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La maison Gauthier de Laterrière sera restaurée

François Tremblay devant la maison Gauthier.

François Tremblay en a pour quelques années avant de compléter la restauration de la maison Gauthier.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

La maison Gauthier de Laterrière, qui était à l’abandon depuis des années, retrouvera finalement son lustre d'antan. Ce bâtiment d’intérêt patrimonial érigé en 1868 est une icône de la première colonie libre d’Amérique du Nord.

François Tremblay est le nouveau propriétaire de l’imposante demeure de 22 pièces. Il a eu un coup de cœur pour ce bâtiment de trois étages construit avec des pierres des champs.

L’homme de 41 ans, qui a déjà rénové une résidence datant de 1887 située sur le chemin de la Réserve à Chicoutimi, a profité d'une reprise de finance pour acquérir la maison Gauthier pour 90 000 $ alors que l’évaluation municipale est de 210 000 $.

C'est un projet qui va prendre cinq ou six ans. Elle n’est pas habitable.

Une citation de :François Tremblay, nouveau propriétaire de la maison Gauthier

Tout ce qui va être fait dans la maison, ce sera pour garder sa structure et l’améliorer pour qu’elle puisse perdurer des centaines d’années encore, explique-t-il.

La maison Gauthier se dresse sous un ciel bleu.

La maison Gauthier est inhabitée depuis plusieurs années.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

L'avenir du manoir au toit rouge, qui est placardé depuis un certain temps, inquiète les citoyens de Laterrière.

On avait peur que la maison soit démolie, mais s’il peut la ressusciter, ça va bien faire, lance Étiennette Ouellet qui a fait un arrêt pour rencontrer le nouveau maître des lieux en prenant sa marche quotidienne.

La maison Gauthier aura besoin de beaucoup d’amour. La tâche s’annonce colossale en raison de sa superficie de 4500 pieds carrés.

L'isolation des murs avec un enduit de chaux chanvre coûtera à elle seule près de 35 000 $.

Il faut être passionné. C’est une grande maison. Tout dépendamment de ce qu’on fait dedans, c’est un puits sans fond, souligne François Tremblay qui prévoit investir au bas mot 200 000 $ dans ses travaux de restauration.

Les fenêtres de la maison Gauthier ont été placardées. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La maison Gauthier fait partie de l'aire de protection patrimoniale du moulin du Père Honorat.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Heureusement, il pourra bénéficier du nouveau programme provincial de subventions pour le patrimoine bâti et de l’aide financière de la Ville de Saguenay.

C’est fini l’hémorragie. On a assez démoli de joyaux. On va s’occuper de notre patrimoine.

Une citation de :Michel Potvin, conseiller municipal de Saguenay

Après avoir fait le tour du propriétaire et constaté l’étendue des travaux nécessaires, le conseiller municipal Michel Potvin a promis à M. Tremblay de l’accompagner dans ses démarches pour sauvegarder ce trésor architectural.

Dès cet été, François Tremblay va réparer la maçonnerie pour éviter que des infiltrations d’eau n'endommagent davantage le bâtiment. Il doit entre autres dégager les poutres, à la demande d'un ingénieur, pour s’assurer que la maison ne s’affaisse pas.

Le rez-de-chaussée est délabré, mais il a découvert de petits trésors dans la salle de bain. Les anciens occupants ont conservé des souvenirs de la famille Gauthier dans une partie vitrée du plancher. On y retrouve des lettres, des bagues, une pipe, une canne et des photographies d’époque.

Des objets sont placés sous un plancher en vitre.

Un plancher vitré a été installé au rez-de-chaussée, montrant des souvenirs de la famille Gauthier.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Le premier étage est dans un bien meilleur état. Les boiseries, les portes et les plafonds d’origine pourront être conservés.

Au deuxième étage, de vieux journaux datant du 19e siècle sont collés sur les murs, sous la tapisserie qui tombe en lambeaux.

Des morceaux de vieux journaux sont collés sur un mur.

On retrouve de vieux journaux sur certains murs à l'intérieur de la maison.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

La charpente de bois observable au grenier est toujours parfaitement symétrique et démontre à quel point les constructions d’antan étaient solides.

Tout en préservant le cachet de la maison ancestrale qui se dresse dans le paysage de Laterrière depuis plus de 150 ans, François Tremblay rêve d’y ajouter une touche de modernité en aménageant notamment un jardin intérieur sur deux étages.

François Tremblay montre des poutres du toit.

Le nouveau propriétaire, François Tremblay, prévoit restaurer la maison.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

L’histoire de la maison et de la famille Gauthier

L'ancienne municipalité de Laterrière a été fondée par le père Jean-Baptiste Honorat en 1846. En construisant un moulin à bois et à farine, cet oblat voulait mettre fin au monopole des compagnies forestières anglophones Price et McLeod qui exploitaient les colons francophones. C’est ainsi que le village de Laterrière est devenu la première colonie libre d'Amérique.

C’est le berceau de la théologie de la libération.

Une citation de :Camil Girard, historien

Le navigateur Jules Gauthier, un colon de Charlevoix originaire de Normandie, avait conduit le père Honorat au Saguenay. Lorsque l’oblat a été chassé de la région, il a racheté ses terres et son moulin.

En 1868, Jules Gauthier a construit son immense maison avec des pierres provenant du lac des Pères pour la somme de 700 piastres. Il y avait 27 personnes à la table chez lui! La petite maison de bois du père Honorat ne suffisait plus.

Le père Jean-Baptiste Honorat apparaît sur une photographie.

Le père Jean-Baptiste Honorat a fondé Laterrière dans un esprit d'indépendance.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

La maison Gauthier apparaît sur une vieille photographie.

La maison Gauthier fait partie du paysage de Laterrière depuis 1868.

Photo : Fonds Jules Gauthier, 90.8.98

On a sorti des pierres pour l’église et on a bâti la maison en parallèle. Alors, on a fait d’une pierre deux coups, relate l’historien Camil Girard.

Pas moins de six générations de la famille Gauthier ont habité dans l'imposante résidence. La dernière d'entre elles a été celle de l’ex-ministre Françoise Gauthier.

C’était la maison du bonheur, c’était une maison où tout le monde était bienvenu.

Une citation de :Françoise Gauthier, ancienne ministre

Beaucoup de gens demandaient s’ils pouvaient visiter et maman disait tout le temps oui, raconte celle qui avait aménagé ses quartiers d’été dans la mansarde avec ses sœurs.

L'ex-ministre Françoise Gauthier se trouve à l'extérieur.

L'ex-ministre Françoise Gauthier habite à proximité de la maison où elle a grandi.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

C’est autour de la maison Gauthier que le village s’est développé. Jusqu’à quatre ménages y ont résidé en même temps. Une trentaine d’employés de la ferme et du moulin y mangeaient aussi. La famille Gauthier incarnait l’esprit libre des fondateurs de Laterrière.

Il n’y avait pas de lutte de classes. Très tôt, on a été éduqué comme ça, à partager avec les employés de la ferme ou ceux du moulin. Je me souviens aussi que mes parents n'ont jamais fait de distinction entre les gars et les filles. J’ai été confrontée à de la discrimination face aux femmes pour la première fois avec mes clients sur le marché du travail, explique l’ancienne avocate Françoise Gauthier.

Des vaches se nourrissent près de la maison.

Jules Gauthier était accoutumé à rester dans des bâtisses énormes en France. Encore aujourd'hui, la maison qu'il a érigée à Laterrière frappe l'imaginaire.

Photo : Société historique du Saguenay, FPH65,P05388

Après le décès de leur mère en 2003, les membres de la famille de Françoise Gauthier était déchirés. Avant d'avoir un consensus pour vendre la maison, ça a pris énormément de temps parce que j’aurais souhaité que ça reste dans la famille, soutient Mme Gauthier.

En 2009, un incendie a ravagé une partie de la propriété. L’année suivante, les héritiers l’ont mise en vente. Ensuite, deux propriétaires se sont succédé avant que François Tremblay ne la rachète.

Un circuit patrimonial à Laterrière?

La maison Gauthier est située à deux pas du moulin du Père-Honorat qui a été complètement restauré dans les années 1970 par Hélène Vincent.

Le moulin du Père-Honorat est en bon état.

Le moulin du Père-Honorat, construit à Laterrière en 1846, est classé immeuble patrimonial par le ministère de la Culture et des Communications du Québec.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Le mécanisme du moulin est immobile.

Les vestiges du moulin ont été préservés.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Le monument historique est à vendre depuis quelques années. Le prix affiché est de 895 000 $. Sa propriétaire rêve qu’il devienne un endroit public. Elle souhaiterait qu'il accueille un centre d’arts ou un musée, qu'il devienne un arrêt pour les cyclistes et pour les touristes, avec des concerts à l'extérieur et des sentiers de randonnée.

C’est patrimonial, donc, je me dis que ça appartient au peuple.

Une citation de :Marie Gendron, propriétaire du moulin du Père-Honorat

Le conseiller municipal Michel Potvin croit qu’il y a une occasion à saisir pour la Ville de Saguenay. Le but, c’est que les citoyens se souviennent de leur histoire, qu’ils s’en imprègnent, dit-il. Il demande à la population de lancer des idées pour trouver une nouvelle vocation au moulin qui pourrait s'insérer dans un projet plus vaste de valorisation du patrimoine architectural de Laterrière.

Marie Gendron se trouve devant le moulin.

La propriétaire du moulin, Marie Gendron, croit qu'un panneau pourrait être installé à la sortie de la réserve faunique des Laurentides, à Laterrière, pour souhaiter la bienvenue aux visiteurs dans la première colonie libre d'Amérique du Nord.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Plusieurs citoyens aimeraient d'ailleurs qu’un circuit patrimonial voit le jour. Il pourrait inclure le moulin, l’église, la maison Gauthier et d’autres résidences ancestrales. Au moment où elle était mairesse de Laterrière, Françoise Gauthier caressait déjà ce projet.

Je trouve dommage qu’on perde un peu notre âme ici à Laterrière. On le dit, c’est la première colonie libre en Amérique française et ce n'est pas banal. Mais, il n’y a pas beaucoup de monde qui sait ça, affirme-t-elle.

L’historien Camil Girard assure que toute la documentation existe déjà pour faire connaître l’histoire singulière de ce village et de son patrimoine bâti.

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