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Un tueur à gages reconnaît avoir tiré sur une femme en 1993

Des employés de la morgue transportent un corps.

Danielle Boucher a été assassinée en février 1993, à Montréal. Gilles Chagnon n'a avoué son meurtre que dernièrement.

Photo : Radio-Canada

Près de 30 ans après qu'une chauffeuse ait été retrouvée baignant dans son sang à Rivière-des-Prairies, un ancien tueur à gages admet avoir causé la mort de la femme de 37 ans. Le tireur, Gilles Chagnon, connaîtra sa peine vendredi, alors que le mystère plane toujours sur les circonstances exactes de la mort de Danielle Boucher.

Le 3 février 1993, dans la soirée, un joggeur est alerté par une voiture Geo Metro blanche stationnée près du parc des Grandes-Prairies, dont le moteur est en marche et les phares sont éteints.

En s'approchant, il discerne une inconnue inerte et ensanglantée sur le siège passager avant. Il est malheureusement trop tard pour sauver Danielle Boucher et elle pousse son dernier souffle quelques secondes après l'arrivée des secours. La femme a reçu cinq balles, une dans le dos et quatre dans la tête.

Vingt-huit ans après les faits, un homme de son entourage, Gilles Chagnon, 68 ans, plaide coupable pour homicide involontaire.

Qui a commandité le crime et pourquoi? Les versions se contredisent et des détails de ce crime crapuleux demeurent nébuleux.

L'homicide

En 1993, Danielle Boucher est chauffeuse pour des agences d'escortes. La trentenaire n'est plus en bons termes avec son ex-conjointe, la travailleuse du sexe Barbara Harangozo, mais elles continuent d'avoir une relation d'affaires, selon l'exposé des faits déposé lors du plaidoyer de culpabilité de Gilles Chagnon, le 3 mai 2021.

Le matin du 3 février 1993, la victime et son ex-conjointe sont chez leur amie Doris Rivest avec Gilles Chagnon.

M. Chagnon a une mission à accomplir. En échange de 10 000 ou 15 000 $, il doit exécuter Danielle Boucher.

Après l'avoir droguée en mettant des cachets dans son café, Barbara Harangozo et Gilles Chagnon partent en voiture avec la victime. La trentenaire chancelante et intoxiquée est assise du côté passager avant, son ex-conjointe prend place derrière le volant et le tireur s'assoit sur la banquette arrière côté passager. Doris Rivest les suit dans un autre véhicule.

Après avoir été atteinte de cinq projectiles d'arme à feu, Danielle Boucher est laissée pour morte dans le véhicule, alors que Barbara Harangozo et Gilles Chagnon s'enfuient avec Doris Rivest.

L'enquête policière stagne pendant les 13 années suivantes sans aucune arrestation.

Opération « Mr Big »

À l’automne 2006, Gilles Chagnon est contacté par une organisation criminelle florissante dont il veut ardemment faire partie. Il l'ignore, mais ses nouveaux acolytes sont en fait des policiers qui mettent sur pied 41 scénarios répartis sur cinq mois pour gagner sa confiance. Comme dans toute bonne opération de type « Mr Big », Gilles Chagnon est amené à rencontrer le supposé grand patron de l'organisation criminelle pour lui confesser ses crimes passés.

Les policiers enregistrent le tueur à gages lorsqu'il passe à table et décrit en détail le meurtre de Danielle Boucher. Il dit l'avoir atteinte à plusieurs reprises par balle après avoir reçu le contrat de Barbara Harangozo. Gilles Chagnon avoue aussi avoir participé à deux autres homicides en 1994.

Il est arrêté quelques heures plus tard et un jury le déclare coupable de meurtre au premier degré en 2009.

Rebondissements

Gilles Chagnon marche dans un corridor du palais de justice de Montréal.

Gilles Chagnon a récemment renoncé à un second procès et a plaidé coupable à une accusation réduite d'homicide involontaire, sans dire toutefois qui a orchestré le crime.

Photo : Radio-Canada

En 2014, la Cour d'appel donne une nouvelle chance au criminel et ordonne un nouveau procès en raison d'une preuve d'actes similaires qui a pu entacher sa réputation aux yeux du jury.

Après 10 ans de détention, Gilles Chagnon recouvre sa liberté en 2016, en attente d'être jugé une deuxième fois. Près de cinq ans plus tard, après de multiples remises, Gilles Chagnon renonce à son second procès et plaide coupable à une accusation réduite d'homicide involontaire, sans indiquer qui a orchestré le crime.

Un tel dénouement s'explique entre autres par les témoignages très contradictoires de Barbara Harangozo et Doris Rivest, des témoins à la crédibilité douteuse, estimait la juge Sophie Bourque, dans une décision sur une requête préliminaire en 2018.

Toutes deux auraient volé 40 000 $ à la victime quelques mois avant l'homicide et s'accusent mutuellement d'avoir commandité le crime.

Doris Rivest affirme que Barbara Harangozo a fait tuer son ex, pour ne pas avoir à lui rembourser l'argent.

Barbara Harangozo clame plutôt que Doris Rivest a voulu faire disparaître Danielle Boucher après le vol, parce qu'elle craignait sa réaction quand elle s'en apercevra.

Lors de trois audiences différentes, Doris Rivest déclare d'abord que Barbara Harangozo lui a remis l'arme à feu, avant d'affirmer que c'était plutôt Gilles Chagnon, pour finalement soutenir qu'elle l'ignore.

Chagnon ment souvent...

En plaidant coupable, Gilles Chagnon réfute ce dont il s'était vanté lors du « Mr Big » et soutient avoir tiré une seule fois dans le dos de Danielle Boucher, à travers le banc de la voiture. Il nie avoir tiré les quatre balles qu'elle a reçues à la tête qui ont causé le décès par hémorragie cérébro-méningée mortelle, stipule l'exposé des faits signé par la poursuite, l'accusé et la défense. Qui d'autre aurait tiré? Ni Doris Rivest ni Barbara Harangozo n'ont jamais été accusées dans cette affaire.

La preuve démontre que Chagnon ment souvent, peu importe son interlocuteur, si cela lui permet de parvenir à ses fins. La preuve démontre que l'appât du gain est son principal moteur, écrivait la juge Sophie Bourque, dans une décision sur une requête préliminaire en 2018.

Le sexagénaire sera de retour devant la juge Myriam Lachance vendredi après-midi pour connaître sa peine. Puisqu'il a passé l'équivalent de 19 ans derrière les barreaux, les parties ont suggéré qu'il écope d'une condamnation avec sursis, c'est-à-dire qu'il soit remis en liberté conditionnelle. Anne-Andrée Charette est la procureure du ministère public alors que Martin Latour et Marylie Côté représentent Gilles Chagnon.

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