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Le bas niveau de la rivière Rouge révèle des vestiges d'anciennes brasseries

Des morceaux de verre et de céramique sur une plage.

Les niveaux d'eau exceptionnellement bas cette année permettent aux Winnipégois de voir des morceaux de bouteilles sur les berges, des vestiges d'une ère où les brasseries et les usines d'embouteillage parsemaient les rives des rivières Rouge et Assiniboine.

Photo : Gracieuseté de Jennifer Still

Radio-Canada

Ce printemps, les berges de la rivière Rouge dans le sud du quartier Osborne miroitent de reflets turquoise et brun orangé. Le niveau exceptionnellement bas de la rivière dévoile d’anciennes bouteilles de verre et des carafes de céramique, reliques du tournant du 20e siècle, et normalement submergées par les flots.

Englués dans la boue et les moules zébrées, ces artefacts proviennent d'anciennes brasseries et usines d’embouteillage qui parsemaient les berges des rivières Rouge et Assiniboine ainsi que du ruisseau Colony, aujourd’hui disparu.

Celui-ci allait du nord de l’avenue Portage, serpentait le long du boulevard Memorial, avant de longer la rue Colony et de rejoindre la rivière Assiniboine.

Une carte indiquant où se trouvait le ruisseau Colony en 1873.

Une carte montrant où était situé le ruisseau Colony en juin 1873, avec la surimpression des rues ultérieures. La flèche indique l'emplacement de la brasserie de Winnipeg.

Photo : William Douglas, The House of Shea: The Story of a Pioneer Industry

Plusieurs bouteilles se trouvant le long de la rivière Rouge sont ornées de lettres et de logos embossés, ainsi que d’étiquettes peintes à l’effigie de l’ancienne usine d’embouteillage Blackwood. Elle était située au coeur d’un quartier d’entrepôts, derrière ce qui est aujourd’hui la gare Osborne du service de transport rapide.

Cette plage de verre est un véritable trésor pour des artistes comme Heather Komus, qui a aperçu des fragments en train de percer la neige durant une promenade sur les rives gelées.

C’est très excitant et cela éveille mon imagination, s’exclame-t-elle. Sur une grande roche plate, il y avait quelques pièces d’une bouteille de bière au gingembre Blackwood, comme si quelqu’un avait essayé de mettre les morceaux ensemble.

Heather Komus précise qu’il y avait tellement de pièces semblables qu’elle a rapidement compris qu’elle ne pourrait reconstituer le casse-tête.

Heather Komus sur la plage jonchée de morceaux de verre, tenant l'un d'eux dans sa main.

L'artiste Heather Komus s'émerveille de ses trouvailles.

Photo : Gracieuseté de Jennifer Still

Habituée des fouilles sur les rives, elle assure qu’elle peut cette année les explorer comme jamais auparavant.

Ces trésors se trouvent même sous le niveau des racines d’arbres noueuses, blanchies par les années passées sous l’eau.

Des niveaux exceptionnellement bas

À Winnipeg, le niveau de la rivière Rouge est déterminé par la hauteur de l’eau au-dessus du niveau normal de la glace en hiver à la station de pompage de l’avenue James. Ce point de référence représente le point zéro.

L’été, un niveau normal à l’avenue James est d’un peu moins de 2 mètres pour la rivière Rouge, et il descend tranquillement à ce moment de l’année. Selon la province, le niveau le plus bas jamais enregistré pour cette saison était de 1,45 mètre, en 1981.

Ce record a été battu vendredi dernier, alors que le niveau atteignait à peine 0,53 mètre à l’avenue James.

Le niveau recommence à monter, grâce à l'écluse et au barrage de Saint-Andrews, qui assurent des niveaux navigables.

Une ancienne bouteille de bière portant l'inscription «Blackwood's Ginger Beer. Prepared from an old and valuable recipe. Winnipeg, Canada.»

Une bouteille de bière de gingembre de Blackwood trouvée sur la plage

Photo : Gracieuseté de Jennifer Still

Mais avant que l’eau reprenne sa place, Heather Komus a pris soin de conserver quelques morceaux, émerveillée par la diversité des formes et des couleurs, ainsi que par le langage désuet des inscriptions sur l’étiquette.

Un héritage qui remonte à l’expédition de Wolseley

Longtemps abandonné, le bâtiment de l’usine Blackwood a été démoli au début des années 2000.

Selon un rapport préparé en 2002 par un agent du patrimoine de la Ville de Winnipeg, Murray Peterson, ce bâtiment était alors le dernier vestige de l’essor passé de l’industrie brassicole.

Le rapport indique que la première brasserie du lieu a été construite en 1883 par le major Stewart Mulvey, membre de l’expédition de Wolseley, venue de l’Ontario pour affronter le gouvernement provisoire de Louis Riel en 1870.

Le major Stewart Mulvey est ensuite resté à Winnipeg, où il est devenu l’un des premiers commissaires d’école, puis conseiller municipal de Fort Rouge et, ensuite, député provincial.

Vendue en 1888, la brasserie est ensuite passée entre les mains de plusieurs propriétaires, dont E. L. Drewry, devenu l’un des brasseurs les plus connus de la ville. William Blackwood en a pris possession en 1903, alors que E. L. Drewry a poursuivi ses activités plus loin, près de l’emplacement du futur pont Redwood.

Photo en noir et blanc d'un bâtiment carré de brique, portant l'inscription «Brew House».

La brasserie Blackwood en 1904, un an après sa construction au 409, avenue Mulvey Est

Photo : Western Canada Pictorial Index/Manitoba Free Press

William Blackwood a remplacé le bâtiment original par une imposante nouvelle construction.

De nombreux ajouts et agrandissements ont été effectués au cours de la décennie suivante pour former un lotissement de sept bâtiments reliés, en plus d’une annexe pour la vente.

William Blackwood a vendu le complexe après la Première Guerre mondiale. Le bâtiment est alors devenu la brasserie Pelissier, avant d’être repris par la compagnie Labatt en 1976, qui y a brassé sa bière jusqu’en 1980.

Un bâtiment abandonné avec des graffitis.

Le bâtiment principal de la brasserie en 2002, peu avant sa démolition

Photo : Murray Peterson

Le constructeur automobile qui l’a par la suite acheté n’y est resté que brièvement, le laissant vacant. Le bâtiment a fait l'objet de vandalisme au milieu des années 1990.

En raison d’impôts impayés, la Ville a repris le bâtiment, puis l’a démoli 10 ans plus tard.

Une vue aérienne avec des zones en jaune, en bleu et en orange.

Le site de l'ancien complexe de la brasserie Blackwood. Le jaune indique où la brasserie s'élevait. En bleu, il s'agit d'une ancienne usine d'eau minérale et de boissons gazeuses, devenue le marché aux puces Mulvey. La zone orange désigne une ancienne usine de marinades.

Photo : Google Satellite View

Deux bâtiments subsistent toutefois. L’ancienne usine d’eau minérale et de boissons gazeuses, devenue le bâtiment South Osborne Exchange, abrite maintenant le marché aux puces Mulvey. Et un entrepôt bleu de Dominion Auctions et CJ Storage est en fait une ancienne usine de marinades.

Les morceaux de verre turquoise trouveront, quant à eux, une nouvelle vocation entre les mains de Heather Komus.

Avec les informations de Darren Bernhardt

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