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En poésie, place aux femmes!

Un montage des photos de Marie-Andrée Gill, de Joséphine Bacon et de Natasha Kanapé Fontaine.

En 2020, les recueils de poésie de Marie-Andrée Gill, de Joséphine Bacon et de Natasha Kanapé Fontaine ont été parmi les plus vendus au Québec.

Photo : Radio-Canada / Thomas Lafontaine, Hamza Abouelouafaa

Mylene Gagnon

« On assiste assurément à un âge d’or de la parole des femmes en poésie au Québec », lance d’entrée de jeu Vanessa Bell, codirectrice de l’Anthologie de la poésie actuelle des femmes au Québec, 2000-2020, avec Catherine Cormier-Larose, publiée en mars dernier.

Pour preuve, en mars, les Éditions de l'Hexagone annonçaient la nomination de Chloé Savoie-Bernard au sein de leur équipe éditoriale pour la sélection et l'édition de manuscrits de poésie. En avril, les Éditions du Noroît, consacrées à la poésie, avisaient que Charlotte Francœur et Mélissa Labonté devenaient les nouvelles directrices littéraires, alors que Roxane Desjardins prenait la tête des Éditions Les herbes rouges.

Outre ces femmes nommées à des postes clés, la hausse des ventes de recueils de poésie écrits par des femmes ne ment pas : en 2011 et en 2012, les deux recueils les plus vendus étaient des rééditions de L’homme rapaillé, de Gaston Miron, et des Fleurs du mal et Le spleen de Paris, de Charles Baudelaire. En 2020, si ces recueils sont toujours dans les 15 premières positions du palmarès théâtre et poésie, on peut également y retrouver Joséphine Bacon, Marie-Andrée Gill et Natasha Kanapé Fontaine, les seules poètes vivantes à en faire partie. Qui plus est, trois femmes autochtones.

Plusieurs facteurs peuvent rendre compte de cette réalité. Selon Catherine Cormier-Larose, les femmes et les personnes s’identifiant comme telles ont toujours été présentes en poésie, mais leur carrière était plus difficile en raison des enfants, des salaires inégaux, et parce qu’il y avait cette idée que parler de ce que vit une femme était un peu quétaine. Ce cliché, on l’a vécu très, très longtemps, déplore la nouvelle codirectrice générale et artistique du Festival de poésie de Montréal.

Vanessa Bell abonde dans le même sens. Il y eut un temps où l'on qualifiait la littérature des femmes comme douce, enrobante et sereine, alors que l’écriture des hommes était fougueuse et incendiaire.

De moins en moins on parle de la poésie des femmes comme étant une poésie de second ordre.

Une citation de :Vanessa Bell, codirectrice du Mois de la poésie

La poète explique qu’à la fin des années 1990, on parlait de littérature féminine et non de littérature des femmes. Il y a une connotation dans la manière de l’appeler ainsi. Souvent, quand on parlait de l’écriture féminine, on parlait de l’écriture de l’intime. C’était dévalué, et ce l’est encore par certains réseaux de critiques.

Elle ajoute que durant les 20 dernières années, il y a eu une contamination positive de la libération de l’écriture de l’intime, même chez les hommes. Des hommes ont écrit des romans sur la paternité, les relations amoureuses et l’image de soi.

Aussi, le mouvement de dénonciations dans le milieu littéraire qui a eu lieu l’été passé pourrait avoir eu un effet sur la présence des femmes en poésie, selon Chloé Savoie-Bernard, éditrice aux Éditions de l’Hexagone. Tout le monde a repensé les dynamiques de pouvoir. Sans dire que c’est juste grâce à ça, ça a fait que les gens réfléchissent.

Elle est également d’avis que la poésie est indissociable de l’enseignement au cégep. J’ai l’impression que les profs enseignent beaucoup plus la poésie contemporaine.

C’est important d’enseigner Gaston Miron, mais aussi de montrer qu’il y a autre chose.

Une citation de :Chloé Savoie-Bernard

Vanessa Bell croit aussi que c’est grâce à des professeures féministes, des professeurs plus excentriques, que de jeunes autrices ont pu découvrir la parole des femmes, une parole poétique aussi valable que celles des hommes. Elle pense tout de même qu’il reste encore du chemin à faire. Quand je donne des conférences au secondaire et au collégial, c’est encore les grands canons masculins de la poésie, souvent même français, qui sont enseignés.

Une poésie plus frontale

La naissance, la mort, l’amour et la nature sont des grands thèmes qui ont toujours traversé la poésie, mais dans les dernières années, Catherine Cormier-Larose a noté un changement. Une réalité collective s’est retrouvée dans la poésie. On parle de nous encore, mais aussi des choses qui existent comme société.

Vanessa Bell soutient que les tabous autour de l’avortement et la maternité sont exploités plus frontalement. Certaines autrices vont s’émanciper de ce rôle de mère et dire "Je refuse", ou "Je le suis, mais je n’aime pas cette expérience-là", ce qui était très mal reçu et absolument terrible à dire dans les années 1970.

Le viol est aussi abordé de façon plus frontale, plus nécessairement en prenant la nature comme métaphore. Ce sont des thèmes moins cachés. Ces mots-là ne sont pas moins littéraires ou moins poétiques, les images vont naître dans d’autres mots qu’à travers une métaphore. Les images vont se créer dans le choc des mots.

De son côté, Chloé Savoie-Bernard affirme que politiquement, on est dans un moment névralgique, ce qui teinte la poésie. Elle pense notamment aux réflexions sur les identités de genre ou sur les privilèges. Pour moi, le climat politique influence toujours, mais après, la littérature est nuancée. Ce n’est pas "Il se passe ça, alors ce sera clairement dans la poésie".

Vous écrivez des poèmes? Envoyez-nous vos textes inédits d’ici le 31 mai 2021!

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