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L’autodépistage de la COVID-19 bientôt offert au Canada

Plusieurs compagnies canadiennes et américaines sont engagées dans une course contre la montre pour commercialiser ces tests.

Une femme tenant dans ses mains un kit d'autodépistage de la marque Lucira Health

Lucira Health se targue que son test a une précision « de qualité PCR » et qu’il peut détecter tous les variants connus jusqu'à présent.

Photo : kristina_rust_photography

Il est déjà possible de se faire tester dans un centre de dépistage du réseau public ou encore de payer une infirmière pour qu’elle vienne à domicile ou en entreprise faire des prélèvements. Mais une nouvelle forme de dépistage sans contact et à domicile est sur le point d'arriver sur le marché canadien.

Cette nouvelle gamme de produits répondra à un besoin certain, selon les entreprises qui ont conçu ces tests. Des experts du milieu médical les trouvent intéressants, mais se méfient de certaines de leurs lacunes. Et le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, de son côté, ne semble pas convaincu de leur utilité.

Un premier test autorisé par Santé Canada

Santé Canada a homologué le 23 avril le test CHECK IT COVID-19 de la compagnie américaine Lucira Health. Cet autotest a récemment été autorisé pour une utilisation d'urgence par le Secrétariat américain aux produits alimentaires et pharmaceutiques (FDA) et est le premier outil d’autodépistage dont la vente est permise au Canada.

Le Canada jouit d'une réputation mondiale en matière de soins de santé. Nous sommes fiers que notre autotest soit le premier dont l'utilisation est autorisée dans ce vaste pays.

Une citation de :Erik Engelson, PDG de Lucira Health

Le CHECK IT COVID-19 consiste en une trousse de dépistage qui permet, en suivant cinq étapes simples, d’effectuer un prélèvement nasal de manière totalement autonome et d’obtenir un résultat en moins de 30 minutes. Il s’agit d’un test moléculaire par amplification des acides nucléiques, une technologie similaire à celle des tests PCR de laboratoire le plus souvent utilisés. Santé Canada spécifie que les essais cliniques fournis par le fabricant indiquent une sensibilité de 91,7 %.

La trousse à usage unique qui se détaillera à 75 $ CA n’est pas encore en vente au Canada. Toutefois, le porte-parole de l’entreprise, Kevin Knight, affirme s’affairer à finaliser la traduction de la trousse en français afin de se conformer aux normes canadiennes. Il ajoute espérer distribuer ce nouveau produit au Canada dès juin, selon des modalités de vente qui restent à déterminer.

Une compagnie québécoise dans la course

En parallèle de l’autodépistage proposé par Lucira Health, une autre approche du dépistage à domicile est activement explorée par certaines entreprises : l’autoprélèvement supervisé à distance par un professionnel de la santé et complété par un service de transport de l’échantillon et d’analyse en laboratoire.

Radio-Canada a appris que Biron Groupe Santé, un joueur majeur au Québec dans le secteur des services diagnostiques, se prépare à offrir sur le marché un service de ce type. On est en train de tester, dans le cadre d’un projet-pilote à l’interne, une trousse d’autoprélèvement pour la COVID-19 à domicile supervisé à distance par un professionnel de la santé, explique Pierre-Olivier Bousquet, le conseiller principal en marketing de l’entreprise.

Si ces tests sont concluants, le nouveau produit serait distribué dès le début de juin. Nous sommes en discussion avec différents partenaires. Il y a déjà de l’intérêt du côté de plusieurs entreprises avec qui nous faisons déjà affaire, précise Pierre-Olivier Bousquet, avant d’ajouter que des discussions sont en cours au sujet de la distribution au grand public. On doit y aller étape par étape, mais on aimerait pouvoir distribuer à travers la vente en ligne sur notre site web, par exemple.

Prenons l’exemple d’un parent dont l'enfant rentre de la garderie avec un nez qui coule. Le soir même, un rendez-vous est pris pour un autoprélèvement le lendemain matin. L'enfant obtient son résultat le lendemain et le parent n'a dû sacrifier que quelques minutes de sa journée.

Une citation de :Pierre-Olivier Bousquet, conseiller principal en marketing pour Biron Groupe Santé, donnant un exemple de l’utilité de sa trousse d’autoprélèvement COVID-19 en développement
Une trousse d’autoprélèvement à domicile pour le dépistage de la COVID-19

La trousse d’autoprélèvement à domicile pour le dépistage de la COVID-19 de Biron Groupe Santé est prête et utilise leur test PCR standard avec prélèvement par écouvillon nasal. Mais l’entreprise doit encore mettre au point la chaîne logistique de prélèvement supervisé et de transport rapide et sécuritaire des échantillons pour s’assurer de l’efficacité du modèle.

Photo : Courtoisie de Biron Groupe Santé

Ce qu’on veut, c’est faciliter l’expérience des gens, la rendre un peu moins contraignante, dit Pierre-Olivier Bousquet. Biron Groupe Santé estime que leur service d’autoprélèvement à domicile deviendra un modèle intéressant pour des personnes pour qui se déplacer en centre de dépistage est difficile (comme celles qui sont immunosupprimées ou encore à mobilité réduite), des personnes à la recherche d’efficacité ou encore des entreprises pour qui le prélèvement supervisé à distance est logistiquement plus simple.

Depuis le début de la crise, on a été là pour soutenir le réseau de la santé publique. La raison pour laquelle on accélère un pilote, c’est pour pouvoir offrir ce produit-là le plus rapidement possible tout en respectant nos normes élevées de qualité. Et si jamais Santé Canada nous demande de soutenir, on veut être prêts et on veut pouvoir le déployer rapidement.

Une citation de :Pierre-Olivier Bousquet, conseiller principal en marketing, Biron Groupe Santé

L’entreprise n’est pas prête à indiquer quel serait le prix de détail de son kit d’autoprélèvement. Elle affirme toutefois que le délai de traitement ne dépassera pas 48 heures après la réception de l’échantillon en laboratoire, mais que leur délai moyen pour obtenir le résultat d’un test est actuellement de moins de 24 heures après le prélèvement.

Switch Health également sur la ligne de départ

La compagnie ontarienne Switch Health a une longueur d’avance sur les laboratoires Biron. En effet, elle offre déjà un service d’autoprélèvement avec supervision en ligne et analyse en laboratoire depuis la fin février aux voyageurs de retour au Canada pendant leur quarantaine en vertu d’une entente avec le gouvernement fédéral.

Son plan initial était de commercialiser sa trousse de prélèvement COVID-19 à domicile plus tôt, ayant obtenu l'autorisation de Santé Canada en novembre 2020. Mais cet important contrat a retardé la mise en marché de ce service.

Après avoir connu des ratés importants dans le service à la clientèle et des retards, Switch Health estime avoir corrigé la situation en apportant des ajustements importants à son service de téléconsultation, ses ressources de transport des échantillons et ses capacités d’analyse en laboratoire.

L’entreprise juge par conséquent être bientôt prête à offrir sa trousse d’autoprélèvement avec test PCR au grand public.

Une trousse de prélèvement COVID-19 à domicile de la compagnie Switch Health présentée dans une boîte bleue.

Switch Health souhaite rendre disponible en ligne et en pharmacie sa trousse de prélèvement COVID-19 à domicile.

Photo : Site internet de Switch Health

Switch Health prévoit rendre disponible sa trousse d’autoprélèvement dans les prochaines semaines, indique le directeur des affaires publiques Jordan Paquet. Plusieurs options de vente au détail sont envisagées, comme la vente en ligne et en pharmacie, ajoute-t-il.

Si les médecins peuvent effectuer des consultations virtuelles, les patients devraient pouvoir effectuer des tests à domicile, au lieu de faire la queue pendant des heures dans des lieux publics. Notre solution innovante de test à domicile est pensée pour que le test aille vers le patient au lieu de l’inverse. C'est le seul moyen de répondre à la demande de dépistage de la COVID-19.

Une citation de :Jordan Paquet, directeur des affaires publiques, Switch Health

Switch Health ajoute que sa volonté est qu’un résultat négatif à ce dépistage à domicile devienne à terme une preuve, une sorte de laissez-passer reconnu, qui permettrait, dans une optique de déconfinement, l’accès à certaines activités et à certains regroupements, comme des concerts ou des matchs sportifs.

Des outils complémentaires à l’offre actuelle intéressants, selon des experts

Le microbiologiste-infectiologue Jeannot Dumaresq est d’avis que l’arrivée de nouveaux produits du genre sur le marché est pertinente dans l’idée d’offrir une plus grande diversité d’options de dépistage aux Canadiens.

Un docteur souriant à la caméra portant lunettes et stéthoscope autour du cou

Le docteur Jeannot Dumaresq, microbiologiste-infectiologue à l'Hôtel-Dieu de Lévis

Photo : Courtoisie de Jeannot Dumaresq

Il peut y avoir des avantages à se faire tester pour la COVID-19 à la maison, sans avoir à se déplacer, ne serait-ce que pour la convivialité ou la commodité du service.

Une citation de :Dr Jeannot Dumaresq, microbiologiste-infectiologue au CISSS de Chaudière-Appalaches

Il reconnaît que le test Lucira qui permet un dépistage complet à domicile présente l’avantage d’être rapide. L’inconvénient, par contre, c’est que la plupart des tests qui sont destinés à une analyse à la maison sont moins sensibles, moins performants que les tests PCR de laboratoire, selon lui. Le test de Lucira a une fiabilité modérée, pas parfaite, mais intéressante. Donc, il faut que ce test vienne avec un certain encadrement, des directives claires, dit-il.

Le Dr Dumaresq précise toutefois que ce nouveau test rapide moléculaire présente une sensibilité et une fiabilité franchement plus grandes que les tests rapides antigéniques déjà achetés en masse par le gouvernement fédéral et qui sont largement sous-utilisés notamment au Québec et en Ontario.

La médecin-conseil au Laboratoire de santé publique du Québec Judith Fafard abonde dans le même sens. Sur papier, le test Lucira semble très bien performer. Mais le problème que je vois, c’est que c’est administré de manière non supervisée. Si le prélèvement n’est pas fait dans les règles de l’art, le résultat ne sera pas fiable et pourrait donner un faux sentiment de sécurité, explique-t-elle.

Ça permettrait une certaine flexibilité et de rejoindre des clientèles qui ne veulent pas se déplacer en centre de dépistage. Et ça permettrait de diminuer les besoins de main-d’œuvre en centre de dépistage et de diriger ces travailleurs-là vers, par exemple, la vaccination ou d’autres activités.

Une citation de :Dre Judith Fafard, médecin-conseil au laboratoire de santé publique du Québec

La Dre Fafard recommande aussi à une personne qui obtiendrait un résultat positif de COVID-19 de contacter Info Santé afin de déclarer cette information à la santé publique et de connaître la marche à suivre pour la suite.

Elle estime que l’ajout de ces outils de dépistage complémentaires à ceux offerts par le réseau public aura un impact marginal sur la lutte contre la COVID-19. Toutefois, elle est d’avis que l’offre prochaine de tests en autoprélèvement peut s’avérer malgré tout intéressante. Quand c’est bien encadré, le test peut être tout aussi fiable qu’un test réalisé par un professionnel de la santé.

Le Dr Dumaresq pense que le recours à ces tests, jumelé à d’autres mesures, pourrait être intéressant dans une stratégie de déconfinement, pour permettre par exemple de participer à certains rassemblements comme un spectacle ou un match sportif, surtout d’ici à ce qu’une proportion suffisante de la population soit vaccinée.

Des outils peu avantageux pour la lutte contre la pandémie, selon le MSSS

Questionné sur le développement actuel de nouveaux produits et services de dépistage à domicile de la COVID-19, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec se montre prudent et peu enthousiaste.

L’autotest de Lucira Health, bien qu’approuvé par Santé Canada, est en phase de validation auprès du Laboratoire national de microbiologie du Canada et la santé publique attend les résultats pour se prononcer sur son efficacité et sa validité clinique réelle, nous indique-t-on.

Le ministère reconnaît que ce test en autodépistage pourrait être bénéfique en régions éloignées des grands centres ou encore isolées, mais ne semble pas intéressé à ce qu’il joue un rôle dans la stratégie de déconfinement, pour permettre l’accès à un endroit public comme un stade, considérant que le gouvernement a déjà investi dans des plateformes très performantes de dépistage et que la population du Québec sera largement vaccinée sous peu.

Il ajoute que le test de l’entreprise américaine est coûteux, alors que l’offre de tests en laboratoire au Québec est gratuite en plus d’être accessible, relativement rapide et fiable.

Le MSSS ne ferme par la porte à l’achat de ces tests moléculaires rapides plus efficaces que les tests rapides antigéniques déjà disponibles, mais indique qu’il est encore trop tôt pour se prononcer sur l’achat de ce type de tests.

Pour ce qui est des tests en autoprélèvement avec analyse en laboratoire, comme ce que Biron Groupe Santé et Switch Health s’apprêtent à proposer, le MSSS se montre guère plus convaincu.

Ces tests peuvent être utiles pour les voyageurs [...] Pour les autres utilisations, les temps d’analyse liés au temps de transport n’apparaissent pas avantageux pour l’instant.

Une citation de :ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec

Le déconfinement ne bénéficierait pas non plus du recours aux nouveaux outils, semble-t-il.

Lorsqu’une personne est infectée par le virus, la charge virale monte très rapidement lorsqu’elle devient contagieuse [...] Donc, une offre par la poste n’apparaît pas assez réactive pour permettre une gestion correcte du déconfinement.

Une citation de :ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec

L’Agence de la santé publique du Canada n’a pas fait parvenir les réponses aux questions de Radio-Canada à temps pour la publication de cet article.

Ottawa manifeste son intérêt

L'Agence de la santé publique du Canada, de son côté, se montre plus ouverte face aux trousses d'autodépistage de Lucira Health. Elle affirme envisager d'acheter un certain nombre de ces trousses afin de faciliter d'éventuels projets pilotes visant à en apprendre davantage sur le test dans divers contextes.

L'échéancier et le volume d'achat sont à déterminer en fonction de la disponibilité du produit, mais l'ASPC précise qu'elle n'envisage pas présentement l'achat et la distribution à grande échelle de ces tests. Elle réitère toutefois que tous les tests diagnostiques autorisés ont un rôle important à jouer dans la lutte contre la COVID-19.

Le Laboratoire national de microbiologie et ses partenaires des laboratoires provinciaux et territoriaux examinent la nécessité d'établir des directives sur l'autodiagnostic afin de déterminer la meilleure utilisation de cette nouvelle technologie dans le contexte canadien.

Une citation de :Agence de la santé publique du Canada

L’autoprélèvement, l'avenir du dépistage en laboratoire?

Selon Pierre-Olivier Bousquet, de Biron Groupe Santé, que le patient soit capable de faire son prélèvement lui-même, chez lui, c’est le futur des analyses en laboratoire. L’entreprise québécoise offre déjà un test de pharmacogénétique avec autoprélèvement de salive et compte poursuivre le développement d’autres tests de ce genre.

On le voit aux États-Unis, certaines entreprises l’offrent déjà pour plusieurs analyses. Et ça s’en vient au Canada. C’est une voie que l’on souhaite explorer et la pandémie nous permet de faire un grand bond dans ce sens.

Une citation de :Pierre-Olivier Bousquet, conseiller principal en marketing, Biron Groupe Santé

Jordan Paquet, de Switch Health, abonde dans le même sens. Après la pandémie, c’est là où on veut aller. On pense à un futur où des prélèvements pour des problèmes de santé autres que la COVID-19 , comme des tests de dépistage pour le diabète ou des infections transmissibles sexuellement.

Par ailleurs, un premier test de dépistage du VIH à la maison avec autoprélèvement a été récemment approuvé par Santé Canada.

La Dre Judith Fafard trouve cette avenue intéressante tant que les protocoles en place font en sorte que le prélèvement fait de façon autonome est de bonne qualité. [Ce modèle] peut comporter plusieurs avantages en termes du personnel dont on a besoin pour faire le prélèvement et de la flexibilité qu’[il] offre aux gens qui ont besoin de ces résultats-là.

Elle conclut que l’avantage du prélèvement à la maison peut être particulièrement indiqué pour améliorer l’accès au dépistage d’ITSS chez certaines personnes qui peuvent être gênées par une visite en clinique.

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