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Des restauratrices déplorent la fermeture des salles à manger

Une femme passe devant la façade d'un restaurant où une pancarte indique qu'il est fermé.

Les commerces non essentiels seront fermés à compter du 25 décembre, privant de nombreuses personnes de leur emploi.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Poussées par le passage en zone rouge de l’Estrie lundi, des restauratrices de Sherbrooke ont créé la page Facebook « N’accroche pas ton tablier / Fier restaurateur » cette semaine. Leur but : dénoncer la fermeture des salles à manger, qu’elles jugent incohérente et qu’elles contestent vigoureusement.

On le refuse [le passage en zone rouge] parce qu’on ne se l’attribue pas, premièrement, dans le sens où on n’est pas un vecteur de contamination. Ça faisait une bonne semaine qu’on entendait dans les médias Dr Poirier, que ce soit la santé publique en général, que ça se passait dans les maisons [la contamination]. Notre rôle était d’autant plus important comme restaurateur de réunir les gens dans un lieu sécuritaire, explique Anik Beaudoin, propriétaire du restaurant Chez Auguste et coprésidente de l’Association des marchands du centre-ville de Sherbrooke.

Anik Beaudoin s'adresse au journaliste devant la salle à manger de son restaurant.

Anik Beaudoin fait partie des restauratrices derrière le groupe Facebook « N’accroche pas ton tablier / Fier restaurateur ». (archives datant d'avant la COVID-19)

Photo : Radio-Canada

Elle déplore aussi que les restaurateurs aient été pris au dépourvu par l’annonce du passage en zone rouge de la santé publique, qui est tombée samedi après-midi. Ça s’est fait de façon très cavalière samedi, on a reçu la nouvelle en milieu d’après-midi juste avant notre service, on a trouvé ça bâclé comme annonce. Le coup a été difficile à prendre.

Samedi, les propriétaires de restaurants ont donc dû rassurer leur personnel, gérer les réfrigérateurs pour ne pas trop perdre de nourriture, créer des menus pour emporter, reprogrammer leurs ordinateurs, et se préparer à retomber dans l’inconnu pendant plusieurs semaines. Les demandes de subventions sont aussi longues à demander, selon Mme Beaudoin.

C’est un mot qui nous lève le cœur, on n’est plus capable de l’entendre, "se réinventer", mais c’est quand même ça depuis un an et demi. Nous, ce qu’on demande, c’est de la considération, de prendre notre milieu au sérieux, on fait quand même partie de l’économie.

Une citation de :Anik Beaudoin, propriétaire du restaurant Chez Auguste

L’entrepreneure souligne ne pas être contre les mesures sanitaires et le port du masque.

Nous avons été très très proactifs depuis le début. On a les plexiglas, on a des séparateurs, on porte le masque, habituellement quand il y a des clients on a la protection oculaire aussi, la désinfection... Les clients sont protégés. En ce moment, ce qui nous fâche le plus, c’est que personne ne s’est adressé à nous pour savoir effectivement qu’est-ce que ça nous faisait, comment ça allait.

Elle demande maintenant des réponses du gouvernement.

Tout ce qu’on veut savoir, c’est pourquoi on nous ferme. Donnez-les, les explications, et si elles sont pertinentes, parfait, on va l’accepter.

Une citation de :Anik Beaudoin, propriétaire du restaurant Chez Auguste

Comme une tape sur les mains

Mélanie Alain devant une vitrine.

Mélanie Alain est copropriétaire chez Ça beigne, à Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada

Mélanie Alain, copropriétaire chez Ça beigne et associée chez l’Empreinte cuisine soignée, remarque que le groupe Facebook « N’accroche pas ton tablier / Fier restaurateur » a été un moyen de faire face au choc de la refermeture. Depuis sa création, elle indique qu’il a reçu plus de 1000 messages de soutien de partout au Québec, dont beaucoup proviennent d’autres restaurateurs.

Faut dire que c’était vraiment un partage de qu’est-ce qui se passe. [...] La restauration, ce n’est pas un domaine facile à la base, la dernière année a été n’importe quoi, et on ne se sent pas supportés du tout par les instances gouvernementales. C’est vraiment difficile.

Ça n’a plus de bon sens d’être toujours la tête de Turc du Québec au complet. Tête de Turc... on ne sait pas trop si c’est ça, ou si c’est une façon du gouvernement de faire comprendre aux Québécois "oh, si vous n’êtes pas gentils ma gang de Québécois, on va vous fermer les salles à manger", comme une tape sur les mains.

Une citation de :Mélanie Alain, copropriétaire chez Ça beigne

Comme Anik Beaudoin, elle assure ne pas s’opposer aux mesures sanitaires.

Faut dire aussi que ce n’est pas la zone rouge qu’on refuse. Ce qu’on refuse, c’est le fait que la seule chose qui change en ce moment en zone rouge, c’est les salles à manger et les gyms

Elle se demande pourquoi des usines dans lesquelles des éclosions ont été détectées restent ouvertes, alors que les salles à manger doivent fermer.

Soutien du maire

En entrevue avec Radio-Canada, le maire de Sherbrooke Steve Lussier a indiqué être sensible au désarroi des restaurateurs.

Je trouve que ça a été précipité de nous mettre en zone rouge. On l’a vu, ça allait relativement bien. On aurait pu attendre un peu. De mon côté, de voir les restaurateurs fermés, c’est sûr que ça ne fait pas mon affaire. Ils sont bien équipés de leur côté pour les mesures sanitaires. Je suis tout à fait d’accord qu’on puisse revenir en zone orange le plus rapidement possible, souligne-t-il.

Entretemps, on se penche pour donner des mesures supplémentaires pour nos commerces, pour nos restaurateurs, qui seront probablement annoncées bientôt, ajoute-t-il.

Mercredi, le directeur de la santé publique en Estrie Alain Poirier a indiqué être celui qui a insisté pour que l’Estrie passe en zone rouge.

Au moment de prendre la décision du passage en zone rouge, tous les indicateurs démontraient qu'un changement de palier d'alerte était nécessaire pour freiner rapidement la propagation de la COVID-19 et protéger les Estriens, indique le CIUSSS de l'Estrie-CHUS dans un courriel à Radio-Canada.

Quelques jours plus tard, on observe une amélioration de la situation. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette situation, dont la vaccination contre la COVID-19 qui s'accélère, l'effet des mesures sanitaires appliquées en zone rouge et le fait que les Estriens ont bien compris l'urgence de la situation et se sont rapidement mobilisés pour renverser la vapeur, conclut le CIUSSS.

Avec les informations d’Alexis Tremblay

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