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Analyse

Conflit israélo-palestinien : variations sur un même thème

Du feu et de la fumée noire se dégagent d'un quartier.

Une frappe atteint un bâtiment dans un quartier contrôlé par le Hamas, à Gaza, le 11 mai 2021.

Photo : afp via getty images / Mohammed Abed

Devant les images qui nous parviennent de Gaza et de Jérusalem-Est, on peut avoir l’impression de revoir un vieux film de la énième répétition d’un conflit éternel.

Des jeunes Palestiniens qui lancent des pierres contre des soldats israéliens surarmés. Les grenades lacrymogènes, les balles en caoutchouc. Des combats sur l’esplanade des Mosquées. Les roquettes du Hamas.

Les bombardements sur Gaza. Les bilans disproportionnés, avec 10, 100 morts palestiniens pour un mort israélien.

Au moins 26 Palestiniens, dont une dizaine d’enfants, ont été tués les 10 et 11 mai par des bombardements israéliens dans l’enclave palestinienne au sud d’Israël. Fait rarissime, deux Israéliennes ont perdu la vie à la suite d’attaques à la roquette, lancées depuis le nord de la bande de Gaza vers la côte israélienne.

Trois femmes sont recroquevillées sur le bord d'une autoroute, entre une voiture et un muret de béton.

Des Israéliens se mettent à l'abri alors que roquettes sont lancées depuis Gaza vers Tel-Aviv, le 11 mai 2021.

Photo : afp via getty images / Gideon Markowicz

Ce sont les pires violences depuis au moins six ans, dans un conflit qui en a pourtant vu d’autres. Ça ne fait que commencer, promet-on à Jérusalem.

Un rappel : à l’été 2014, plus de 1800 Gazaouis avaient été tués, dont une majorité de civils et environ un quart d’enfants, contre 73 tués du côté israélien, la plupart militaires.

Ce nouvel épisode d’une crise toujours recommencée oppose encore le Hamas, qui contrôle Gaza, à l’État d’Israël. Mais elle tourne également autour des expulsions de Palestiniens à Jérusalem-Est, les deux séquences étant liées.

Un drame oublié

Le drame israélo-palestinien s’est vu relégué, ces dernières années, au second plan derrière beaucoup, beaucoup d’autres crises.

Il y a 25 ans, lorsqu’on s’interrogeait sur les principaux sujets des relations internationales, du point de vue des experts ou des médias, la question israélo-palestinienne arrivait toujours en tête de liste sur le podium des incontournables questions géopolitiques.

Aujourd’hui, 10 ou 20 sujets passeront aisément loin devant la question palestinienne. Et il ne s’agit pas que du changement climatique et de la pandémie de COVID-19.

Cet air terrible de déjà-vu, d’une répétition de la même histoire depuis des décennies, explique en partie ce désintérêt radical.

Pourtant, il y a du nouveau dans la situation actuelle. Du nouveau qui ne veut pas nécessairement dire du mieux.

Une crise du leadership politique

Exemple de cette nouveauté : des deux côtés – israélien et palestinien – il y a aujourd’hui une sorte de vide du pouvoir au sommet et une grave crise du leadership politique, laissant la porte grande ouverte aux extrêmes qui désormais donnent le ton.

Côté israélien, le premier ministre Benyamin Nétanyahou est un personnage contesté, ayant sur les bras un triple procès pour corruption, pots-de-vin et trafic d’influence. Tel un Donald Trump méditerranéen, ce politicien accuse sans cesse la justice et les médias de comploter contre lui.

Cet homme est aujourd’hui incapable de former un gouvernement, dans un pays à la démocratie vacillante, qui vient de tenir quatre élections en moins de deux ans, toujours incapable de trouver une majorité pour former un gouvernement.

Les ratés de la démocratie israélienne encouragent un cynisme profond face à la politique. Ils favorisent l’extrémisme dans un pays qui n’a cessé d’évoluer, depuis 20 ans, vers la droite et l’extrême droite.

Benyamin Nétanyahou portant un masque.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou de retour en cour pour un triple procès pour corruption, pots-de-vin et trafic d’influence.

Photo : Reuters / Ronen Zvulun

Du côté palestinien, c’est également la déroute du leadership, mais cette fois dans un contexte de faiblesse stratégique extrême, alors qu’Israël reste militairement puissant malgré le chaos politique.

Il faut rappeler le caractère extrêmement asymétrique de cet affrontement, où l’un des deux camps a nettement le gros bout du bâton, et une puissance de feu sans commune mesure avec celle de l’ennemi.

Chez les Palestiniens, cela fait 15 ans qu’il n’y a pas eu d’élections. Le Hamas à Gaza et le Fatah en Cisjordanie sont des frères ennemis installés sur des territoires distincts.

Fin avril, on a annulé une nouvelle tentative d’aller aux urnes pour tenter de réunifier cette Palestine virtuelle.

Mahmoud Abbas, vieux président de ce qu’on appelle encore (sans rire) l’Autorité palestinienne, s’agrippe sur un champ de ruines, sans qu’on sache s’il a encore vraiment beaucoup d’appuis. D’ailleurs, on ne le saura pas de sitôt puisqu’il a annulé les élections!

Voilà donc un élément de nouveauté : il y a 20 ou 25 ans, dans cette affaire inextricable, il y avait au moins des leaders bien identifiés des deux côtés. Des personnages comme Yasser Arafat et Yitzhak Rabin, chacun de leur côté, avaient des programmes, des appuis. Ils étaient représentatifs de leur peuple respectif, avec des majorités derrière eux.

Ils incarnaient l’espoir, l’idée d’un compromis toujours possible en l’imposant même à ceux qui, dans leur propre camp, n’y croyaient pas. Et puis, malgré le sang versé, malgré le passé violent de la deuxième moitié du 20e siècle, il y avait l’acceptation du fait que l’autre était malgré tout un humain, avec les mêmes aspirations et droits fondamentaux.

Aujourd’hui, tous ces bons sentiments ont disparu.

Le triomphe des radicaux

L’idée de compromis est étrangère au Hamas, ce groupe islamiste et combattant qui reste sans doute l’organisation palestinienne la mieux structurée.

En Israël, ce sont les ultranationalistes juifs qui donnent le ton. On les a encore vus, ce 10 mai, lors de la Journée de Jérusalem censée célébrer l’unification de la ville (ici, mettre de gros guillemets!). Une commémoration de la victoire de 1967, pendant la guerre des Six Jours, glorieuse pour les Israéliens, humiliante pour les Arabes.

Cette journée-là, les militants ultrasionistes ont défilé, vêtus de blanc, dans les rues du vieux Jérusalem, pour clamer leur triomphe, narguer les Palestiniens et scander des slogans anti-Arabes.

D’autres anniversaires explosifs arrivent en ce milieu de mai : celui de l’indépendance d’Israël, suivi immédiatement de la commémoration par l’autre camp – sur le mode tragique – de la Nakba (Catastrophe ou Grande Défaite) qui en 1948 avait jeté les Palestiniens (ou une bonne partie d’entre eux) hors de leurs domiciles.

La crise actuelle, par certains aspects, répète les crises antérieures. Elle a éclaté, en avril, à la suite des pressions pour faire expulser des familles palestiniennes de Jérusalem-Est, avec des lois qui donnent le droit aux Juifs de déloger des occupants arabes de plusieurs décennies.

Les roquettes palestiniennes de Gaza et les bombardements massifs des super-avions d’Israël n’ont rien de nouveau non plus.

Des frappes israéliennes à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le mardi 11 mai 2021.

L'armée israélienne a mené des frappes de riposte dans la bande de Gaza.

Photo : AFP / SAID KHATIB

Érosion des positions palestiniennes

Au cœur du litige, le territoire de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie est soumis à un processus de judaïsation, d’éviction des Arabes, puis d’une annexion de facto par l’occupation juive.

Ce qui, une fois de plus, a fait exploser le vieux Jérusalem et les jeunes populations arabes qui s’y trouvent toujours. Les affrontements se sont logiquement déplacés jusqu’à l’esplanade des Mosquées (qui est simultanément le mont du Temple, pour les juifs), véritable Ground Zero de cet affrontement historique.

Malgré toutes ces répétitions ad nauseam de scénarios et de décors connus, il y a tout de même des évolutions importantes.

Les positions palestiniennes, du point de vue de l’occupation du territoire, ne cessent de s’éroder. Les habitants juifs en Cisjordanie sont passés de 35 000 en 1984… à 450 000 en 2021!

Et puis, encore une nouveauté, d’apparence plus anecdotique : jamais, jusqu’à ce 10 mai 2021, n’avait-on vu de grenades israéliennes lancées à l’intérieur même de la mosquée d’Al-Aqsa. D’où ce sentiment palestinien de viol et d’indignation.

C’est d’ailleurs cet épisode qui a poussé le Hamas à rouler les mécaniques, à agiter des menaces depuis Gaza, puis à lancer des roquettes. Avec, de façon archi-prévisible, des super-représailles israéliennes, meurtrières pour la population palestinienne.

Des femmes en pleurs tentent de se réconforter.

Des proches d'Ahmed Al-Shenbari pleurent sa mort dans un raid israélien sur la ville de Beit Hanoun, le 11 mai 2021.

Photo : Getty Images / Fatima Shbair

Vaines exhortations et indifférence

Qu’attendre de la communauté internationale? Bien peu en réalité, au-delà des vaines exhortations à la retenue, qui affluent en ce moment de l’ONU comme de l’Union européenne.

Les États-Unis? Sous Donald Trump, ils avaient pris complètement parti pour un camp contre l’autre. C’est peut-être plus nuancé avec les démocrates, mais Joe Biden a d’autres chats à fouetter. Il n’a probablement pas envie de remettre les pieds dans un bourbier où les chances de réussite diplomatique sont d’une sur un million.

Ce qui donne un rappel purement rhétorique de la solution à deux États, mirage auquel plus personne ne croit. Une assistance humanitaire aux Palestiniens (et là, oui, Washington a rétabli une partie de l’aide financière à l’Autorité palestinienne, qui avait été coupée par Donald Trump). Mais toujours, avec les démocrates comme avec les républicains, un soutien sécuritaire inconditionnel à l’État hébreu.

Dernier élément nouveau, à l’international : les alliances de facto qu’Israël est en train de nouer dans le monde arabe. Avec les Émirats, Bahreïn, et bientôt l’Arabie saoudite. Des États pour lesquels la question palestinienne n’est plus primordiale, et n’empêche désormais ni les bonnes affaires ni les ententes régionales.

De bien mauvaises nouvelles pour les Palestiniens.

Un homme tient une fillette dans ses bras, les deux sont couverts de poussière.

Un homme réconforte une fillette blessée à l'hôpital al-Shifa, après des frappes de l'armée israélienne, le 11 mai 2021.

Photo : afp via getty images / Mahmud Hams

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