le-champ.

Je ne savais pas ce qui m’attendait, je ne connaissais rien de l’humour, mais je me suis embarquée dans l’aventure, dit-elle.

Insensible, l’humour haïtien?

Dès ses débuts au Québec, la jeune femme a rapidement compris que, pour certaines personnes, son humour décapant pouvait être perçu comme insensible, alors que dans le pays de ses parents, ses blagues sur des sujets graves – comme la violence conjugale ou la dépression – n’auraient fait sourciller personne. Une différence qu’elle attribue à l’histoire mouvementée d’Haïti.

Je n’aime pas généraliser, mais je peux vous garantir que le peuple haïtien, on a appris à être résilients. Quand la vie vous donne coup de poing après coup de poing, notre façon de réagir à certaines situations, c’est de devenir insensible. Les sujets nous affectent, mais on préfère en rire. On préfère célébrer la vie plutôt que de rester dans la douleur et la tristesse, explique-t-elle.

Et Garihanna parle d’expérience. Alors qu'elle avait seulement 9 ans, on lui a pointé une arme au visage, et en 2008, en Haïti, des agresseurs ont kidnappé sa mère, qui a été séquestrée pendant quatre jours. Elle n'hésitera pas à aborder cet épisode traumatisant dans son premier spectacle solo, qu’elle est en train d’écrire et qu’elle a choisi d’intituler Vulnérable.

Je suis obligée d’en parler, parce qu’en faisant le métier, j’ai réalisé à quel point je n’étais pas la seule dans cette situation. On se dit souvent que personne d’autre ne va nous comprendre, mais c’est faux. On est plusieurs à vivre ces affaires et à les vivre en silence.

Un premier spectacle solo

Placée devant un dilemme – rester 100 % authentique ou adapter son humour pour le public québécois –, l’humoriste a choisi de rester elle-même, mais en embrassant ses deux identités. C’est d’ailleurs pour cette raison qu'elle aime se qualifier d’humoriste au parfum mangue-érable, une métaphore qui décrit bien cette dualité.

À l’approche de son premier spectacle solo, Garihanna Jean-Louis n’a pas encore de producteur ou de productrice ni de plan pour des lieux de diffusion, mais elle fait entièrement confiance à la vie.

Je fais partie de celles qui croient que quand on met des choses dans l’univers, elles viennent nous trouver. Et oui, j’y crois. J’ai la confirmation que j’ai ma place. [...] Sur mon chemin, je vais croiser les bonnes personnes, je vais trouver la bonne salle, la bonne production et le spectacle va rouler, parce que vulnérables, nous le sommes tous, conclut-elle.

Avec les informations de Stéphane Leclair, chroniqueur culturel et animateur de Culture club (en remplacement de René Homier-Roy)

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