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Témoignages : entre pénurie de logements et discrimination

Deux personnes d'origine autochtone assises dans des fauteuils Adirondack près d'un chalet.

Le Centre d'amitié autochtone de Senneterre a réuni des personnes ayant vécu ce type d'intimidation.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Des propriétaires refusent de louer leur appartement aux Autochtones ou encore aux parents ayant de jeunes enfants.

Si la pénurie de logements est bien connue à Val-d’Or et Rouyn-Noranda, on entend moins parler de la municipalité de Senneterre, qui vit la même problématique.

Réunis par le Centre d’amitié autochtone de Senneterre, plusieurs Autochtones ont accepté de nous raconter ce qu’ils vivent au quotidien.

Johnny Nayassit, qui est Cri, se cherche un logement depuis plusieurs mois. Il assure que c’est beaucoup plus difficile en étant Autochtone, mais en attendant, il doit s’organiser avec les moyens du bord.

Depuis que je suis revenu, je suis demeuré chez ma sœur et on s’est fait un emplacement dans le sous-sol. J’ai des murs en draps ou couvertures pour au moins dire que j’ai mon espace à moi. Puis là j’habite chez un ami.

Elizabeth Mianscum comprend bien ce que vit Johnny Nayassit, elle qui est déjà passée par là.

Elizabeth Mianscum témoigne à la caméra.

Elizabeth Mianscum

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Aussitôt qu’on essaie de demander des loyers en ville à Senneterre, ils mettent tous les Autochtones dans le même bateau, aussitôt que tu dis Mianscum, Wapachee ou tous les noms autochtones, ils disent : "On ne peut pas te donner le loyer, car tu vas tout briser. Et vous buvez tout le temps". On n'est pas tous pareils, les Autochtones, il y a du monde qui fait ça, mais moi, je respecte ce que j’ai chez nous, assure Elizabeth Mianscum, qui souhaiterait que les propriétaires accordent une chance aux Autochtones.

Si un Autochtone a fait du trouble dans un logement, bien ensuite tous les Autochtones de la ville ne sont pas bons pour avoir un logement, on nous met tous dans le même panier, c’est comme ça que je vois ça, ajoute Agathe Denis-Dame, qui abonde dans le même sens.

Je fais des appels des fois pour eux, puis quand ils voient le numéro du Centre d’amitié autochtone, ils ne répondent pas. Puis j’essaie avec mon cellulaire et ça répond tout de suite, assure Sylvie Patry, qui travaille au Centre d’amitié autochtone de Senneterre.

Sylvie Wabanonik-Grandmaison a vécu cette discrimination il y a quelques années et a constaté qu’il suffit parfois d’une seule personne pour faire changer la perception des gens à l’égard des Autochtones.

Sylvie Wabanonik-Grandmaison témoigne à la caméra.

Sylvie Wabanonik-Grandmaison

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Une fois, à Val-d’Or, j’avais donné mon nom de "Blanc", Sylvie Grandmaison, et comme je n’ai pas d’accent, le monsieur m’avait demandé de venir visiter le loyer. Quand il m’a vu le visage, il a vu que j’étais une Autochtone et il m’a dit qu’il ne louait pas aux Autochtones, affirme Sylvie Wabanonik-Grandmaison, qui n’en est pas restée là.

Il m’a dit que c'est parce qu’on brise les logements, on ne paye pas, on fait de partys. Je lui ai demandé s’il avait déjà eu le même type de problèmes avec des Blancs et il m’a répondu oui. Quand je lui ai demandé s’il louait encore aux Blancs, évidemment il a répondu oui. Je lui ai demandé de laisser une chance à une Autochtone, il m’a dit qu'il me laissait trois mois d’essai, mais qu’il me mettait dehors si ça ne marchait pas, ajoute Sylvie Wabanonik-Grandmaison, qui assure que son propriétaire lui a finalement avoué qu’elle était une très bonne locataire et lui a même demandé si elle connaissait d’autres Autochtones tranquilles comme elle.

Son opinion avait changé et il a vu qu’on n’était pas tous pareils, alors j’ai vraiment changé son opinion à lui, ajoute-t-elle.

Accepter de vivre dans un logement insalubre

La grande difficulté à se trouver un logement pour les familles autochtones fait aussi en sorte que plusieurs acceptent de demeurer dans un logement insalubre.

C’est le cas de Mark Roy, qui réclame des travaux dans son logement depuis des années déjà. Il assure qu’il y a eu plusieurs infiltrations d’eau dans son sous-sol et que les travaux n’ont pas été faits.

Ma famille ne peut même plus dormir au sous-sol, car ça sent trop la moisissure. Je les ai appelés plusieurs fois et les travaux ne se font jamais. Il faut garder les fenêtres ouvertes tout l’été, mais l’hiver c’est impossible. Si je quitte mon appartement, c’est clair que je ne vais rien trouver d'autre à Senneterre, je n’ai juste aucun choix, se résigne toutefois Mark Roy.

Plusieurs personnes assises dans des fauteuils Adirondack placés en cercle.

Plusieurs personnes ont accepté de témoigner de la discrimination qu'ils ont vécue au moment de se chercher un logement.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Ça commence à couler dans la cave, moi aussi. Je demande toujours qu’on change mes portes, car l’hiver, je dois mettre des foulards après ma porte et une couverte par terre pour pas que le froid rentre, ajoute pour sa part Elizabeth Mianscum en nous parlant de son appartement.

À Val-d’Or, nous avons pu constater qu’un propriétaire possédant plusieurs immeubles en réserve quelques-uns pour la clientèle autochtone. Les différents organismes à qui nous avons pu parler sont toutefois loin d’y voir là un geste d'altruisme.

Il garde ses pires logements pour les Autochtones. Ce sont des logements qui sont affreux, alors qu’il a des blocs super beaux qu’il loue aux Blancs, puis les Autochtones, nous autres, on a ses vieux blocs avec de la moisissure et des trous dans les murs, affirme Sylvie Wabanonik-Grandmaison.

S’ils en parlent, ils vont se faire mettre dehors, certains se ramassent avec des égouts. J’ai un cas, ça faisait six ou sept dégâts d’eau qu’ils avaient jusqu’à la moitié des murs dans le logement. Je suis allée et j’avais tellement mal au cœur. Ils ont réparé le clapet, mais les murs, ils laissent ça comme ça, affirme Sylvie Patry.

J’en ai qui sont malades, ça ne sent vraiment pas bon puis ça ne bouge pas. Eux ils ne veulent pas s’en aller ailleurs, il n'y a pas de logements, mais ils viennent malades, ce n’est vraiment pas drôle, on a un très gros problème de salubrité, ajoute Sylvie Patry, qui précise que, bien souvent, ce n’est pas par choix que les Autochtones doivent s’entasser à plusieurs dans un petit appartement.

Sylvie Patry témoigne à la caméra.

Sylvie Patry travaille au Centre d'amitié autochtone de Senneterre.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Ils couchent dehors, il y en a tellement de ça, c’est effrayant. Des fois, ils doivent rester en communauté dans un petit appartement parce que sinon ils couchent dehors. Des fois, ce n’est même pas des membres de leur famille, ajoute Sylvie Patry.

Peu de plaintes sont faites

La discrimination dans le domaine du logement est pourtant interdite au Québec, mais très peu de gens se lancent dans ce type de recours. Le processus peut être long et plusieurs craignent ensuite d’avoir une mauvaise réputation auprès des autres propriétaires.

On est tellement habitués à se faire refuser qu’on dirait qu’on se tait et on ne dit rien. Les Autochtones n'ont pas tendance à se plaindre beaucoup, assure Sylvie Wabanonik-Grandmaison.

La santé publique est déjà venue constater l’état de certains logements à Senneterre, mais les locataires ne souhaitaient pas que l’organisation rencontre leurs propriétaires.

Ils ont envoyé des lettres aux locataires en leur disant de les remettre aux propriétaires, mais les locataires n’ont jamais donné les lettres aux propriétaires, parce qu’ils avaient peur de perdre leur logement, assure Nancy Brunelle, coordonnatrice au Centre d’amitié autochtone de Senneterre.

Même les enfants sont victimes de discrimination

Kym Garant a vécu une autre forme de discrimination à Val-d’Or. Récemment séparée du père de ses deux enfants, elle cherche un 5 ½ à louer. Intéressée par un logement, on l’a avisée que la propriétaire n’acceptait pas les enfants.

Kym Garant et ses deux enfants.

Kym Garant et ses deux enfants

Photo : gracieuseté

C’est de la discrimination, tu ne peux pas ne pas accepter un enfant, ce n’est pas un animal. Un humain c’est un humain, tout le monde a eu des enfants [...] Ne pas se faire accepter parce que tu as des enfants, ça ne devrait même pas être une raison, affirme la mère de famille, qui n’en revient pas qu’on en soit rendus là.

La propriétaire de l’appartement a refusé de nous accorder une entrevue. Elle nous a fait savoir qu’elle accepte seulement les enfants lorsque les appartements sont situés au premier étage, ce qui n’était pas le cas de cet appartement.

C’est quoi, il faudrait que j’aille vivre dans une boîte de carton sur le bord de la rue pour qu’on m’offre un logement parce que j’ai des enfants? [...] Ça me fâche, je n’ai même pas de mots pour décrire comment je me sens. La personne devrait perdre son droit d’être propriétaire, selon moi, ajoute Kym Garant, qui a heureusement réussi à se trouver un autre appartement quelques jours plus tard.

Un appartement aux enchères

À Rouyn-Noranda, Carole Gingras cherche un logement depuis trois mois, mais le loyer est toujours trop élevé. Lors de la visite d’un appartement affiché un peu moins cher que les autres, elle réalise que le prix affiché n’est pas celui demandé.

La propriétaire me dit que c'est celle qui va renchérir le plus qui va l’avoir. Il était déjà affiché à 1000 $, mais il y en a un qui a finalement renchéri à 1350 $ par mois, alors il l’a eu et nous on a mangé de la schnoutte. Les loyers sont plus chers que notre salaire, on est censés faire quoi? demande Carole Gingras, qui cherche toujours un appartement.

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