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Analyse

La protection du français comme enjeu électoral fédéral

Les drapeaux du Canada et du Québec, côte à côte.

La défense du français pourrait s'inviter dans la prochaine campagne électorale fédérale.

Photo : iStock

En déposant son projet de réforme de la loi 101 juste avant le début de l’été, le gouvernement Legault s’assure que le débat entourant la défense du français au Québec devienne un sujet de discussion durant la pause estivale. Un sujet délicat qui rebondira sûrement durant la prochaine campagne électorale fédérale.

Non pas que les partis fédéraux se bousculent au portillon pour commenter en détail le projet de loi 96. Chacun veut démontrer qu’il sera LE champion de la défense du français à Ottawa. Les libéraux, les conservateurs, les bloquistes et les néo-démocrates ont répété cette semaine l’importance de protéger le français au Québec, mais sans prendre position sur des éléments précis du projet de loi.

Il est clair que la popularité de la Coalition avenir Québec (CAQ) au Québec fait des envieux chez les partis fédéraux et qu’ils souhaitent éviter de trop critiquer le gouvernement Legault, afin d’aller grappiller des appuis dans la talle caquiste.

D'autant plus que le contenu de cette réforme a le potentiel de soulever des contradictions chez les partis, que leurs adversaires pourraient tenter d’exploiter.

Un silence prudent

Le Bloc québécois aime se coller au discours identitaire de la CAQ et représenter les intérêts du Québec à Ottawa. Il pressera le gouvernement Trudeau de ne pas mettre des bâtons dans les roues de l’Assemblée nationale. Il faudra voir comment le Bloc réconcilie cette position avec celle de son grand frère le Parti québécois (PQ), qui, lui, trouve que la réforme caquiste est trop timide.

Le Parti conservateur assure qu’il va respecter l’autonomie du Québec et qu’il sera un partenaire de François Legault dans la défense du français. Toutefois, l’idée de modifier la Constitution pour y enchâsser les notions de nation québécoise et du français comme langue officielle risque d’être plus difficile à avaler dans l’Ouest.

La perception que le Québec obtient des avantages que d’autres provinces n’ont pas pourrait stimuler les velléités séparatistes et le sentiment d’aliénation dans l’Ouest, ce qui pourrait causer des maux de tête au chef conservateur Erin O’Toole.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) appuie l’importance de moderniser la protection du français au Québec. Il demeure toutefois silencieux sur les possibles atteintes aux droits linguistiques de la minorité anglo-québécoise, alors que le chef, Jagmeet Singh, s’est porté à la défense d’autres minorités en dénonçant l’adoption de la Charte québécoise des valeurs.

Pour les libéraux, l’idée d'assujettir les entreprises à charte fédérale à la loi 101 constitue un point de discorde potentiel. Dans son projet de loi 96, Simon Jolin-Barrette, sans l’écrire noir sur blanc, laisse la porte grande ouverte à cette possibilité.

Or, Ottawa ne veut pas céder ses pouvoirs à Québec et s’apprête à déposer avant l’été son propre projet de loi sur la protection du français au pays. Il faudra voir si, entre les deux projets de loi qui s’entrechoquent, il y a place au compromis.

Défense des minorités linguistiques

Depuis le discours du trône et le livre blanc de Mélanie Joly, le gouvernement Trudeau s’est positionné comme le grand protecteur du français, une minorité nationale qui doit être défendue, même dans un Québec majoritairement francophone.

Cependant, le désir du Parti libéral de faire des gains chez les francophones au Québec se frotte au devoir du gouvernement de protéger les minorités linguistiques. C’est le genre d’enjeu qui, s’il dérape, a le potentiel de se transformer en débat sur l’unité nationale.

Le gouvernement du Québec invoque la clause dérogatoire de façon anticipée afin de se mettre à l’abri de contestations judiciaires par la minorité linguistique anglophone du Québec.

Un geste qui inquiète les minorités linguistiques francophones à l’extérieur du Québec, dont la situation est encore plus précaire, et qui craignent que ce geste ouvre la porte à des atteintes à leurs droits linguistiques dans leur province.

Quand le gouvernement Ford a réduit les services en français en Ontario il y a trois ans, le gouvernement libéral est intervenu.

En réponse au projet de loi québécois cette semaine, cependant, la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, a répondu de façon laconique. Elle prend acte de la réforme et dit vouloir faire sa part pour protéger le français au Québec « tout en continuant de protéger les droits des minorités linguistiques ».

Pour comprendre ce que ça signifie concrètement, il faudra fort probablement attendre encore un peu, et rien ne garantit que la position libérale se précisera dans une éventuelle campagne électorale. Bien au contraire.

Lors de l’élection de 2019, Justin Trudeau a évité autant que possible d’entrer dans le fond du débat sur la loi 21. Il évite encore aujourd’hui de dire s’il interviendra devant les tribunaux pour soutenir les minorités qui sentent que leurs droits sont lésés par la Charte des valeurs.

Donc, sur le projet de loi 96, si le passé est garant de l’avenir, on peut s’attendre à ce que les libéraux laissent la poussière électorale retomber avant d’annoncer clairement leurs couleurs.

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