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Mort d'un ambulancier à Lévis : la famille se tourne vers les tribunaux

Un homme debout devant une ambulance de couleur jaune.

Deux mois avant sa mort, Hugo St-Onge a été photographié devant son ambulance pour dénoncer le manque d'ambulances à Lévis.

Photo : Une photo offerte par la famille d'Hugo St-Onge.

Les proches d’Hugo St-Onge, ce jeune homme de 24 ans qui est mort en attendant l’ambulance à Lévis en 2017, poursuivent le ministre de la Santé, le CISSS de Chaudière-Appalaches et la centrale d’appels 911 pour la somme de 520 000 $, a appris Radio-Canada. Ils dénoncent l’inaction du gouvernement malgré les recommandations du coroner.

Hugo St-Onge a succombé à un arrêt cardio-respiratoire le 27 décembre 2017 parce que les secours n’ont pas pu arriver à temps, alors que lui-même, comme ambulancier, dénonçait le manque d’ambulances sur le territoire de Lévis.

Il s’est écoulé plus de trois ans depuis et la douleur est encore vive pour la famille. Surtout qu’il n’y a toujours pas plus d’ambulances à Lévis, même si le rapport de la coroner Julie Langlois, déposé l’été dernier, confirme la problématique de couverture ambulancière et recommande la révision des effectifs.

Il [Hugo] est mort pour rien, déplorent les parents d’Hugo, Johanne Lapointe et Bruno St-Onge, en entrevue à Radio-Canada.

Tous les deux racontent qu’ils se réveillent encore toutes les nuits, même après trois ans, lance M. St-Onge. Et on ne se rendort pas après ça, renchérit Mme Lapointe.

Un homme et une femme devant un cours d'eau.

Johanne Lapointe et Bruno St-Onge espèrent toujours que la mort de leur fils, Hugo, serve au moins à corriger le problème du manque d'ambulances à Lévis.

Photo : Radio-Canada

Rendez-vous manqués

Depuis le dépôt du rapport de la coroner, 16 heures de services ambulanciers ont été ajoutées à Lévis tandis que les intervenants du milieu en réclament au moins 160.

Plusieurs intervenants ont soulevé des questions au cours des derniers mois sur le fait que Lévis ne compte que huit ambulances. Certaines villes comparables en comptent pourtant presque le double.

On a l’impression que la famille vit une succession de rendez-vous manqués pour pouvoir améliorer les choses, illustre Bruno St-Onge, faisant référence au rapport de la coroner qui a parlé d’une suite d’erreurs, une suite de rendez-vous manqués pour décrire l’intervention qui a mené au décès d’Hugo.

En décembre dernier, la coroner Julie Langlois déplorait déjà l'inaction du gouvernement à la suite du dépôt de son rapport. Elle ne cachait pas sa déception d'apprendre qu'un autre décès survenu à Lévis pouvant avoir un lien avec la desserte ambulancière se retrouvait sous la loupe du Bureau du coroner à la suite des révélations de Radio-Canada.

On sent qu'on doit continuer

La famille réclame aujourd’hui plus d’un demi-million de dollars au ministre de la Santé, au CISSS de Chaudière-Appalaches et à la Centrale des appels d’urgence de Chaudière-Appalaches (CAUCA).

Les proches d’Hugo St-Onge estiment notamment que le CISSS et le ministre de la Santé de l’époque ont agi de manière déraisonnable, fautive et négligente en ne rajoutant pas d’ambulances sur le territoire de Lévis au cours des dernières années alors que le manque de véhicule était connu et documenté.

Les proches vivent avec la conviction qu’Hugo St-Onge serait toujours vivant dans l’éventualité où sa condition avait été traitée de manière conforme aux règles de l’art et en temps utile, peut-on aussi lire dans la poursuite.

Tous les membres de la famille souffrent de colère et d’incompréhension face aux événements.

Quand Hugo est décédé, dans la famille, tout le monde a volé en éclat. Aujourd'hui, on ramasse les morceaux, on recolle les morceaux du mieux qu'on peut.

Une citation de :Johanne Lapointe, mère d'Hugo St-Onge
Une femme portant des lunettes sur le bord d'un cours d'eau.

La mère d'Hugo St-Onge, Johanne Lapointe, souhaite qu'aucune autre famille ne vive ce que la sienne a vécu.

Photo : Radio-Canada

Pour Hugo, pour la famille, on sent qu'on doit continuer, affirme Johanne Lapointe.

La cause inachevée

En se tournant vers les tribunaux, les parents d’Hugo St-Onge, sa belle-mère, ses frères et sa sœur espèrent faire avancer le dossier pour lequel il militait avant son décès : l’ajout d’ambulances à Lévis.

C'était sa cause et il en est décédé. Pour nous c’est une cause inachevée, explique sa mère. Si on peut éviter ça à une famille, ce sera déjà ça.

Bruno St-Onge assure que si tout était réglé, que les recommandations du coroner avaient été appliquées [...] qu'on était confiant que ce qui est arrivé à Hugo ne se reproduirait pas, on aurait sûrement une autre position.

Un homme portant des lunettes.

Bruno St-Onge est le père d'Hugo St-Onge, ce jeune ambulancier ayant succombé à un arrêt cardio-respiratoire en attendant l'ambulance en 2017 à Lévis.

Photo : Radio-Canada

Donner un sens à un décès évitable

Les analyses préliminaires menées en amont du dépôt de la poursuite démontrent que si les délais recommandés avaient été respectés, probablement que le décès aurait été évité, explique l’avocat de la famille, Me Jean-François Leroux.

Ce dernier fait valoir que les normes nord-américaines réfèrent à des délais d'intervention [...] de 8 à 10 minutes, alors que dans le cas d'Hugo St-Onge, selon la chronologie disponible, ce sont minimum 22 à 23 minutes qui se sont écoulées avant que les ambulanciers arrivent à son chevet.

Comment se fait-il qu'à ce jour, malgré le rapport du coroner, [...] on n'a toujours pas ajusté le tir par rapport à l'insuffisance des ressources disponibles?

Une citation de :Me Jean-François Leroux, avocat au cabinet Med Légal
Me Jean-François Leroux, spécialisé en droit de la santé et en responsabilité médicale

Me Jean-François Leroux, avocat spécialisé en droit de la santé et en responsabilité médicale

Photo : Radio-Canada

Nos clients sont à la recherche d'imputabilité, donc comprendre et savoir qui a pris quelle décision à quel moment, précise Me Leroux. C'est partie intégrante de leur démarche que d'essayer justement d'augmenter les ressources disponibles.

Pas de commentaires

Après l'affaire du Manoir Liverpool, cette poursuite place à nouveau le directeur de la vaccination, Daniel Paré, sous les projecteurs. Comme grand patron du CISSS de Chaudière-Appalaches, M. Paré était bien au fait et responsable de ce dossier depuis les événements en 2017 jusqu'à sa nomination à la vaccination en décembre dernier.

Daniel Paré,  directeur de la campagne de vaccination québécoise contre la COVID-19

Daniel Paré, directeur de la campagne de vaccination québécoise contre la COVID-19

Photo : Radio-Canada

Notre demande d'entrevue avec Daniel Paré a été refusée. En respect du processus judiciaire en cours, le MSSS et M. Daniel Paré réservons nos commentaires, répond par courriel le ministère de la Santé et des Services sociaux en nous renvoyant au CISSS de Chaudière-Appalaches.

Compte tenu des démarches judiciaires en cours, nous ne commenterons pas par respect pour le processus judiciaire, répond le CISSS.

Au cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé, on refuse aussi de commenter la poursuite.

Invitée aussi à commenter, la Centrale d'appels d'urgence de Chaudière-Appalaches (CAUCA), n'avait pas donné suite à notre demande au moment d'écrire ces lignes.

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