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Pénurie d’infirmières : un obstacle de plus se dresse sur le parcours des recrues

Les examens prévus en juillet ont été devancés de six semaines.

Quatre employés médicaux marchent de dos dans un couloir d'hôpital.

Les finissantes en sciences sinfirmière du Nouveau-Brunswick auront quelques semaines de moins pour se préparer à passer l'examen NCLEX cette année (archives).

Photo : iStock

Pascal Raiche-Nogue

Les finissantes en sciences infirmière du Nouveau-Brunswick auront moins de temps que prévu pour se préparer à passer leur examen d’immatriculation. Cet obstacle supplémentaire se dresse sur leur chemin alors que la province est aux prises avec une grave pénurie d’infirmières.

Chaque année, les infirmières ayant terminé leur formation universitaire étudient pendant des semaines à l’approche du plus important test de leur carrière : le NCLEX. Elles doivent réussir ce redoutable examen pour décrocher leur immatriculation et avoir l'autorisation de pratiquer.

Cet été, comme à l’habitude, l’examen devait être offert à Fredericton en juillet. Les sessions ont cependant été devancées de six semaines. Elles auront lieu du 19 mai au 14 juin.

Cela place les finissantes dans une position difficile, explique la directrice de l’École réseau de sciences infirmière de l’Université de Moncton, Suzanne Harrison.

C’est certain qu’elles ont moins de temps de préparation. [...] Ça leur prend au moins six à huit semaines pour être capable de bien se préparer, dit-elle.

Elle explique que la plupart des finissantes ont terminé leur dernier stage à la fin avril. Cela leur donne très peu de temps pour réviser la matière et mettre toutes les chances de leur côté en prévision du NCLEX, un examen de six heures.

Je suis vraiment inquiète pour eux, parce qu’ils disent "on va essayer!" Mais c’est un examen "high stakes”, comme on dit en anglais. Ça coûte cher. Et les statistiques démontrent que le plus de fois tu écris cet examen-là, moins tu as de chances de réussir.

Une citation de :Suzanne Harrison, directrice de l’École réseau de sciences infirmière de l’Université de Moncton

Les finissantes qui veulent avoir plus de temps peuvent attendre les prochaines dates d’examen à Fredericton, prévues en octobre. En attendant, elles peuvent travailler avec une immatriculation provisoire, qui leur permet de faire certaines interventions en milieu hospitalier.

Elles peuvent aussi tenter d’aller passer le NCLEX à Halifax, où se trouve le seul centre d’examen permanent dans les provinces maritimes. Mais les déplacements sont déconseillés par la santé publique en raison de la pandémie et cela signifie qu’elles doivent s’isoler pendant 14 jours à leur retour au Nouveau-Brunswick.

Suzanne Harrison en entrevue dans son bureau.

Suzanne Harrison est la directrice de l'école de sciences infirmière Université de Moncton (archives).

Photo : Radio-Canada

Pour moi, octobre est trop loin. Tu veux être le plus proche de tes études et être capable d’étudier. C’est vraiment un dilemme, affirme Suzanne Harrison.

Elle conseille à ses étudiantes de voir si elles peuvent aller le passer à Halifax, plus tard cet été, lorsque le nombre de cas actifs de COVID-19 sera à nouveau sous contrôle.

On essaie de travailler avec le gouvernement. J’ai envsoyé des courriels pour voir si – lorsque les choses vont se calmer à Halifax – il serait possible d'avoir une passe pour que nos étudiants n’aient pas besoin de s’isoler. Mais on ne sait pas, ce n’est pas garanti.

Elle rapporte que les écoles n’ont pas été consultées par l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick (AIINB) avant le devancement des dates d’examen. L’Université de Moncton l’a appris par l’entremise d’un étudiant, à la mi-mars.

Suzanne Harrison a d’ailleurs fait part de ses frustrations, mardi dernier, lors de l’assemblée générale annuelle de l’AIINB.

J’ai parlé de ma grande déception du manque de transparence et du manque de collaboration de notre association professionnelle avec nous autres. S’ils nous avaient consultés, on leur aurait dit que nos étudiants n’ont pas fini et que ça n’a pas de sens d’avancer les dates comme ça.

La co-porte-parole du Groupe d’infirmières et d’infirmiers francophones du Nouveau-Brunswick, Véronique Landry, affirme pour sa part que cette situation n’est pas acceptable.

C’est certain qu’il s’agit d’un obstacle supplémentaire à l’entrée à la profession d’infirmière. Et en plus, on ne crée pas les conditions optimales de réussite pour nos candidates, dit-elle.

C’est encore un autre obstacle

Un livre de préparation à l'examen d'immatriculation des infirmières.

L'examen NCLEX a été adopté en 2015 par l'Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick (archives).

Photo : Radio-Canada

Le changement de dates est un dur coup pour les finissantes de l’Université de Moncton, qui se trouvent face à un choix difficile. C’est le cas de Marie-Ève Beaulieu, de Noémie Simon et de Julie LeBouthillier.

Elles ont récemment terminé leur dernier stage et ont déjà déniché un emploi. Les deux premières au CHU Dumont de Moncton, la troisième au sein du Réseau de santé Vitalité dans la Péninsule acadienne.

Tout de suite, je suis triste. C’est une carrière que j’ai toujours voulu faire, j’ai l’emploi de mon rêve, ils m’attendent, ils sont prêts à m’accueillir, et là, c’est encore un autre obstacle.

Une citation de :Marie-Ève Beaulieu, finissante en sciences infirmière à l'Université de Moncton

Noémie Simon est dans le même bateau. Je trouve ça triste. On est prêtes à travailler. La plupart de nous veulent travailler et ont hâte de travailler. Surtout dans une pénurie d’infirmières. Mais on ne peut pas. On n’est pas capables, dit-elle.

Julie LeBouthillier explique que la situation est particulièrement stressante pour elle et ses collègues de classe. Celles qui passeront l’examen NCLEX en mai ou en juin auront très peu de temps pour s’y préparer.

En cinq ou six semaines, il faut assimiler toute la matière d’un bac de quatre ans. C’est pas possible, après un bout. C’est peut-être juste trop nous demander. Je pense qu’ils n’ont pas réalisé ça quand ils ont fait les dates.

D’autant plus que la plupart des finissantes francophones se préparent au moins en partie dans leur seconde langue puisqu’il existe moins de ressources préparatoires (comme des banques de questions) en français qu’en anglais.

Étudier en anglais, c’est pas évident. Je viens de la région de la Péninsule, j’ai appris l’anglais, mais je ne suis pas bilingue à 100%. Je fais du mieux que je peux, explique Julie LeBouthillier.

Ces trois finissantes ne veulent pas se mettre leur ordre professionnel à dos. Elles veulent simplement que cette situation difficile soit réglée.

Nous autres, on a choisi cette carrière-là pour aider les gens. On voit que les gens nous ont besoin, on veut aller les aider et on ne peut pas. Nous, on veut juste une solution. On ne veut pas blâmer personne. [...] On veut juste plus de dates et des dates raisonnables en juin et en juillet, dit Marie-Ève Beaulieu.

L’ordre professionnel explique sa décision

Radio-Canada a demandé une entrevue à l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick (AIINB) afin de mieux comprendre ces changements.

Sa cheffe des communications et des relations gouvernementales, Jennifer Whitehead, nous a fait parvenir une longue déclaration écrite.

Elle explique que chaque année, l’AIINB négocie les dates de disponibilité du NCLEX avec l’entreprise qui l’administre, Pearson VUE. Cette dernière offre des examens à Fredericton trois fois par an, habituellement en février, en juillet et en octobre.

Le calendrier est le même depuis plusieurs décennies. Les dates d’ouverture du centre varient quelque peu chaque année, généralement en raison de la disponibilité de surveillants d’examen bilingues, affirme Jennifer Whitehead.

Elle explique que lors des dernières négociations, au début de 2021, le Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick et des diplômées ont fait part de leurs préoccupations quant à la longue période entre les accès prévus en février et en juin.

En réponse à ces inquiétudes, la période d’accès de juillet a été devancée en mai-juin, lit-on dans la déclaration de la porte-parole de l’AIINB.

Elle note qu’à l’époque, on s’attendait à la réouverture de la bulle atlantique en mai 2021. Cette réouverture aurait permis aux infirmières diplômées néo-brunswickoises de se rendre au centre d’examen permanent d’Halifax à leur convenance, comme l’ont fait la moitié des candidates en 2020.

Jennifer Whitehead rapporte que l’AIINB négocie actuellement une deuxième période d’accès plus tard au cours de l’été. Mais rien n’est encore coulé dans le béton. Les diplômées seront informées des éventuels changements en temps et lieu.

Nous avons aussi tendu une perche à Pearson VUE et au Réseau de santé Vitalité afin de recueillir leurs commentaires, sans succès.

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