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Guerre de gangs à Vancouver : des échos du passé

Trois fusillades en sept jours. La pression monte pour mettre fin à la violence dans les rues du Grand Vancouver.

An officer from the Combined Forces Special Enforcement Unit of B.C (CFSEU) is pictured during a press conference after a weekend of gang violence around the Lower Mainland in Burnaby, British Columbia on Monday, May 10, 2021.

L'Unité mixte d'enquête sur le crime organisé (CFSEU-BC), une force conjointe spécialisée dans la lutte aux gangs criminels, compte plusieurs centaines d'agents provenant de divers corps policiers dans son équipe.

Photo : ben nelms/cbc / Ben Nelms

Une dizaine d’années après une guerre de gangs sanglante, Vancouver fait de nouveau face à une escalade de violence. Des observateurs n’hésitent pas à dresser des parallèles.

Quand ça commence, c’est comme un feu avec la gasoline, ça ignite [s'embrase] et ça va vite. C’est ainsi que le policier à la retraite Dan Malo résume la vague de violences qui a fait 21 morts - plusieurs dans des endroits publics - dans le Grand Vancouver depuis le début de l'année.

Des voitures de police à l'aéroport de Vancouver.

Le meurtre de Karman Grewal, 28 ans, à l'aéroport international de Vancouver le 9 mai dernier a causé une commotion dans le secteur.

Photo : maggie macpherson/cbc / Maggie MacPherson

À la retraite depuis 2016, l’ancien chef de l'Unité mixte d'enquête sur le crime organisé suit la situation à titre de spectateur. Il n’est plus au cœur des opérations visant à calmer la violence dans les rues.

Ceci dit, il ne peut s’empêcher de voir certains parallèles entre la situation actuelle et celle qui sévissait entre 2008 et 2010, quand un nouveau groupe, les Red Scorpions, tentait d’arracher des secteurs du marché de la drogue à un gang rival, les United Nations.

Il y avait de nouveaux gangs, qui n’étaient pas dans le milieu 5 et 10 ans avant, et qui commençaient à essayer de prendre contrôle des régions dans le Grand Vancouver , explique-t-il.

À l’époque, le conflit s'est envenimé quand trois frères, les frères Bacon, ont quitté les United Nations pour joindre les Red Scorpions. Le meurtre des Six de Surrey le 19 octobre 2007, est devenu un tournant dans la lutte contre les groupes criminels.

Ce jour-là, six hommes ont perdu la vie quand des tueurs à gages sont entrés dans un appartement de Surrey pour abattre leur cible, un leader de gang rival, ainsi que tous les témoins. Parmi les six victimes, il y avait deux innocents qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment.

Eileen Mohan à l'extérieur du palais de justice de Vancouver.

Eileen Mohan a perdu son fils, Chris Mohan, dans la tuerie des « Surrey Six ». L’étudiant de 22 ans quittait son appartement quand les tueurs à gages sont arrivés et l’ont exécuté, pour éviter qu’il ne parle. « Ce jour-là, ils n’ont pas seulement tué Christopher, dit-elle. Je meurs un peu chaque jour, ça a été si dur à accepter. »

Photo : ben nelms/cbc / Ben Nelms

Cela a changé la façon dont on élaborait nos priorités, dit Dan Malo. Face à un conflit complexe, les forces policières ont dû unir leurs efforts.

C’est exactement ce qui a fait la différence, c’était d’attaquer le problème à plusieurs niveaux. Ça prend beaucoup d’argent, beaucoup de policiers avec beaucoup d’expérience, et de prendre tout ça de façon coordonnée.

Une citation de :Dan Malo, chef à la retraite, Unité mixte d'enquête sur le crime organisé

Les différents corps policiers ont uni leurs efforts pour établir les priorités et se sont attaqués au problème sur plusieurs fronts, raconte Dan Malo. Ils sont allés cogner aux portes des membres des groupes criminels et de leurs proches.

De plus, tout en les tenant à l’oeil, les policiers se sont assurés qu’il n’y avait aucune tolérance pour les infractions mineures, y compris les infractions de la route. C’est ce qui a fait le succès de l’opération, dit-il.

Quatorze ans plus tard, l'Unité mixte d'enquête sur le crime organisé fait une fois de plus face à la pression publique et politique à la suite d'homicides en pleine rue.

Les fusillades des dernières semaines impliquent, entre autres, des criminels associés aux United Nations et aux Red Scorpions, deux des groupes qui étaient au cœur de la période de violence qu’a connue le Grand Vancouver entre 2007 et 2009, selon les policiers.

Manny Mann en conférence de presse.

Le commissaire adjoint et chef de l'Unité mixte d'enquête sur le crime organisé, Manny Mann, a lié la vague de violence à de vieux conflits entre les Red Scorpions, les Independant Soldiers et le Wolf Pack contre les United Nations, lors d'une conférence de presse à la suite de la fusillade à Burnaby.

Photo : ben nelms/cbc / Ben Nelms

Cette fois-ci, toutefois, des dizaines de groupes seraient en cause, et les liens entre les meurtres sont plus difficiles à faire.

La plupart des victimes sont dans la vingtaine, et la majorité d'entre elles sont connues des policiers, mais certaines ressortent du lot. Le 28 décembre dernier, un adolescent de 14 ans a été tué en sortant d’un taxi à Surrey. Le 1er mai, un agent correctionnel, Bikramdeep Randhawa, était aussi assassiné dans le stationnement d'un centre commercial à Surrey, sans que la police ne trouve de motif clair.

Historique des 7 fusillades mortelles survenues dans des lieux publics du Grand Vancouver depuis le 20 avril 2021 :

  • 20 avril : un homme de 20 ans est abattu dans un parc à Coquitlam.
  • 21 avril : un homme est mortellement atteint par balles devant un complexe sportif à Langley.
  • 24 avril : un homme de 51 ans est tué devant un restaurant du quartier portuaire Coal Harbour, à Vancouver.
  • 1er mai : un agent correctionnel est tué dans le stationnement à l'extérieur d'un centre commercial à Delta.
  • 8 mai : un homme de 28 ans connu des forces de l’ordre est abattu à bout portant à l’aéroport international de Vancouver.
  • 9 mai : un homme de 19 ans est abattu, et un passant est blessé par balles devant un commerce à Burnaby.
  • 13 mai : un homme meurt et deux autres personnes sont blessées lors d'une fusillade devant un centre commercial de Burnaby.

À l’époque, on avait un conflit qui semblait un peu plus simple à analyser, observe le criminologue Martin Bouchard.

Le chercheur de l’Université Simon-Fraser fait lui aussi le parallèle avec ce qu’il a observé à l’époque et n’hésite pas à dire que la région assiste à une nouvelle vague de violences.

Aujourd’hui, les gangs semblent moins établis, moins matures que [par le] passé il y a une dizaine d’années, précise-t-il, ajoutant n'avoir aucune information privilégiée sur les enquêtes en cours.

Un véhicule de police dans un stationnement de centre commercial.

La police enquête après qu'une fusillade a fait un mort et deux blessés, dont une femme, jeudi soir à Burnaby.

Photo : Yvette Brend/CBC

Vancouver n'est pas Chicago

Selon les statistiques, le taux de meurtres en Colombie-Britannique est de 1,78 pour 100 000 habitants, soit en deçà de la moyenne canadienne et bien loin du taux de 55 meurtres pour 100 000 habitants à Chicago.

Tout au long de la semaine, le ministre de la Sécurité publique, Mike Farnsworth, s’est voulu rassurant.

Si nous avons vu une hausse des activités criminelles, nous avons aussi vu des arrestations, a-t-il déclaré, mentionnant notamment l’arrestation d’Ahmed Riyaz Tahir, un suspect connu des policiers, en lien avec le meurtre qui s’est produit à Burnaby samedi dernier.

En point de presse vendredi, le ministre a répété que les policiers de la région avaient toutes les ressources nécessaires et que la lutte contre le crime organisé pour mettre fin à la vague de violences était leur priorité.

Mike Farnworth en point de presse.

Le ministre de la Sécurité publique de la Colombie-Britannique, Mike Farnworth, a rencontré les corps policiers de la région jeudi pour faire le point.

Photo : Radio-Canada

Cependant, les événements des dernières semaines laissent entrevoir des risques pour le public. Samedi dernier, un passant a été blessé dans la fusillade fatale pour un homme de 19 ans. Jeudi soir, les clients d'un restaurant de Burnaby se sont précipités sous les tables quand des tireurs se sont attaqués à trois clients assis sur la terrasse.

Pour sa part, le criminologue Yvon Dandurand a été étonné de la témérité des attaquants qui n'ont pas hésité à tirer en plein jour à l’aéroport de Vancouver, dimanche dernier.

Il y a des caméras partout, il y a des policiers en permanence, des patrouilles qui sont prêtes à intervenir très rapidement, dit-il. Ça nous dit vraiment que ces criminels-là sont prêts à aller loin pour défendre leur territoire et pour gagner la guerre.

Un marché en évolution

Des changements profonds dans le marché de la drogue pourraient expliquer l’escalade de violence des dernières semaines, selon Yvon Dandurand. De plus en plus, le marché déménage dans le domaine du virtuel et les territoires physiques sont de moins en moins importants, dit-il.

Certains spéculent aussi sur le fait que la pandémie a créé des problèmes au niveau de l’acheminement de la drogue sur le territoire, ajoute Yvon Dandurand.

Le criminologue Martin Bouchard, lui, n'adhère pas à cette thèse. Selon le chercheur, la pandémie peut toutefois jouer un rôle dans la nature publique des fusillades.

Le fait qu'on se trouve en pleine pandémie ne doit pas être étranger à ça. Les opportunités de suivre et de cibler quelqu’un ne sont pas très élevées en ce moment. On semble vouloir cibler ces gens-là quand on peut.

Une citation de :Martin Bouchard, criminologue, SFU

De meilleurs outils cette fois-ci

Il ne fait aucun doute que les équipes d'enquêteurs sont mieux outillées qu'à l’époque, affirme Dan Malo.

À la suite du Surrey Six, la lutte contre les gangs criminels est devenue une priorité, ce qui a mené à la création de l'Unité mixte d'enquête sur le crime organisé.

En mars dernier, l’unité spéciale comptait plus de 400 agents dispersés à travers la province, ce qui en faisait l’équipe intégrée la plus importante du Canada et la troisième force de police de Colombie-Britannique. Établie dans le Grand Vancouver, l’équipe a des antennes à Prince George, à Kelowna et à Victoria.

C'est pratiquement impossible de contrôler la vente de drogue, mais on a prouvé que c’est possible de contrôler au moins la violence pour une période de temps , conclut Dan Malo.

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