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Conflit israélo-palestinien : quand le silence de l’ONU fait grand bruit

Les États-Unis ont de nouveau bloqué mercredi l'adoption d'une déclaration du Conseil de sécurité.

Des soldats se bouchent les oreilles et se mettent en retrait tandis qu'un lance-roquette fait feu.

Des soldats israéliens font feu en direct de la bande de Gaza à partir de la ville de Sderot, mercredi.

Photo : afp via getty images / Menahem Kahana

Plus de 1500 roquettes se sont abattues sur Israël depuis lundi et des raids aériens sont menés sans relâche sur la bande de Gaza. Ces violences, qui ont déjà fait au moins 74 morts, ont été condamnées partout dans le monde, sauf par l’Organisation des Nations unies, dont l'un des rôles est pourtant le maintien de la paix.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a tenu plusieurs réunions d'urgence à huis clos au cours des derniers jours sur les affrontements israélo-palestiniens, les plus intenses depuis la guerre de Gaza en 2014. Mais, chaque fois, l’instance a échoué à s’exprimer d’une seule voix pour condamner les violences et exhorter à la désescalade.

Interrogé mercredi sur cette incapacité à faire front commun, le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, a dit espérer un revirement prochain. Nous espérons que les membres du Conseil trouveront la capacité de publier une déclaration, a-t-il dit. Toute situation internationale bénéficiera toujours d'une voix forte et unifiée du Conseil de sécurité.

Blocage américain

Depuis lundi, les États-Unis, premier soutien d’Israël, jugent contre-productive la publication d’un communiqué conjoint. Le Conseil de sécurité marque sa préoccupation en se réunissant, pas besoin de plus, a déclaré mercredi à l’Agence France-Presse un diplomate sous couvert d'anonymat.

Les États-Unis ne semblent pas considérer qu'une déclaration aide à une désescalade, a ainsi ajouté un autre diplomate, souhaitant également demeurer anonyme.

Selon plusieurs sources, 14 des 15 membres – permanents et non permanents – du Conseil de sécurité étaient en faveur du texte proposé mercredi par la Tunisie, la Norvège et la Chine visant à faire baisser la tension.

Les États-Unis sont activement engagés en coulisse sur un plan diplomatique avec toutes les parties et dans la région en faveur d'une désescalade. Actuellement, une déclaration du Conseil serait contre-productive, a indiqué, en réclamant aussi l'anonymat, une autre source au fait des discussions, pour expliquer le blocage opéré par les Américains.

Pendant ce temps, à Washington, le chef de la diplomatie, Antony Blinken, a confirmé l'envoi d'un émissaire au Proche-Orient pour exhorter Israéliens et Palestiniens à la désescalade.

Peu après cette annonce, le président américain, Joe Biden, a quant à lui fait savoir qu’il s’était entretenu avec le premier ministre israélien. J'ai eu un échange avec Bibi Nétanyahou, a-t-il déclaré depuis la Maison-Blanche.

Mon espoir est que la situation soit résolue aussi rapidement que possible, mais Israël a le droit de se défendre quand des milliers de roquettes sont tirées vers son territoire.

Une citation de :Joe Biden, président des États-Unis

L’expansion des colonies israéliennes condamnée

Lors de la première réunion d'urgence du Conseil de sécurité lundi, les États-Unis avaient également refusé l'adoption d'un texte conjoint appelant les deux parties à s'abstenir de toute provocation.

Frustrés par le nouveau blocage de Washington mercredi, quatre membres européens du Conseil de sécurité, soit la Norvège, l’Estonie, la France et l’Irlande, ont tenu à publier un communiqué.

Nous condamnons les tirs de roquettes à partir de Gaza sur des populations civiles en Israël par le Hamas et d'autres groupes militants, qui sont totalement inacceptables et doivent s'arrêter immédiatement, indiquent-ils dans ce texte.

Le grand nombre de victimes civiles, dont des enfants, dues à des frappes aériennes israéliennes à Gaza et les morts israéliennes causées par des roquettes lancées de Gaza sont à la fois inquiétants et inacceptables, ajoutent les Européens.

Nous appelons Israël à cesser les activités de colonisation, de démolition et d'expulsions [de Palestiniens], y compris à Jérusalem-Est, affirme aussi leur communiqué, en allusion à l’une des raisons ayant récemment nourri la colère des Palestiniens.

Trois enfants derrière une porte grillagée.

Des petits colons juifs dans le quartier Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, où des familles palestiniennes sont évincées.

Photo : afp via getty images / Emmanuel Dunand

Le Canada – qui ne fait pas partie du Conseil de sécurité – a de nouveau réagi mercredi par la bouche de son ministre des Affaires étrangères, réitérant son appel à la désescalade immédiate des tensions et à la fin de la violence, mais s’inquiétant également de l’effet de provocation de l’expansion des colonies.

Les démolitions et les expulsions ont un impact sur les familles et les moyens de subsistance et ne servent ni la paix ni le droit international. Il faut éviter les actions unilatérales qui préjugent le résultat des négociations directes et compromettent davantage les perspectives d'une solution à deux États, a déclaré le ministre Marc Garneau par communiqué.

En outre, le ministre a dénoncé les tirs de roquettes sans discernement par le Hamas sur des zones populeuses d’Israël tout comme la violence totalement inacceptable à Jérusalem, y compris à l'intérieur et autour d'al-Aqsa.

Aucun signe d’apaisement

Lors de la réunion virtuelle du Conseil de sécurité mercredi, l'émissaire de l'ONU pour le Proche-Orient, Tor Wennesland, a dépeint un sombre tableau. Il a souligné que la situation s'était détériorée depuis lundi et a mis en garde contre une spirale de violences, selon une source diplomatique.

De son côté, la procureure générale de la Cour pénale internationale (CPI) s'est dite inquiète par l'escalade de la violence, notant que des crimes de guerre pourraient avoir été commis en regard du Statut de Rome.

Fatou Bensouda a d’ailleurs déjà ouvert une enquête, début mars, sur des crimes de guerre présumés dans les Territoires palestiniens, commis autant par les forces israéliennes que par des groupes armés palestiniens, lors de la guerre de Gaza en 2014.

Contrairement à la Palestine, État non internationalement reconnu, Israël n'est pas membre de la CPI et s'est opposé avec véhémence à toute enquête. Mais la procureure a indiqué mercredi que son bureau continuera de suivre l'évolution de la situation sur le terrain et tiendra compte de toute question qui relève de sa compétence.

Les affrontements meurtriers entre les groupes armés de la bande de Gaza et l'État hébreu n'ont donné mercredi aucun signe d'apaisement. En fin de journée, les sirènes d’alerte retentissaient dans le nord d’Israël, un territoire habituellement hors de la portée des roquettes du Hamas.

À la demande des Palestiniens, le Conseil de sécurité devrait tenir une nouvelle session sur le conflit, mais cette fois publique, et non à huis clos, au cours des prochains jours.

Avec les informations de Agence France-Presse

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