•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

En Alberta, la troisième vague de la pandémie laisse le personnel soignant épuisé

Une infirmière et une bénévole de Services de santé Alberta sont assises dans un couloir d'hôpital.

Le personnel hospitalier de l'Alberta se dit épuisé par la troisième vague de la pandémie.

Photo : Leah Hennel/AHS

Radio-Canada

Alors que le personnel soignant albertain fait face, en première ligne, à la pandémie depuis plus d’un an, nombreux sont ceux qui se disent épuisés, traumatisés et surmenés.

Avec la troisième vague de COVID-19, les cas d’hospitalisation et le nombre de personnes aux soins intensifs atteignent des nombres records dans les hôpitaux albertains. Souvent, ces patients sont aussi plus jeunes et plus malades que ce qui s'est passé durant les deux premières vagues.

Cette situation laisse de nombreux soignants démunis.

C’est triste et j'ai l'impression que nous sommes dans un marathon qu’il faut finir, raconte Neeja Bakshi, une spécialiste de la médecine interne et médecin de l’unité COVID-19 à l'Hôpital Royal Alexandra d’Edmonton.

La docteure Neeja Bakshi portant son équipement de protection personnelle.

La Dre Neeja Bakshi dit que son épuisement face à la troisième vague de la pandémie se manifeste sous la forme d'apathie.

Photo : Neeja Bakshi

Selon elle, la troisième vague est décourageante parce qu'elle arrive quelques mois seulement après le pic de la deuxième vague, qui l’avait déjà beaucoup éprouvée.

Je n’ai pas eu l’occasion d’encaisser ce que j'avais vu, ce dont j'avais été témoin, ce que j'avais vécu. Et c'est ainsi que la colère s'est manifestée. C'est devenu de l'apathie, en particulier envers ma famille.

Une citation de :Neeja Bakshi, médecin à l'Hôpital Royal Alexandra

Elle se rappelle même avoir dit à un proche que plus rien ne lui procurait de la joie en ce moment. Elle est alors allée consulter et a reçu un diagnostic de stress post-traumatique.

Aujourd’hui, en pleine troisième vague, elle entend de plus en plus de collègues qui traversent les mêmes difficultés qu’elle et ne savent pas comment exprimer leur mal-être. Cela touche beaucoup de gens, à tel point que certains refusent des quarts de travail ou prennent des congés en raison du stress.

Un contexte différent par rapport à la 2e vague

Cette troisième vague arrive dans un contexte très particulier dans les hôpitaux : les employés se sentent déjà épuisés physiquement et émotionnellement, les patients sont plus jeunes, et leur état de santé se dégrade plus rapidement, et le manque de personnel se fait davantage ressentir.

Nous avons peur d'arriver au travail et de ne pas pouvoir répondre aux besoins de santé de nos patients, témoigne Matthew Douma, infirmier aux urgences d'Edmonton et professeur adjoint en soins intensifs à l'Université de l'Alberta.

Matthew Douma, en tenue d'infirmier, à l'extérieur.

Matthew Douma, infirmier au service des urgences d'Edmonton, affirme que le personnel éprouve un sentiment de crainte à l'idée de ne pas pouvoir répondre aux besoins des patients en matière de soins.

Photo : Matthew Douma

Selon lui, les infirmières doivent prendre soin de plus de patients, et ce, en disposant de moins de temps.

Nous prenons cela vraiment à coeur, nous essayons tellement fort, mais nous ne pouvons qu’échouer... Nous rapportons cela à la maison. Et puis nous devons nous lever le lendemain et revivre le même scénario, déplore-t-il.

Selon M. Douma, les infirmières qui voyaient déjà les effets de la crise des opioïdes lorsque la pandémie a frappé sont confrontées à une quantité traumatisante de décès.

Certaines infirmières voient le nombre de morts qu'on voit durant toute une carrière en quelques années, ajoute-t-il.

Davantage d’employés cherchent à se faire aider

Tout cela laisse les travailleurs de la santé aux prises avec une grande détresse morale, selon Shannon Ruzycki, spécialiste en médecine interne et directrice associée du programme de bien-être et de vitalité des médecins à l’école de médecine Cumming de l'Université de Calgary.

Nous constatons des taux plus élevés d'épuisement professionnel, d'anxiété et de problèmes de santé mentale, qui s'intensifient pendant la pandémie.

Simon Demers-Marcil agenouillé, au téléphone.

Lors de la deuxième vague, en novembre 2020, le Dr Simon Demers-Marcil, du Centre Peter-Lougheed de Calgary, annonce le décès d'un patient à sa famille.

Photo : AHS/Leah Hennel

L’Association médicale de l’Alberta voit elle aussi davantage de membres s’adresser à elle pour obtenir de l'aide. Alors qu’ils étaient 196 médecins à demander un soutien en santé mentale par le biais de son programme de soutien aux membres et à leurs familles entre septembre et décembre 2019, ils sont 272 à l’avoir fait entre janvier et avril 2021, soit un bond de 39 %.

Et la situation ne va pas en s’arrangeant : une hausse des hospitalisations et des admissions aux soins intensifs est attendue dans les semaines à venir, ce qui ajoutera plus de pression sur les travailleurs de la santé et poussera les hôpitaux plus près de leur point de rupture.

Je ne suis pas sûr que nous serons les mêmes après cela, conclut Matthew Douma.

Avec les informations de Jennifer Lee

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !