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Qu’est-ce que la pandémie a changé pour Montréal?

Si plusieurs initiatives porteuses ont vu le jour, la COVID-19 n'a pas encore produit de changements définitifs.

Vue du centre-ville de Montréal au printemps et d'un pont désert.

Vue du centre-ville de Montréal au printemps et d'un pont qui est désert en temps de pandémie de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

On dit depuis le début du confinement que la pandémie sera l’occasion pour les villes de se réinventer. Un an plus tard, qu’a-t-on fait à Montréal? Et que restera-t-il de ces initiatives?

Des espaces revalorisés

On n’a pas réinventé la ville à cause de la pandémie, mais on a réalisé la valeur de l'espace urbain, croit Anne-Marie Broudehoux, professeure agrégée et directrice des programmes d’études supérieures à l’École de design de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Cette nouvelle appréciation de l’environnement s’est concrétisée par des mesures comme la piétonnisation de certaines rues et la création de nouvelles voies cyclables.

Des initiatives qui étaient dans les cartons, mais auxquelles le contexte pandémique a donné un élan inattendu.

La pandémie va avoir eu cet effet d'accélérer des tendances qui étaient déjà là.

Une citation de :Anne-Marie Broudehoux, professeure à l’École de design de l’UQAM
Des clients assis sur des bancs extérieurs devant des bars dans la rue Saint-Denis, à Montréal.

Cet été, trois nouveaux projets de piétonnisation temporaire d’artères commerciales s’ajouteront à ceux qui ont été mis en place en 2020.

Photo : Radio-Canada / Carla Oliveira

Billy Walsh, président-directeur général de l'Association des Sociétés de développement commercial (SDC) de Montréal et directeur général de la SDC de la Promenade Wellington, confirme que la pandémie a donné un coup de pouce à des projets qui tardaient à se mettre en branle, comme la piétonnisation de la principale artère de Verdun.

On prévoyait fermer Wellington pendant quatre semaines, après le Festival de jazz, pour essayer, et même là, on sentait qu’on allait devoir travailler vraiment fort pour convaincre tout le monde, se rappelle-t-il.

Jamais, jamais, jamais avant la COVID, je ne me voyais avoir les coudées assez franches pour réaliser une piétonnisation de la rue Wellington pendant tout un été.

Une citation de :Billy Walsh, PDG de l'Association des Sociétés de développement commercial de Montréal

Si l’initiative a initialement provoqué une levée de boucliers de la part de certains commerçants, la plupart se sont ensuite ralliés au projet, qui a finalement eu tellement de succès qu’on va le reprendre cette année.

Réappropriation citoyenne

La Ville a dû faire preuve d’une flexibilité inhabituelle, estime Jérôme Normand, membre du conseil de la Ville de Montréal pour l’arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville et président de la commission de l’aménagement de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). On a pu tester l’urbanisme tactique, c'est-à-dire essayer quelque chose qui n'est pas parfait, puis prendre les enseignements et se corriger pour que cette mesure transitoire puisse devenir permanente.

Une rue piétonne à Montréal.

Les rues familiales et actives sont réservées pour la marche, le vélo ou des jeux libres, comme ici, la rue Chapleau, en bordure du parc Baldwin, sur le Plateau.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

M. Normand cite notamment l’exemple des rues familiales et actives, où la circulation de transit est interdite et qui donnent la priorité aux piétons et aux cyclistes.

Habituellement, grâce à ce programme de la Ville, des aménagements sont progressivement mis en place sur une période de trois ans. Mais là, on n’était pas dans une dynamique où on construit sur trois ans et où on met des centaines de milliers de dollars d'aménagements en béton, explique M. Normand. On a plutôt transformé une rue en mettant des bacs à fleurs, en plantant des écriteaux, puis en informant ceux qui passent dans la rue.

Avant la pandémie, on ne pouvait pas réagir rapidement à la demande de citoyens qui disent : "Moi, je veux que ma rue soit familiale et active." Cela n’existait pas. La pandémie a créé une espèce de tremblement de terre et on s'est rendu compte qu'il fallait être beaucoup plus agile et être capable de répondre à des demandes fortuites.

Une citation de :Jérôme Normand, président de la commission de l’aménagement de la CMM

Ces initiatives citoyennes qui ont essaimé pendant la pandémie sont extrêmement porteuses, estime Anne-Marie Broudehoux, donnant l’exemple de plusieurs projets de microparcs qui ont poussé sur des terrains vagues. C'est un urbanisme qui ne coûte rien. Il n’y a pas de planification à long terme et, une fois qu'on a trouvé que l'espace est viable et intéressant, la Ville va investir et en faire un véritable parc avec des infrastructures.

La flexibilité a été bienvenue du côté de la réglementation également, souligne Christian Savard, directeur général de l’organisme Vivre en ville. La Ville a permis la libéralisation d'un certain nombre de règlements d'occupation de l'espace public, comme pour les terrasses ou pour la consommation de repas dans la rue avec un verre d'alcool, illustre-t-il.

La terrasse d'un restaurant, rue Saint-Denis, à Montréal.

Comme l’an passé, plusieurs arrondissements ont renouvelé leur tarif à prix modique concernant l’occupation temporaire du domaine public.

Photo : Getty Images / AFP/Daniel Slim

Sébastien Lord, professeur agrégé à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage et directeur de l’Observatoire Ivanhoé Cambridge de l’Université de Montréal, espère que la Ville gardera la capacité à s’adapter qu’elle a montrée pendant la pandémie.

C’est important d'avoir des réglementations, parce qu'on aménage pour tout le monde et que les réglementations ont pour but de créer des espaces universellement accessibles, mais il ne faut pas pour autant perdre toute flexibilité, note-t-il.

Que restera-t-il de tout cela?

La pandémie et le confinement vont rendre les Montréalais plus exigeants en ce qui concerne leur environnement immédiat, croit M. Lord. On a redécouvert le besoin d’une proximité de qualité. Toutes les infrastructures, le mobilier urbain, le design urbain qu'il y a autour de nous, on se rend compte que c'est important si on passe plus de temps dans ces espaces.

Des personnes se promènent dans un parc.

Depuis le début de la pandémie, les Montréalais sont nombreux à fréquenter les parcs de la métropole.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Tous les Montréalais qui marchent dans leur quartier et fréquentent les parcs comme jamais auparavant vont réclamer que les espaces publics soient mieux entretenus et aménagés, croit-il.

Les gens ont de nouvelles exigences sur la qualité des aménagements de proximité.

Une citation de :Sébastien Lord, directeur de l’Observatoire Ivanhoé Cambridge du développement urbain et immobilier de l’Université de Montréal

Cette réflexion pourrait également impliquer une réduction de l’espace consenti aux autos, pense Richard Shearmur, professeur et directeur de l’École d'urbanisme de l’Université McGill.

Cela fait 10 ou 15 ans qu’on se dit que la voiture prend trop de place, note-t-il. La pandémie a été l’occasion de mettre en place des projets, comme la piétonnisation de certaines artères ou des pistes cyclables temporaires dont on discutait depuis longtemps, et de s’ajuster.

Elle a été un laboratoire pour voir, en pratique, comment certaines de ces idées pouvaient être mises en application. On a vu que le monde ne s'arrêtait pas de tourner s'il y avait de la piétonnisation.

Une citation de :Richard Shearmur, professeur et directeur de l’École d'urbanisme de l’Université McGill
Des passants marchent dans la rue Sainte-Catherine.

Plusieurs secteurs de la rue Sainte-Catherine ont été piétonnisés l'été dernier.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

C’est également l’avis d’Anne-Marie Broudehoux. Pendant la pandémie, on avait tous besoin de sortir, de marcher, et on a réalisé qu’un trop grand pourcentage de l’espace commun est consacré à la voiture, croit-elle. À l'échelle des citoyens, il s’est produit un déclic, une reconnaissance.

Piétonniser, c’est reprendre tous les acquis qui ont été donnés à la voiture; ça fait partie d’une réhumanisation de la ville.

Une citation de :Anne-Marie Broudehoux, professeure à l’École de design de l’UQAM

On gagnera aussi de la pandémie une nouvelle valorisation des artères locales, croit Billy Walsh. Le plus grand gain qu'on a fait, c'est la prise de conscience collective quant à l'importance des districts commerciaux dans les villes. On a arrêté de les traiter comme des espaces de transactions et on a finalement compris qu'on devait développer ces espaces comme des milieux de vie à part entière en s’attaquant aux enjeux d'aménagement, de mobilité, d'inclusion, d'embellissement et d'efficacité.

Ce qu'il reste à faire

S'il y a eu des initiatives intéressantes à l'échelle des arrondissements, le centre-ville de Montréal, pour sa part, peine à reprendre son élan.

Deux hommes marchent dans le centre-ville de Montréal.

Les passants étaient rares dans la rue Sainte-Catherine, au centre-ville, cet hiver.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

C'est très difficile d'attirer des gens au centre-ville simplement pour venir y magasiner, alors que les restaurants sont fermés, reconnaît Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Et tant que les gens sont en télétravail, ils ont le réflexe d'aller dans des commerces à proximité de leur résidence.

Le centre-ville a été délaissé, constate Richard Shearmur, qui pense que plus d’actions ont été entreprises dans les quartiers péricentraux, là où se trouvent maintenant les gens qui font du télétravail. La Ville a essayé d'aménager dans l'urgence les espaces où les gens vivent, et à Montréal, ce n'est pas vraiment le centre-ville, c'est plutôt autour du centre.

Toutes les artères commerciales ont eu la vie difficile cette année, croit pour sa part Billy Walsh. Mais certains secteurs, comme le centre-ville de Montréal, ont été plus touchés étant donné leur clientèle et leur complexité inhérente.

La Chambre de commerce a élaboré plusieurs initiatives pour relancer le quartier, tout en sachant qu’il s’agit d’un processus à long terme. Ce qu'on voudrait, c'est qu'on voie la relance comme une affaire d'un an, pas juste de cet été, précise Michel Leblanc.

Un homme avec un masque et des oreilles de lapin est assis sur une chaise en plein milieu d'une rue piétonne, dans le Quartier des spectacles, alors qu'une femme, masquée elle aussi, le regarde en marchant.

Dans le Quartier des spectacles, la Ville a mis en place des aménagements temporaires pour attirer les Montréalais.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

On doit d’abord mettre en place des mesures pour que l’espace public et les transports en commun soient sécuritaires, afin de rassurer les travailleurs. Ensuite, croit-il, il faut leur donner envie de venir. Cela passe par une offre de services de conciergerie pour les travailleurs des tours de bureaux, mais aussi par l’aménagement d’espaces extérieurs agréables pour la tenue de réunions ou de 5 à 7, tout ce qui fait en sorte que c'est plus agréable d'être au centre-ville avec ses collègues que de rester dans son sous-sol ou dans son cinq et demi.

Si les travailleurs reviennent, la trame commerciale va se renforcer, entraînant ainsi un cercle vertueux, estime le président de la Chambre de commerce, qui a lancé ce printemps l’initiative J’aime travailler au centre-ville.

Le pari qu'on fait, c'est que, dans un an, ce soit crédible que des gens disent "moi, j'aime travailler au centre-ville".

Une citation de :Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Les mal logés

La pandémie a mis en évidence le fait qu’un nombre important de Montréalais habitent des logements inadéquats, rappelle Richard Shearmur.

Trois bénévoles discutent avec un passant.

Des bénévoles distribuent des trousses, y compris des masques, des gants et de l'information sur la COVID-19, à Montréal-Nord, un quartier durement frappé par la pandémie.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

C'était un problème bien avant la COVID, mais on en est devenu plus conscient parce que les personnes qui souffrent de ce manque de logements sont exactement celles sur lesquelles on compte aujourd'hui pour nettoyer nos hôpitaux ou pour nous servir, soutient-il. On s'est rendu compte que ces personnes vivent dans des logements de mauvaise qualité, ce qui a entraîné leur plus forte exposition au virus.

Dans certains quartiers, comme Montréal-Nord, demeurent une forte proportion de travailleurs essentiels qui ont été particulièrement exposés à la COVID à cause, notamment, de la forte densité et de la promiscuité.

Le problème de logement ne se mesure pas au nombre de personnes qui vivent dans la rue. Le vrai problème, c'est l’incapacité de payer un logement adéquat.

Une citation de :Richard Shearmur, professeur et directeur à l’École d'urbanisme de l’Université McGill

La pandémie a mis en lumière les inégalités et les problèmes urbains de mal-logement, de suroccupation qu'on connaissait depuis des années, renchérit Sébastien Lord. Si on est mal logé et si on est obligé de rester confiné dans son logement, la situation est encore pire.

Les deux chercheurs sont sceptiques par rapport à des changements à court terme sur ce front.

Dévier une voie de circulation, changer des heures d'activités permises dans des parcs, cela se fait assez facilement, mais construire des logements, cela ne se fait pas du jour au lendemain, estime M. Lord.

Si la Ville peut inciter les promoteurs à construire des logements sociaux et abordables, elle devra surtout travailler avec les autres ordres de gouvernement, qui tiennent les cordons de la bourse.

La pandémie va passer, mais je pense que les gens ont pris conscience de l’importance de la qualité du logement. Ça, ça risque de rester.

Une citation de :Sébastien Lord, directeur de l’Observatoire Ivanhoé Cambridge du développement urbain et immobilier de l’Université de Montréal

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