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Québec solidaire et le collectif qui dérange

Le Collectif antiraciste décolonial a notamment relayé les propos du professeur controversé Amir Attaran sur le Québec et associé un journaliste de la tribune parlementaire à l'extrême droite.

Alisha Tukkiapik et Eve Torres.

Alisha Tukkiapik et Eve Torres sont co-porte-paroles du Collectif antiraciste décolonial.

Photo : Radio-Canada

Les membres de Québec solidaire sont appelés à se prononcer en fin de semaine sur une motion de blâme contre le Collectif antiraciste décolonial, à l'origine de publications sur les réseaux sociaux qui ont mis le parti dans l'embarras. Cette faction de la gauche plus radicale du parti, créée en 2019, a répliqué par une mise en demeure accusant la formation politique de mener une campagne de diffamation.

Ève Torres et Alisha Tukkiapik sont co-porte-paroles du Collectif antiraciste décolonial. Elles nous donnent rendez-vous dans un parc du quartier Parc-Extension, l'un des quartiers les plus multiethniques de Montréal.

L'une porte le foulard islamique, l'autre est une Inuk. Toutes deux étaient candidates lors des dernières élections provinciales.

Elles affirment aujourd'hui que Québec solidaire fait preuve de racisme systémique. Alisha Tukkiapik donne l'exemple de sa candidature en 2018 qui n'était, selon elle, qu'une façon pour le parti de sauver la face. Elle dit s'être sentie rapidement mise de côté après le scrutin.

Il y a 80 membres, à peu près, et 2000 sympathisants dans le collectif. Des gens s'y intéressent et s'y reconnaissent, on ne peut pas seulement être des faire-valoir!

Une citation de :Ève Torres, co-porte-parole, Collectif antiraciste décolonial de Québec solidaire

Pourtant, parmi les 20 000 membres en règle du parti, et même chez des militants issus de communautés racisées, les pratiques du Collectif créent un profond malaise. En juin dernier, certains d'entre eux ont publié une lettre sur les réseaux sociaux pour dénoncer le climat toxique qu'impose le Collectif antiraciste décolonial (CAD).

 Nous voulons ici exposer et dénoncer les attitudes de confrontation toxiques et les tactiques malsaines faites au nom du Collectif antiraciste décolonial [...]. Nous voulons aussi dénoncer la place prépondérante que certaines personnes blanches du CAD prennent, peut-on y lire.

Puis, lorsqu'en mars dernier, le Collectif a appuyé les propos du professeur Amir Attaran et s'en est pris directement à un journaliste, c'est le co-porte-parole de Québec solidaire qui l'a désavoué publiquement.

Associer le gouvernement du Québec aux suprémacistes blancs ou [accuser] un journaliste de la tribune de la presse d'être acoquiné avec l'extrême droite, ce n'est pas acceptable et ce n'est pas comme ça qu'on fait de la politique à Québec solidaire, a déclaré Gabriel Nadeau-Dubois lors d'un point de presse dans le hall du parlement.

C'est à ce moment que le Comité de coordination national de Québec solidaire a décidé de déposer une motion de blâme contre le collectif. Le Collectif antiraciste décolonial a ensuite demandé une médiation.

Il semble que ce soit trop peu, trop tard. Bien que le parti accepte la demande, il refuse tout de même de retirer la motion de blâme, qui sera débattue en conseil général samedi.

Ève Torres y voit maintenant une stratégie politique et électoraliste de Québec solidaire. Lorsqu'on cherche un électorat, lorsqu'on veut aller chercher une frange plus nationaliste, c'est très populaire de taper sur des mouvements antiracistes, lance-t-elle.

Pierre Mouterde.

Un collectif embarrassant pour Québec solidaire

Photo : Radio-Canada

Le torchon brûle entre le parti et le Collectif, et la situation inquiète Pierre Mouterde, l'un des membres fondateurs de Québec solidaire. Il déplore le fait que le débat sur le racisme systémique ne puisse pas se faire de façon constructive et craint que cela ne freine l'élan du parti. Le fait d'en rester à du sensationnalisme, à des invectives personnelles, empêche la réflexion en profondeur. Plutôt que ce débat puisse aider à la construction de Québec solidaire, ce débat risque de l'amener à s'effriter un peu plus, affirme-t-il.

Voyez-vous comme c'est difficile d'aborder ça!

Une citation de :Pierre Mouterde, militant et membre fondateur de Québec solidaire

Le défi d'un parti qui grandit

Ces tensions étaient presque inévitables depuis que le parti a fait élire 10 députés à l'Assemblée nationale, selon le politologue Éric Montigny. Ce que l'on voit, c'est le défi d'un parti qui s'institutionnalise et qui veut élargir sa base électorale. Ça peut déplaire à sa base militante, analyse le professeur au département de science politique de l'Université Laval.

Au-delà des coups d'éclats qui dérangent, Philippe Néméh-Nombré, un militant antiraciste et doctorant en sociologie, comprend que le combat de la gauche radicale crée un inconfort dans le débat public.

C'est normal que dans la nouvelle gauche, comme dans la nouvelle droite, il y a des gens qui peuvent avoir certaines critiques face à leur pratique.

Une citation de :Philippe Néméh-Nombré, militant antiraciste et doctorant en sociologie
Philippe Néméh-Nombré.

Philippe Néméh-Nombré, militant antiraciste et candidat au doctorat en sociologie à l'Université de Montréal.

Photo : Radio-Canada

Si on atteint une certaine égalité, il y a un groupe qui perd au change, c'est certain, donc il me semble que c'est normal que ça fasse peur. C'est vécu comme une violence, l'égalité peut être vécue comme une violence, et je pense que ça, il faut qu'on l'accepte et qu'on arrête d'essayer de prétendre que tout peut se faire doucement, explique M. Néméh-Nombré, qui n'est membre d'aucun parti politique.

Au sein de Québec solidaire, l'impasse persiste.

D'un côté, les uns sont prêts à aller jusqu'au bout. Les révolutions ne peuvent pas toujours être tranquilles, lance Ève Torres.

De l'autre, des militants de la première heure pensent que le débat peut encore s'apaiser. Je suis assez confiant malgré tout, parce qu'il y a pas mal de gens dans Québec solidaire qui sentent le danger et qui appellent à une pacification du débat, conclut Pierre Mouterde.

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