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La pandémie a renforcé la collaboration entre scientifiques et communautés inuit

« Cela signifie beaucoup pour nous, Inuit, de pouvoir mener des recherches au nom de scientifiques. »

Une femme regarde un voilier au loin.

Des scientifiques seront de retour au Nunavut cet été pour effectuer des recherches sur le terrain. Pendant la dernière année, plusieurs d'entre eux ont compté sur l'expertise de membres de communautés inuit pour continuer leurs travaux à distance.

Photo : Photo fournie par Maya Bhatia

Des scientifiques se préparent à mettre le cap sur le Nunavut, cet été, pour reprendre leurs recherches sur le terrain. Si la pandémie a freiné le travail de bon nombre de chercheurs durant la dernière année, plusieurs s’entendent pour dire qu’elle a permis de donner un plus grand ou rôle aux communautés du territoire.

Alex Flaherty est le fondateur de Polar Outfitting, une compagnie d’excursions d’Iqaluit qui offre notamment des sorties de chasse et de pêche.

Depuis qu’il a terminé le Programme de technologie environnementale du Collège de l'Arctique du Nunavut, en 2008, il est régulièrement sollicité par des scientifiques au Canada et à l’étranger pour les épauler dans leur travail sur le terrain.

Cela signifie beaucoup pour nous, Inuit, de pouvoir mener des recherches au nom de scientifiques, dit-il.

Alex Flaherty dans une rue d'Iqaluit.

Alex Flaherty collabore avec des scientifiques depuis près de 15 ans.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Puisque les restrictions sanitaires en vigueur au Nunavut au courant de l’été 2020 n’ont pas permis à des scientifiques d’entrer au territoire, Alex Flaherty a été particulièrement occupé durant la dernière année.

Il travaille notamment avec le réseau de recherche Ocean Networks Canada (ONC), de l'Université de Victoria, en Colombie-Britannique, et le ministère fédéral des Pêches et des Océans pour étudier l’impact de la construction du port en eaux profondes d’Iqaluit sur l’environnement.

Nous mettons notre connaissance et notre expertise à profit tout en suivant des formations virtuelles et des visioconférences pour apprendre à utiliser ce type d’équipement avant d’envoyer les données [aux scientifiques], raconte-t-il, au lendemain d’une journée d’échantillonnage effectuée avec son fils.

Un homme et un adolescent se tiennent debout sur la baie de Frobisher en tenant une tarière à glace.

Alex Flaherty (à droite) et son fils, Lyle Lewis (à gauche), s'apprêtent à faire un trou dans la glace pour prélever des échantillons d'eau.

Photo : Photo fournie par Alex Flaherty

De retour sur le terrain

Contrairement à l’été dernier, le gouvernement du Nunavut autorise, cette année, des scientifiques de l’extérieur du Nunavut à entrer au territoire pour effectuer de la recherche, à condition qu’ils s’isolent pendant 14 jours dans un centre de quarantaines du sud du pays.

Maya Bhatia est professeure adjointe au Département des sciences de la terre et de l’atmosphère de l’Université de l’Alberta. Nous l'avons jointe à Edmonton, qu’elle quittera dans quelques semaines pour le Nunavut. Au bout du fil, elle a du mal à cacher son impatience de goûter à nouveau au travail sur le terrain.

Dans le cadre de notre recherche, nous nous rendrons dans le détroit de Jones, où nous nous pencherons sur les zones libres de glaces et celles qui ne le sont pas, résume-t-elle.

Aux côtés de cinq autres scientifiques, elle poursuivra ainsi un projet de recherche collaboratif piloté depuis 2019 par l’Université d’Ottawa, l’Université de Toronto et l’Université de l’Alberta.

Nous nous intéressons principalement à l’interaction entre l’océan et les glaciers, poursuit-elle. L’équipe étudie l’impact de la fonte des glaces sur l’écosystème marin en mesurant notamment la teneur en nutriments dans l’eau.

Maya Bhatia se tient sur un glacier près de Grise Fiord, au Nunavut.

Professeure adjointe à l'Université de l'Alberta, Maya Bhatia sera de retour à Grise Fiord au mois de juillet, un an après avoir été privée de travail sur le terrain en raison de la crise sanitaire.

Photo : Photo fournie par Maya Bhatia

Contrecoups de la pandémie

Les chercheurs auront du pain sur la planche pour rattraper le retard de la dernière année. Maya Bhatia admet que la crise sanitaire a eu un impact immense sur la recherche dans le Nord, en raison de l’impossibilité, pour les scientifiques, de poursuivre leur collecte de données sur le terrain.

La contribution du scientifique français Éric Brossier, qui se trouvait dans la communauté d’Arctic Bay lorsque la pandémie a éclaté, en mars 2020, a toutefois aidé l’équipe à poursuivre ses travaux sans interruption.

[Ma famille et moi étions] étions déjà sur place, donc on a eu l’autorisation de naviguer, raconte-t-il. Joint à Ottawa, il termine actuellement sa quarantaine obligatoire avant d’entrer au Nunavut.

Il se dit chanceux d’avoir pu continuer à documenter les changements qui ont cours dans la région. L’Arctique est une région très sensible, c’est une vraie sentinelle du climat, explique-t-il. D’une année à une autre, on observe beaucoup de changements.

Éric Brossier tient un treuil à bord de son voilier.

L'ingénieur en océanographie Éric Brossier, près de l'île d'Ellesmere, au Nunavut, durant l'été 2020.

Photo : France Pinczon du Sel/Photo fournie par Éric Brosser

Depuis le début de l’année, l’Institut de recherche du Nunavut (IRN) a octroyé 72 permis liés à des travaux de recherches dans le secteur des sciences sociales, environnementales et de la santé.

Une proportion importante d’entre elles seront effectuées à distance, précise le directeur de la recherche et du développement de politiques à l’IRN, dans un échange de courriels. Il affirme que l’IRN octroie habituellement 120 permis de recherches par année.

Relation de confiance

Maya Bhatia affirme que la pandémie a complexifié la capacité de son équipe à bâtir un lien de confiance avec la communauté de Grise Fiord. Pour établir un lien, il faut être présent, dit-elle. Mais il est difficile d’être présent quand on ne peut pas se rendre sur place.

Cet été, l’équipe compte travailler avec Ausuittuq Adventures, une compagnie qui offre des excursions de plein air aux alentours de la communauté.

Je pense qu’il y a une tendance de plus en plus accrue de scientifiques à faire appel à des entreprises de plein air [...] et c’est tout à fait logique, soutient la professeure adjointe.

Elle croit d’ailleurs que cette collaboration accrue permet aux experts d’obtenir des données en continu tout au long de l’année, plutôt que de se limiter à celles qui sont recueillies sur place durant la saison estivale.

Généralement, les scientifiques se rendent sur le terrain en été, alors nos données sont très partiales, admet-elle.

En élargissant la fenêtre de notre base de données, nous ajoutons une valeur significative à notre recherche scientifique, assure Maya Bhatia.

Trois chercheurs se tiennent au somme d'une montagne, sur l'île Devon.

De gauche à droite, les chercheurs Erin Bertrand, Maya Bhatia et David Burgess. Cette image les montre en train de mesurer l'évolution du panache de décharge d'eau du glacier Sverdrup, sur l'île Devon, au Nunavut, à l'aide d'une caméra à intervalles.

Photo : Photo fournie par Maya Bhatia

Alex Flaherty croit que cette tendance profite à tous. Malgré les bouleversements que la crise sanitaire a occasionnés, il croit qu’elle a surtout donné plus de pouvoir aux populations locales dans la recherche scientifique.

Ça a été le côté positif de la COVID-19, dit-il, un sourire en coin. Nous sommes les gardiens du territoire. Alors il est tout à fait logique que l’on donne un rôle plus important aux Inuit dans le secteur scientifique.

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