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Une « sécheresse extrême » menace une partie des Prairies, selon Agriculture Canada 

De l'île de Vancouver au sud du Québec et du Canada au Mexique, la sécheresse couvre un territoire énorme.

Chuck Fossay  marche dans son champ.

Chuck Fossay examine l'état de ses champs désséchés près de Starbuck au Manitoba. Il sème le canola plus profondément dans la terre cette année dans l'espoir qu'il y subsiste assez d'humidité pour la germination des grains.

Photo : Radio-Canada / Cameron MacIntosh

Radio-Canada

Chuck Fossay n’a jamais vu ses champs dans cet état. « C’est extrêmement sec », dit cet agriculteur qui tente d’obtenir une récolte de canola sur sa ferme, située près de Starbuck au Manitoba, à environ 20 minutes à l’ouest de Winnipeg.

Entre ses doigts, une poignée de terre noire coule comme du sable. Rien, ici, ne vient appuyer le développement des grains pour que la récolte puisse pousser, ajoute-t-il.

Il met ses grains de canola un peu plus profondément en terre cette année, en espérant qu’il y reste un peu d’humidité pour qu'ils puissent germer.

Quand c'est sec, c’est sec et rien ne pousse sans eau. C’est une banale vérité. On a besoin d’eau pour vivre et sans eau, rien ne pousse, dit-il.

Si on ne reçoit pas de pluie au cours des deux prochaines semaines, on parle probablement d’une perte des récoltes ici, au Manitoba.

Une citation de :Chuck Fossay, producteur de canola

Une sécheresse extrême

Il faudra plus d’une journée de pluie pour humidifier suffisamment les terres agricoles.

Le printemps 2021 a été l’un des plus secs de mémoire récente. L’automne dernier a aussi été anormalement sec et bien peu de neige est tombée cet hiver.

La zone rouge s'étend du sud-ouest de la Saskatchewan à l'est du Manitoba.

Une sécheresse extrême sévit dans la zone rouge de cette carte, dont les données sont à jour en date du 30 avril 2021.

Photo : Agriculture et Agroalimentaire Canada

Selon Agriculture et Agroalimentaire Canada, le sud-ouest du Manitoba et le sud-est de la Saskatchewan sont sous le coup d’une sécheresse extrême et les conditions, dans le reste des Prairies, sont celles d’une sécheresse modérée.

Dans certains endroits, on s’approche de conditions de sécheresse record en ce qui concerne l’humidité du sol, avec moins de 40 % de la normale, explique le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en ressources hydriques et en changement climatique, John Pomeroy, qui travaille au laboratoire de l'Université de la Saskatchewan situé à Canmore en Alberta.

La sécheresse fait partie du cycle agricole, convient le chercheur, mais la superficie de cette sécheresse-ci est inhabituelle. Elle s’étend de l’île de Vancouver au sud du Québec, et descend jusqu’en Californie aux États-Unis et jusqu’au Mexique. C’est énorme.

Des conséquences économiques

Les conséquences économiques de cette sécheresse pourraient aussi être énormes et pas seulement pour les agriculteurs. Si ces conditions perdurent, les consommateurs en paieront le prix en faisant leur épicerie.

L'eau est également une ressource essentielle dans de nombreux secteurs : l’industrie de la potasse, la production de pétrole et la production hydro-électrique reposent sur la disponibilité de l’eau.

Il y a environ 20 ans, l’économie de l’Ouest a perdu des revenus de 10 milliards de dollars pendant quatre ans à cause d’une sécheresse. La Saskatchewan a perdu 41 000 emplois à elle seule, rappelle John Pomeroy. Alors oui, la sécheresse a un impact.

Ce serait comme de perdre l’industrie automobile pour l’Ontario.

Une citation de :John Pomeroy, Chaire de recherche du Canada en ressources d'eau et en changement climatique

La sécheresse et le manque d’humidité peuvent aussi menacer l’approvisionnement en eau, alors que le niveau des rivières et des lacs descend.

Au centre de recherche sur les changements climatiques de l’Université de la Saskatchewan, le Prairie Adaptation Research Collaborative (PARC), le professeur et chercheur Dave Sauchyn rappelle que beaucoup de petites communautés et de communautés rurales ont des sources d’approvisionnement en eau qui ne sont pas fiables et stables.

Elles peuvent, par exemple, tirer leur eau d’un puits peu profond ou d’un réservoir et ces sources sont en train de s’épuiser, dit-il.

Dave Sauchyn, debout, montre l'intérieur d'un tronc d'arbre abattu.

Pour Dave Sauchyn, chercheur au Prairie Adaptation Research Collaborative (PARC), des pluies importantes sur plusieurs jours pourraient permettre au sol de faire le plein d'humidité et sauver la récolte.

Photo : Gracieuseté Dave Sauchyn

Dave Sauchyn a collaboré à la rédaction d’un rapport sur l’impact des changements climatiques (Nouvelle fenêtre) (en anglais) qui propose des façons de s’adapter à cette réalité.

Au Manitoba, des autorités publiques ont réagi pour contrer les effets de la sécheresse. La Ville de Morden, dans le sud du Manitoba, a restreint l’usage de l’eau en demandant à ses résidents de diminuer leur consommation de 25 %.

La province interdit les feux de camp et a fermé au public l’accès à presque tous les sentiers des parcs provinciaux.

Cette semaine, un feu de forêt s'est déclaré dans le parc provincial du Whiteshell, situé près de la frontière avec l’Ontario et un autre feu a fait rage dans le sud de la province, dans la municipalité rurale de Piney.

Mais pour ceux qui comptent sur la nature pour gagner leur vie, les enjeux sont élevés.

On ne peut survivre sans eau

Bill Campbell marche dans un champ dans lequel on peut voir une partie de son cheptel.

Le producteur de boeuf Bill Campbell est aussi le président de Keystone Agricultural Producers. Il s'inquiète de l'impact de la sécheresse sur son bétail.

Photo : Radio-Canada / Jaison Empson

Près de la frontière du Manitoba et de la Saskatchewan, Bill Campbell s’inquiète pour sa ferme. Il n’est pas le seul. Président de l’organisme de défense des fermiers Keystone Agricultural Producers, il entend les plaintes de ses collègues de partout dans la province.

On dit toujours que les pluies d’avril apportent les fleurs de mai. Ces pluies m’apportent aussi de l’herbe, dit Bill Campbell tout en observant son troupeau qui broute une herbe cassante et sèche.

Ça devient préoccupant quand nos réserves de balles de foin ou nos restes de grains dans les silos sont limités, dit-il. Une fois les réserves épuisées, qu’est-ce qu’on fait? On envoie le bétail paître dans les champs pour un temps, et ils mangent tout ce qu’il y a.

Il pointe vers une section de la rivière Souris qui traverse sa terre, là où des rochers, normalement sous un mètre d’eau, sont à l’air libre.

On s'appuie sur des bassins de rétention, des étangs-réservoirs, des sources, des ruisseaux, des cours d’eau de toutes sortes. Mais la plupart sont asséchés, constate-t-il, et le bétail ne survivra pas sans eau.

Avec des informations de Cameron MacIntosh et Karen Pauls

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