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Problème informatique dans l’armée : des tonnes d’images médicales inaccessibles

Radiographie d'une mâchoire humaine

Une radiographie (archives)

L’armée canadienne n’a plus accès à d’innombrables fichiers d’imagerie médicale de ses membres partout au pays, a appris Radio-Canada. Des dizaines, voire des centaines de milliers de radiographies, d’ultrasons et d’IRM seraient touchés. La situation, jugée grave par plusieurs sources, dure depuis plus d’un mois.

Un problème informatique survenu au début du mois d’avril serait en cause, mais Radio-Canada n’a pas été en mesure de confirmer s’il s’agit d’une attaque informatique, d’un bris de serveur ou d’une panne, par exemple.

Toutefois, la source du problème se trouve dans le système d’archivage et de transmission d’images (surnommé PACS, pour Picture Archiving and Communication System, en anglais) des Forces armées canadiennes.

Il s’agit d’un système à l’intérieur duquel les images médicales des Forces sont stockées depuis le milieu des années 2000. C’est aussi le système qui permet au personnel médical de l’Armée de consulter et de partager ces fichiers.

Selon nos informations, environ 80 % de tous les fichiers contenus dans le PACS sont actuellement inaccessibles.

Très inquiétant

Le directeur du Groupe de défense des intérêts des anciens combattants, Sylvain Chartrand, juge cet état de situation très inquiétant.

L’homme de 52 ans, lui-même un ex-soldat ayant notamment servi en Bosnie, craint que des fichiers d’imagerie médicale soient perdus à jamais. Ça aurait un impact significatif, entre autres pour les soldats qui ont été blessés en service, croit M. Chartrand.

Avec le ministère des Anciens Combattants, c'est avec des données antérieures [...] qu'ils vont déterminer l'accessibilité aux soins que le vétéran va avoir, donc c'est extrêmement grave si ces données-là ont été perdues!

Une citation de :Sylvain Chartrand, directeur du Groupe de défense des intérêts des anciens combattants
Sylvain Chartrand est le directeur du Groupe de défense des intérêts des anciens combattants. Il est en entrevue sur Internet.

Sylvain Chartrand, directeur du Groupe de défense des intérêts des anciens combattants

Photo : Skype / Capture d'écran

Une source ayant déjà travaillé pour les services de santé de l’Armée canadienne, qui a demandé à ce qu’on protège son identité, abonde dans le même sens. Elle craint notamment pour les soldats qui ont servi en Afghanistan.

Il y a des gens en ce moment qui font des demandes pour des indemnités auprès d’Anciens Combattants Canada. Ils ont besoin des archives de leurs années dans l’armée! Mais s’il n’y a plus de preuves, qu’est-ce qu’ils vont se faire dire?

Inacceptable

Sylvain Chartrand ne comprend pas qu’il n’ait pas été mis au courant du problème avant d’être contacté par Radio-Canada. Il exige plus de transparence de la part des Forces armées.

S'il y a quelque chose, et ça dure depuis un mois, c'est inacceptable que les acteurs dans ce dossier-là n'aient pas communiqué, tonne-t-il.

Steve Waterhouse, ancien officier de sécurité informatique au ministère de la Défense nationale, croit lui aussi que les officiers des Forces armées et les vétérans auraient dû être avisés.

Gérer la sécurité par l’obscurité, je le dénonce toujours, ça n’a pas sa place.

Une citation de :Steve Waterhouse, ancien officier de sécurité informatique au ministère de la Défense nationale
L'invité dans une salle de nouvelles regarde l'objectif.

Steve Waterhouse, ancien officier de sécurité informatique au ministère de la Défense nationale et spécialiste en cybersécurité

Photo : Radio-Canada

Un problème plus grave?

M. Waterhouse s’explique également plutôt mal qu’un système aussi important que le PACS n’ait pas encore été remis en fonction.

Qu'il n'y ait pas eu restauration plus rapide, ça dénote à ce moment-là qu'il y a peut-être un problème plus grave sous-jacent, dit-il, soulevant du même coup quelques hypothèses.

[Soit] c'est un problème très grave qui nécessite de rebâtir au complet le système, ce qui n'est pas souhaitable, mais [peut-être que] c'est aussi un manque de ressources humaines ou techniques qui empêche la récupération rapide du système.

Les Forces armées canadiennes ont décliné la demande d’entrevue de Radio-Canada. Par courriel, cependant, l'organisation dit qu'elle enquête toujours pour connaître l'origine du problème.

Bien que nous enquêtions toujours, l’enjeu n’est pas le résultat d’un cyber incident ou d’un accès inapproprié aux données, mais plutôt une erreur technologique.

Une citation de :Extrait d'un courriel des Forces armées canadiennes

L'organisation confirme qu'elle à pied d'œuvre pour tenter de réparer le PACS et retrouver l’accès au plus grand nombre de fichiers d’imagerie médicale possible.

Les Forces assurent aussi qu'elles entament un processus de communication avec leurs membres pour les aviser de la situation.

Nous demeurons engagés envers la santé et le bien-être de nos membres et regrettons tout inconvénient que cette situation peut causer, ajoutent les Forces armées par écrit.

Dossiers médicaux intacts

Il semble par ailleurs que les dossiers médicaux des membres des Forces armées ont été complètement épargnés, puisqu’ils ne sont pas dépendants du PACS.

C’est une bonne nouvelle, selon le médecin militaire à la retraite Marc Dauphin. Ce qui est important, c'est le dossier médical, dans lequel va apparaître l'interprétation du radiologiste, insiste-t-il.

M. Dauphin explique en effet que lorsqu’un ancien combattant fait une demande d’indemnisation, le ministère va davantage se fier au rapport du radiologiste plutôt qu’aux fichiers d’imagerie médicale.

Il reconnaît néanmoins que si des images médicales sont perdues, cela pourrait poser problème dans des circonstances bien précises, comme lorsque le radiologiste a fait une erreur en analysant une radiographie.

Ce sont des cas d'exception, mais ça peut arriver.

Une citation de :Marc Dauphin, médecin militaire à la retraite
Marc Dauphin est médecin militaire à la retraite depuis 2013.

Marc Dauphin est médecin militaire à la retraite depuis 2013.

Photo : Stéphane Lafrance

M. Dauphin a lui-même eu à utiliser le PACS lorsqu’il a été envoyé en Afghanistan et il reconnaît qu’il s’agit d’un outil important, utilisé quotidiennement. C’est un gros morceau.

Selon nos informations, en attendant que le PACS redevienne fonctionnel, certains examens médicaux ne peuvent pas être faits sur les bases militaires, actuellement.

Des membres sont donc envoyés dans des hôpitaux civils plus souvent qu’à l’habitude, ce qui risque d’entraîner des coûts additionnels pour les Forces armées canadiennes.

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