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Israël intensifie ses raids à Gaza et combat des émeutes sur son sol

Les violences ont fait au moins 74 morts et des centaines de blessés en un peu plus de deux jours.

Des immeubles sont éclairés par une explosion dans un quartier.

Une frappe israélienne sur Gaza, dans la nuit du 12 au 13 mai 2021.

Photo : afp via getty images / Mahmud Hams

Agence France-Presse

Israël avait des airs jeudi de pays plongé dans un double conflit, à l'heure d'affrontements sanglants avec les islamistes du Hamas établis dans la bande de Gaza, et d'émeutes dans ses villes judéo-arabes.

Peu après minuit, les alertes à la roquette ont repris dans le sud du pays, mais aussi dans la métropole Tel-Aviv et, pour la première fois depuis le début de l'escalade lundi, jusque dans le nord du pays.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, cinq personnes ont été blessées quand une roquette s'est abattue dans un complexe résidentiel de Petah Tikva, près de Tel-Aviv, selon les secouristes.

Pendant ce temps, l'aviation israélienne frappait des positions du Hamas dans la bande de Gaza, microterritoire palestinien peuplé de deux millions d'habitants, ciblant entre autres des locaux liés aux opérations de contre-renseignement du Hamas et la résidence d'Iyad Tayeb, un commandant du mouvement.

Le mouvement islamiste avait annoncé mercredi le décès de Wael Issa, chef de sa branche militaire pour la ville de Gaza, la principale de ce territoire palestinien, tandis que les services de renseignement intérieurs israéliens ont annoncé le décès de trois autres ténors de l'organisation.

Un homme pleure en tenant dans ses bras le corps d'un jeune homme dont on ne voit pas le visage.

Un Palestinien pleure en étreignant un proche dans un hôpital de Gaza, où les personnes blessées ou tuées dans les frappes israéliennes sont transférées.

Photo : afp via getty images / Anas Baba

L'aviation israélienne a aussi pulvérisé une tour de plus de dix étages abritant des bureaux de la chaîne palestinienne Al-Aqsa, créée il y a quelques années par le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, où le dernier bilan fait état de 67 morts, dont 17 enfants, et près de 400 blessés.

En représailles au raid sur la tour Al-Shorouk et à la mort d'un groupe de dirigeants, le Hamas a lancé mercredi soir plus d'une centaine de roquettes vers Israël dont plusieurs ont été interceptées par le bouclier antimissile Dôme de fer.

Ces nouvelles frappes ont fait passer à environ 1500 le nombre de roquettes tirées vers l'État hébreu depuis le début de la semaine par différents groupes armés. Et le bilan est passé à sept morts côté israélien, pour un total d'au moins 74 morts et des centaines de blessés en un peu plus de deux jours.

Une femme en pleurs est entourée d'une foule affligée devant la dépouille d'un jeune homme.

Une femme palestinienne pleure la mort de son fils, Rasheed Abu Arra, tué lors d'affrontements avec les forces israéliennes dans le village d'Aqqaba, près de la ville de Tubas en Cisjordanie, le 12 mai 2021.

Photo : AP / Majdi Mohammed

Israël dit vouloir « continuer » à frapper

Face à cette intensification des combats, une nouvelle réunion en urgence du Conseil de sécurité de l'ONU pour vendredi a été demandée mercredi par trois pays, la Tunisie, la Norvège et la Chine. Cette session, qui sera publique et à laquelle devraient participer Israël et les Palestiniens, sera la troisième du Conseil depuis lundi.

Lors des deux premières visioconférences, tenues à huis clos, les États-Unis se sont opposés à l'adoption d'une déclaration commune du Conseil de sécurité visant à faire arrêter les affrontements, la jugeant contre-productive à ce stade, selon des diplomates.

Washington a toutefois annoncé mercredi soir l'envoi d'un émissaire en Israël et dans les Territoires palestiniens pour exhorter une nouvelle fois à la désescalade, tandis que la Russie a appelé à une réunion d'urgence du Quartet sur le Proche-Orient (Union européenne, Russie, États-Unis, ONU).

Mais le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, qui s'est entretenu au téléphone en soirée avec le président Joe Biden, a dit vouloir continuer à frapper et affaiblir les capacités militaires du Hamas.

Portrait de Benyamin Nétanyahou qui participe à une mêlée de presse.

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, en visite à Lod, le 12 mai 2021.

Photo : afp via getty images / Ahmad Gharabli

Le président palestinien Mahmoud Abbas – qui siège en Cisjordanie, théâtre de manifestations, de heurts et d'attaques contre les forces israéliennes ayant fait trois morts mardi – s'est aussi entretenu avec Joe Biden, mais pour lui demander de faire cesser les attaques israéliennes.

J'ai parlé avec le président Abbas de la situation en cours à Jérusalem, en Cisjordanie et à Gaza. J'ai exprimé mes condoléances pour les pertes de vies. J'ai souligné la nécessité de mettre fin aux attaques à la roquette et de faire baisser les tensions, a tweeté de son côté M. Blinken dans la nuit de mercredi à jeudi.

Israël et le Hamas se dirigent vers une guerre à grande échelle, a alerté l'émissaire de l'ONU pour le Proche-Orient Tor Wennesland : Une guerre à Gaza serait dévastatrice et ce sont les gens ordinaires qui en paieraient le prix, dans ce territoire palestinien de deux millions d'habitants, miné par un taux de chômage avoisinant 50 %.

En coulisse, l'ONU, le Qatar et l'Égypte s'activent aussi pour faciliter une médiation, le chef de la diplomatie égyptienne ayant contacté son homologue israélien pour tenter en vain pour l'instant de le convaincre de cesser les frappes sur la bande de Gaza.

Manifestations, émeutes et lynchage

Le Hamas avait lancé une première salve de roquettes vers Israël en guise de solidarité avec les plus de 700 Palestiniens blessés dans des heurts avec la police israélienne sur l'esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l'islam situé à Jérusalem-Est, portion de la ville sainte conquise par Israël en 1967.

Si, à quelques heures de la fin du ramadan, mois du jeûne musulman, l'esplanade des Mosquées semblait avoir retrouvé des airs de calme jeudi, de nombreuses villes en Israël ont, elles, été le théâtre d'émeutes.

Des militants d'extrême droite ont manifesté mercredi soir à travers le pays, provoquant des affrontements avec les forces de l'ordre, et parfois des Arabes israéliens. La police a indiqué réagir aux incidents violents dans plusieurs villes, notamment Lod, Acre et Haïfa.

Des Palestiniens se sauvent des soldats israéliens dans une rue sombre tandis que des feux sont allumés au loin.

Des manifestations anti-Israël ont eu lieu dans plusieurs villes, dont la colonie de Beit El, près de Ramallah.

Photo : afp via getty images / Abbas Momani

Et le pays accusait le choc de la diffusion, en direct à la télévision, et à une heure de grande écoute, du lynchage d'un homme, considéré comme arabe par ses agresseurs, par des militants d'extrême droite près de Tel-Aviv.

Ces images insoutenables montrent un homme sorti de force de sa voiture puis roué de coups par une foule de plusieurs dizaines de personnes, jusqu'à ce qu'il perde connaissance.

Ce qu'il se passe depuis ces derniers jours dans les villes d'Israël est insupportable... rien ne justifie le lynchage d'Arabes par des juifs et rien ne justifie le lynchage de juifs par des Arabes, a déclaré dans la nuit Benyamin Nétanyahou, disant qu'Israël était confronté à un combat sur deux fronts.

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