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Médecins : 10 fois le salaire d'une infirmière pour des tâches de moindre importance

Une femme qui porte un masque tient une affiche.

L'infirmière Deepi Saharan est outrée qu'un médecin qui remplace une infirmière reçoive un salaire 10 fois plus élevé qu'elle.

Photo : offerte par Deepi Saharan

Radio-Canada

Deux infirmières de la région de Toronto dénoncent une situation qu’elles trouvent intenable. Selon elles, des médecins sont payés 10 fois plus qu'elles pour, parfois, effectuer des tâches qui sont habituellement dédiées aux infirmières.

Elles se disent frustrées que le gouvernement de l'Ontario n’ait pas renouvelé la prime de salaire horaire versée au début de la pandémie pour les infirmières mais que cette prime existe toujours pour les médecins.

Deepi Saharan, 27 ans, a reçu le soutien de milliers de personnes lorsqu'elle a fait une publication sur Instagram à ce sujet.

Celle-ci y a souligné que certains médecins qui gagnent jusqu'à 450 $ de l'heure dans les unités de soins intensifs travaillent sous les ordres d'infirmières payées 33 à 48 $ de l'heure.

Comment cela peut-il être acceptable?, se demande-t-elle dans sa publication.

Les infirmières et autres travailleurs de première ligne en Ontario ont reçu une augmentation de leur taux horaire en plus d’un paiement forfaitaire mensuel pendant quatre mois à partir d'avril dernier. Cette rémunération supplémentaire a pris fin en août. Or, les médecins continuent à recevoir une indemnité temporaire en raison de la pandémie.

Mme Saharan, qui s'occupe de patients atteints de la COVID-19 dans une unité de soins intensifs, a déclaré qu'elle avait décidé de rendre la situation publique parce qu'elle la trouvait injuste. Elle a souligné qu'elle ne parlait qu'en son nom et non au nom de son employeur, de son syndicat ou de la direction.

Je me sentais tout simplement mal, a écrit Mme Saharan dans un courriel adressé à CBC News. Fournir un soutien provincial temporaire à une profession et pas à une autre, qui est tout aussi impliquée, sinon plus, n'est pas juste.

Selon elle, les médecins méritent d'être rémunérés pour leurs compétences et leur formation, mais les infirmières ne sont pas assez payées pour le travail supplémentaire et le stress liés à la pandémie.

La pandémie a fait payer un lourd tribut à mes collègues et à moi-même, un tribut indescriptible.

En avril 2020, l'Ontario a offert aux infirmières et aux autres travailleurs de première ligne une augmentation de salaire de 4 $ l'heure pendant 16 semaines, plus un paiement forfaitaire de 250 $ pour chacun des quatre mois suivants s'ils travaillaient plus de 100 heures par mois. Cette bonification a expiré en août.

Selon une note de service envoyée aux hôpitaux par le ministère de la Santé de l'Ontario en avril 2020, les médecins qui travaillent dans les unités de soins intensifs qui sont en situation d’urgence en raison d’une grande quantité de cas de COVID-19 reçoivent un taux temporaire de 385 $ l'heure pour les quarts de jour et de 450 $ l'heure pour les quarts de nuit. Les médecins qui travaillent dans d'autres parties des hôpitaux bénéficient également de taux spéciaux.

Dans certains cas, lorsque les unités de soins intensifs ont un besoin urgent de personnel, les médecins qui gagnent ces taux travaillent en tant qu'infirmières suppléantes pour aider les infirmières dans leurs tâches, a déclaré Doris Grinspun, PDG de l'Association des infirmières et infirmiers autorisés de l'Ontario, à CBC News.

C'est un peu contrariant, a déclaré Mme Grinspun au sujet de l'écart de rémunération, dans le sens où les infirmières sont les expertes qui les forment.

Dans un communiqué, un porte-parole du ministère de la Santé a déclaré que le financement temporaire pour les médecins crée de la flexibilité afin que les hôpitaux puissent mieux répondre aux poussées de cas de COVID-19.

Un porte-parole de l'Ontario Medical Association a déclaré que les taux horaires temporaires n'étaient pas destinés à servir de primes en cas de pandémie, mais à simplifier la facturation pour les médecins qui doivent normalement facturer chaque service qu'ils fournissent.

Certains médecins se sont portés volontaires pour couvrir les quarts de travail des infirmières afin de leur permettre d'avoir du temps libre ou de combler les lacunes en matière de personnel. Il appartient à chaque hôpital et au ministère de la Santé de décider comment rémunérer les médecins qui travaillent comme infirmières, a déclaré Leslie Shepherd dans un courriel.

Une infirmière chevronnée envisage de s'installer aux États-Unis

Nikki Skillen, une autre infirmière en soins intensifs de la région du Grand Toronto, a déclaré que de nombreuses infirmières songeaient à changer de carrière ou envisageaient de déménager aux États-Unis, où les salaires sont meilleurs. Elle est en train de demander un visa américain pour l'avoir dans sa poche arrière, a-t-elle déclaré à CBC News.

Le portrait d'une femme qui porte des équipements de protection personnelle

Nikki Skillen songe à déménager aux États-Unis.

Photo : offerte par Nikki Skillen

Il n'y a eu absolument aucune mesure incitative pour nous ici , a déclaré Mme Skillen, qui est infirmière aux soins intensifs depuis 24 ans dans la région de Toronto.

Mmes Saharan et Skillen, qui n'ont pas voulu identifier les hôpitaux où elles travaillent, ont aussi rappelé que les augmentations salariales des infirmières sont plafonnées à un maximum de 1 % par an en vertu d’une loi du gouvernement de l'Ontario qui est entrée en vigueur en 2019.

Cette loi nous enrage, a déclaré Mme Skillen, qui a lancé un groupe Facebook pour lutter contre celle-ci. Nous valons plus que 1 %.

Le porte-parole du ministère n'a pas répondu à une question visant à savoir pourquoi le personnel infirmier ne reçoit pas d'augmentation de salaire alors que les médecins continuent de recevoir une indemnité temporaire en cas de pandémie.

David Jensen a déclaré que l'Ontario dépensait 52 millions de dollars pour recruter et maintenir en poste 3700 nouveaux travailleurs de la santé, dont des infirmières et infirmiers.

Il s'agit de l'une des plus importantes initiatives de recrutement et de formation en soins de santé de l'histoire de la province , a-t-il déclaré.

Avec les informations de CBC News

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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