•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pêche autochtone : un dialogue essentiel malgré les tensions, dit le représentant d’Ottawa

Allister Surette, représentant spécial nommé par Ottawa, formule ses recommandations.

Des bateaux de pêche au quai, la plupart ayant hissé un drapeau d'une Nation autochtone.

Des bateaux de pêche de la communauté de Sipekne'katik le 20 septembre 2020 à Saulnierville, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

Photo : La Presse canadienne / Mark O'Neill

Radio-Canada

Le représentant spécial nommé par Ottawa l’automne dernier, en marge des tensions qui entouraient les activités de pêcheurs autochtones de la Nouvelle-Écosse, a remis son rapport final (Nouvelle fenêtre).

Allister Surette formule quatre recommandations visant à rétablir la confiance et établir une voie constructive pour l’avenir, alors que des désaccords subsistent sur la mise en œuvre du droit des Premières Nations à une pêche qui leur assure une substance convenable.

S’appuyant sur la décision Marshall rendue en 1999 par la Cour suprême du Canada, des Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse veulent exercer leur droit de pêcher pour s’assurer une subsistance convenable. Ils ont lancé en 2020 une saison de pêche au homard qui s’effectuait hors des saisons de pêches déterminées par le ministère fédéral des Pêches.

Nommé par Ottawa comme représentant spécial dans ce dossier en octobre, Allister Surette est le recteur et le vice-chancelier de l’Université Sainte-Anne, une université francophone en Nouvelle-Écosse. Il a aussi été député d’Argyle à la législature provinciale de 1993 à 1998.

Allister Surette devant une webcam, le menton appuyé sur sa main.

Allister Surette en entrevue par webcam le 25 octobre 2020.

Photo : Radio-Canada

Dans son rapport final, M. Surette affirme la nécessité d’établir des mécanismes de dialogue pour rétablir la confiance et la compréhension entre les gens impliqués dans la pêche.

Il estime aussi que le gouvernement devrait faire montre d’une plus grande transparence dans sa gestion de la pêche.

Allister Surette aimerait notamment que l’on rétablisse un forum de dialogue sans la présence de représentants des gouvernements. Il fait valoir que de tels lieux d’échanges entre pêcheurs autochtones et non autochtones avaient par le passé permis aux parties impliquées de se découvrir des désirs communs de conserver la ressource et de pratiquer la pêche en toute sécurité.

Le représentant spécial admet qu’il s’agit d’une aspiration à long terme. Malheureusement, pour diverses raisons, je crois comprendre qu’aucun de ces mécanismes ne fonctionne actuellement, écrit-il sobrement dans son rapport.

Dans la même veine, Allister Surette préconise également des projets collaboratifs multipartites d’intérêt commun qui réuniraient pêcheurs autochtones et non autochtones autour, par exemple, d’initiatives de recherche scientifique sur le homard, ou de promotion commerciale des produits de la mer.

L’une des recommandations de M. Surette semble progresser dans la direction qu’il souhaite. Le représentant se réjouit que l’on constitue déjà des tables régionales pour faciliter l’échange d’informations et les discussions.

Plusieurs ont été lancées ou sont sur le point de l’être, souligne-t-il : trois à travers la Nouvelle-Écosse, et d’autres au Nouveau-Brunswick, à l’Île-du-Prince-Édouard et en Gaspésie.

Des gens sur le quai observent un bateau de pêche sur le point de prendre la mer.

Le premier matin de la saison commerciale de pêche au homard, le 30 novembre 2020 à West Dover, en Nouvelle-Écosse.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Allister Surette dit avoir parlé avec plus d’une centaine de personnes autochtones, non autochtones, et d'autres avec un intérêt dans le domaine de la pêche, par exemple les gouvernements. Il a rapidement constaté les obstacles au dialogue.

Dès qu’il s’est attelé à la tâche, il écrit avoir constaté que les communications inadéquates, le manque de transparence de la part de toutes les parties et l’absence de dialogue étaient les principaux facteurs contribuant aux frustrations et aux tensions.

Mon travail depuis lors n’a fait que renforcer cette position, mentionne-t-il dans son rapport final.

Des communautés autochtones de la province n’ont d’ailleurs pas souhaité le rencontrer.

Mike Sack devant un drapeau micmac.

Mike Sack, chef de la Première Nation de Sipekne'katik (archives).

Photo : CBC/Logan Perley

C’est le cas de la Première Nation de Sipekne'katik, la communauté mi’kmaw dont la pêche de subsistance, lancée en septembre 2020 dans la baie Sainte-Marie, au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, avait été perturbée par des incidents de violence et de vandalisme.

Mike Sack, le chef de Sipekne'katik, disait ne pas être convaincu que M. Surette était objectif et neutre et affirmait ne pas voir l’utilité de participer à ses travaux.

On était rendu plus loin, a-t-il dit, car il était à ce moment en pourparlers avec la ministre fédérale des Pêches.

Quelques semaines plus tard, il se retirait de ces négociations.

Le directeur général de l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM), Martin Mallet, accueille de manière relativement positive le rapport du représentant spécial Allister Surette.

On a plusieurs des recommandations dans le rapport qui reflètent plusieurs de nos recommandations et besoins depuis quelques années, observe-t-il. Par exemple [...] d'avoir une meilleure communication entre le ministère et l'organisation de pêcheurs commerciaux et les Premières Nations.

Bernadette Jordan en entrevue par webcam.

Bernadette Jordan, la ministre fédérale des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, en entrevue avec Radio-Canada le 19 novembre 2020.

Photo : Radio-Canada

En mars, la ministre des Pêches, Bernadette Jordan, avait affirmé que la gestion transparente des pêches était l’un des principes sur lequel allait s’appuyer la nouvelle voie dans laquelle le fédéral veut s’engager avec les Autochtones dans le dossier de la pêche.

Ottawa insiste pour que les Autochtones pêchent durant les saisons déterminées et réglementées par Pêches et Océans Canada.

Des communautés comme celles de Sipekne'katik ne croient pas que leur droit légal à une pêche de subsistance convenable soit nécessairement lié aux saisons de pêche établies.

Les pêcheurs mi’kmaw de Sipekne'katik, qui ont renoncé à leurs permis commerciaux, entendent lancer le 1er juin leur nouvelle saison de pêche au homard, hors des saisons établies par le fédéral.

Avec des renseignements de Paul Légère

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.