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Le Chili élit les rédacteurs de sa nouvelle Constitution

Une femme vote en plein air, au Chili.

Les Chiliens se sont rendus aux urnes, samedi.

Photo : Reuters / Rodrigo Garrido

Agence France-Presse

Les Chiliens ont voté samedi, au premier des deux jours d'un scrutin considéré comme le plus important de l'histoire de leur démocratie, pour désigner les rédacteurs de leur nouvelle Constitution destinée à promouvoir plus de justice sociale et à clore l'ère Pinochet.

Ici commence un changement d'ère, et si nous avons revendiqué en 2019, aujourd'hui nous devons tous aller voter, a estimé Carmela Irrutia, 46 ans, dans un bureau de vote du quartier de Ñuñoa, à Santiago.

Quelque 14 millions de Chiliens sont appelés aux urnes pour ce vote qui se poursuivra dimanche. Ils doivent choisir 155 élus parmi 1373 candidats sur une base paritaire. Dix-sept sièges seront également réservés aux 10 peuples autochtones du Chili.

J'espère que nous aurons une Constitution qui captera l'âme de notre pays.

Une citation de :Le président chilien, Sebastian Piñera

Cette Constitution remplacera celle rédigée en 1980 sous le régime militaire d'Augusto Pinochet (1973-1990).

Un nouveau Chili est en jeu

Cette élection définira la Constitution qui nous guidera pour les 40 ou 50 prochaines années, souligne Claudio Fuentes, de l'École de sciences politiques de l'Université Diego Portales. Ce scrutin est certainement le plus important en 31 ans de démocratie, estime-t-il; un nouveau Chili est en jeu.

Réécrire la Constitution était une des revendications issues du plus grand soulèvement social des dernières décennies, amorcé en octobre 2019 pour réclamer une société plus égalitaire.

Le changement de la loi fondamentale actuelle, qui limite fortement l'action de l'État et promeut l'activité privée dans tous les secteurs, notamment l'éducation, la santé et les retraites, est vu comme la levée d'un obstacle essentiel à de profondes réformes sociales dans un pays parmi les plus inégalitaires d'Amérique latine.

Selon les sondages, plus de 60 % des Chiliens estiment que cette Constitution a créé un système qui profite à un petit nombre de privilégiés.

C'est comme si on commençait vraiment à se débarrasser de "Pinocho" [le surnom donné à Pinochet par ses détracteurs], de son ombre, de son héritage, de tout.

Une citation de :Carmela Urquiza, fonctionnaire de 62 ans résidant à Santiago

Le Chili a l'occasion de réaliser sa deuxième transition. Ça aura pris trois décennies en raison de la trop forte tendance au statu quo du système de partis traditionnels, dit à l'AFP Marcelo Mella, politologue à l'Université de Santiago.

La nouvelle Constitution doit être rédigée dans un délai de neuf mois, prolongeable une seule fois de trois mois. Elle doit être approuvée ou rejetée en 2022 par un référendum à vote obligatoire.

Le scrutin, déjà reporté de trois semaines, a été étalé sur deux jours pour limiter les risques de contamination à la COVID-19. Il comprendra également des élections locales de maire, de conseiller municipal et, pour la première fois, de gouverneur régional.

Le Chili était l'un des rares pays de l'OCDE qui n'avait pas d'autorités régionales élues.

Test avant les élections présidentielles

Les analystes voient ce scrutin comme un test décisif avant les élections présidentielles de novembre.

Ce processus électoral est également le premier au monde à élire une Assemblée constituante sur une base paritaire, avec un nombre égal d'hommes et de femmes.

Les prédictions sur les forces politiques qui composeront l'Assemblée constituante sont hasardeuses, mais la difficulté des candidats indépendants à se faire connaître devrait privilégier les partis traditionnels.

Il y a beaucoup de nouvelles variables en jeu : c'est une élection sans précédent dans un contexte de pandémie, avec un système de parité, avec des sièges réservés, avec des listes d'indépendants. Tout cela est nouveau. Il est donc très difficile de faire des prédictions, et nous ne savons pas avec certitude combien de personnes iront voter.

Une citation de :Claudio Fuentes, de l'École de sciences politiques de l'Université Diego Portales

L'opposition de gauche, dispersée sur 69 des 70 listes en lice, entend proposer un nouveau modèle pour le pays, avec différents droits sociaux garantis, comme l'éducation, la santé ou le logement.

De leur côté, les candidats de la droite au pouvoir regroupés sur une seule grande liste alliée à l'extrême droite défendent le système actuel, qui selon eux a favorisé la croissance économique du pays.

Les premières estimations sont attendues dimanche en début de nuit.

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