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Un paquet de bacon contre un CV chez Nutrinor

Deux hommes parlent dans un stationnement derrière un paquet de bacon en gros plan.

Les candidats qui postulaient mercredi et jeudi recevaient un paquet de bacon.

Photo : Radio-Canada / Lynda Paradis

Laurie Gobeil

La coopérative Nutrinor a remis gratuitement un paquet de bacon aux candidats qui ont apporté leur curriculum vitae, mercredi et jeudi, dans le but de postuler pour l’un des emplois offerts par l’entreprise.

La campagne de recrutement pour le moins inusitée avait été médiatisée entre autres sur les réseaux sociaux.

Les intéressés ont pu se rendre aux usines d’Alma ou de Saint-Coeur-de-Marie pour en apprendre davantage sur les conditions offertes par l’entreprise régionale en plus de repartir avec l’un de ses produits vedettes. Dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre, les entreprises font maintenant des pieds et des mains pour tenter d'attirer du personnel.

Nutrinor a reçu une quinzaine de CV pendant les deux jours de recrutement.

Le coordonnateur principal des opérations, section charcuterie, Jérémie Cloutier, explique que cette offensive particulière a pris naissance à partir d’un jeu de mots.

C’est comme si on disait aux gens: "Viens faire le bacon en échange d’un paquet de bacon." On trouvait que c'était de bonne guerre d'inviter les gens à venir chercher un paquet de bacon et peut-être repartir avec un emploi, raconte-t-il.

Afin de poursuivre ses objectifs de développement, Nutrinor a actuellement entre 15 et 20 postes à pourvoir et offre, selon le coordonnateur, des conditions de travail attrayantes.

On met de l'avant avec notre campagne, que nous avons un salaire d'entrée pour un manoeuvre de 16,50 $. Ça peut aller jusqu'à 24 $ de l'heure. On a aussi beaucoup d’avantages concurrentiels pour nos employés. Ce que l’on souhaite, c’est avoir plus de monde pour pouvoir saisir plus d’opportunités sur les différents marchés, indique-t-il.

Aucun diplôme n’est requis. L’entreprise dispense les formations nécessaires aux employés.

Une affiche d'embauche devant une usine.

La campagne de recrutement s'est déroulée aux usines d'Alma et Saint-Coeur-de-Marie

Photo : Radio-Canada / Lynda Paradis

Une stratégie efficace

Pour le professeur en marketing à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Damien Hallegatte, cette stratégie s'inscrit dans ce que les spécialistes appellent le marketing RH, pour marketing ressources humaines.

Ils [les employeurs] travaillent ce que l'on appelle leur marque employeur sur le long terme. Ils essaient d'être attirants pas seulement pour les clients, donc la marque qui attire les consommateurs pour acheter leurs produits, mais les employeurs veulent être attirants aussi pour les candidats potentiels.[..] Le marketing RH se développe sur la pénurie de main-d'oeuvre comme le marketing s'est développé sur la pénurie de clients finalement, mentionne M. Hallegatte.

Selon lui, les avantages de cette offensive sont manifestes : originale, drôle et efficace. Elle présente un produit commercialisé par l'entreprise, en plus de créer un contexte d'embauche bien particulier.

Aller porter un CV, il y a un petit côté stressant. C'est rarement amusant d'aller porter un CV. Mais dans ce cas-là, il y a un petit côté ludique, il y a un côté jeu. On va aller porter notre CV! Il y a plus de chances après si on fait une offre au candidat, qu’il ait envie de travailler, croit le professeur. 

Un seul risque à utiliser une stratégie comme celle-là existe, selon Damien Hallegatte. Si par exemple, il y a plein de gens qui viennent donner leur CV seulement pour avoir un paquet de bacon, l’entreprise se retrouve avec une panoplie de CV à trier, explique-t-il.

Avec le nombre de postulants connu, l’entreprise attend quand même avant de faire le bilan de cette activité. Les responsables souhaitent que les répercussions, notamment grâce à la publication sur Facebook, donnent des résultats à moyen terme.

Le professeur de marketing de l'UQAC, Damien Hallegatte

Le professeur de marketing de l'UQAC, Damien Hallegatte

Photo : Radio-Canada

Utiliser les médias sociaux

D'autres entreprises utilisent leur communauté virtuelle pour tenter de combler leurs postes. La boutique Au Petit Cordonnier, à Chicoutimi, a déjà utilisé ses médias sociaux pour faire des concours autant que pour recruter des employés. C’est la première fois cette semaine que l’entreprise organise un concours, spécifiquement pour rejoindre plus de futurs candidats.

Nous avons deux postes à combler actuellement. On a une clientèle qui est très fidèle sur Facebook. On a près de 10 000 abonnés. Les gens adorent les concours. J'ai toujours une belle réponse, alors j'ai décidé de joindre les deux côtés, souligne la responsable des médias sociaux Au Petit Cordonnier, Stéphanie Tremblay.

Que des bons-cadeaux soient offerts ou que des prix soient tirés, les résultats semblent concluants avec les deux options.

Il y des études qui démontrent que quand quelque chose est gratuit, les gens deviennent irrationnels. Juste pour avoir un paquet de bacon gratuit, on va y aller juste pour ça. Même si ça nous coûte plus cher d'essence, que l'on habite super loin, que ça nous coûte plus cher que ce que nous coûterait le bacon à l'épicerie, on va le faire quand même, conclut le professeur de marketing, Damien Hallegatte.

3500 postes vacants

La crise sanitaire a bouleversé le marché du travail et certains secteurs d’activité ont été davantage affectés par les impacts de la pandémie.

Pour d’autres, comme le secteur manufacturier, des soins de santé et de l’agroalimentaire, les besoins en matière de main-d’œuvre sont très importants. On dénombre actuellement environ 3500 postes vacants dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

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